Les fans des Beatles se battent souvent pour déterminer qui fut le "cinquième" membre du groupe, un terme toujours renié par les membres du groupe et leur entourage. Pourtant, il faut reconnaître que si la composition, l'écriture et l'interprétation ont bien été l'œuvre des quatre garçons de Liverpool, les Beatles ont su s'entourer de personnalités fortes, qui n'y sont pas pour rien dans le succès du groupe. Y aurait-il eu une Beatlemania si John, Paul, George et Ringo avaient continué à porter leurs blousons de cuir ? "Yesterday" aurait-elle eu autant de succès si elle n'avait été qu'une ballade guitare-voix, sans son fameux quatuor à cordes ? Les Beatles auraient-ils pu expérimenter l'utilisation de boucles sonores sans le bricolage de leur ingénieur du son ? Autour des quatre musiciens, tous ces "cinquièmes Beatles" contribuent encore aujourd'hui au mythe qui entoure le groupe, cinquante ans après.

Brian Epstein, le manager

Brian Epstein
Brian Epstein © MAXPPP / Mercury Press Agency Ltd.

Quand Brian Epstein rencontre les Beatles en 1961, il s'occupe d'un magasin de disques de Liverpool. Après avoir assisté à un concert du groupe au Cavern Club, il leur propose de prendre en main leur carrière, sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi. C'est lui qui court les maisons de disques pour obtenir des auditions pour ses protégés, depuis une audition ratée chez Decca devant Dick Rowe (qui se rattrapera plus tard en signant les Rolling Stones) jusqu'à l'audition cruciale du 6 juin 1962 au label Parlophone, devant George Martin.

Brian Epstein y est pour beaucoup dans la "Beatlemania" qui a enflammé le monde dans les premières années de l'existence du groupe. On lui doit notamment le "look" Beatles, costume et coupe au bol : quand Epstein rencontre les Beatles, ce sont encore des rockeurs qui portent des blousons de cuir. Le manager estime qu’il faut changer leur look, pour le groupe plaise autant à jeunes qu’aux mères de famille. Pari réussi.

Brian Epstein devient aussi très proche des Beatles : George Harrison et Ringo Starr s’installent dans le même immeuble que lui à Londres, et ils se voient souvent. Il est initié en même temps que les membres du groupe à la marijuana, puis aux acides. Après avoir porté les Beatles à leur sommet, il est retrouvé mort chez lui le 27 août 1967, victime d’une overdose de barbituriques.

George Martin, le producteur

George Martin, pianiste autodidacte, est directeur du label Parlophone au début des années 60. Parlophone, une division de la maison de disques EMI consacrée à la musique classique, aux disques de comédiens, mais surtout, au jazz. La signature des Beatles chez Parlophone n’était pas une chose évidente. Lors de la fameuse audition du 6 juin 1962, George Martin n’est pas subjugué par les Beatles, loin de là. Mais « Love me do », avec sa partie d’harmonica, attire son attention. La personnalité du groupe convainc définitivement Martin de signer les Beatles sur son label Parlophone. Il décide finalement d’engager les Beatles, et restera leur producteur sur tous leurs albums, sauf « Let it be ».

L’apport de George Martin aux chansons des Beatles est colossal. Et ce dès « Love me do », où il suggère de donner une partie supplémentaire de chant à Paul McCartney. Par la suite, c’est lui qui sera chargé de tous les arrangements orchestraux sur les chansons du groupe. Souvent, l’un des membres du groupe - qui , au début de leur carrière, ne connaissent pas le solfège - lui chantonne un air, qu’il s’occupe de coucher sur une partition. Les sections de cordes de Yesterday, d’Eleanor Rigby, ou le solo de trompette piccolo de Penny Lane. C’est aussi à lui que l’on doit, entre autres, l’idée d’un medley pour conclure la face B de l’album « Abbey Road ». Depuis la séparation des Beatles, si George Martin reste impliqué dans la carrière des Beatles : il a produit plusieurs de leurs albums solo ; mais on lui doit aussi la plupart des remasterisations et des remixes du groupe. Son ouïe défaillante ne lui permet plus d’intervenir en studio.

Geoff Emerick, l'ingénieur du son

La carrière de Geoffrey Emerick est étroitement liée à celle des Beatles. La première session d’enregistrement à laquelle il participe, en tant que stagiaire chez EMI, est celle des Beatles, en septembre 1962. Assistant ingénieur du son pour le groupe jusqu’en 1966, il devient leur ingénieur en chef à partir de l’album « Revolver ». En collaboration avec le groupe, et avec George Martin, il met au point la plupart des innovations techniques qui confèrent au son des Beatles leur qualité propre. John Lennon veut qu’on l’entende chanter « comme le dalaï-lama chantant du haut d’une montagne » ? Pari tenu, il fait passer la voix à travers un haut-parleur tournoyant. Dès lors, enfreignant toutes les règles alors en vigueur dans les studios d’enregistrement, il peaufine le son de chaque instrument, souvent grâce à du bricolage technique.

Pete Best, le batteur désavoué

Aujourd'hui, Pete Best donne encore des concerts
Aujourd'hui, Pete Best donne encore des concerts © MAXPPP / ANINDITO MUKHERJEE

Pourquoi, alors que les Beatles s’apprêtent à enregistrer leur premier 45 tours, Pete Best, le batteur du groupe, est-il évincé ? Personne ne l’a jamais vraiment su. La légende raconte que les trois autres Beatles étaient jaloux de son physique trop séduisant et de son succès auprès des filles. Plus probablement, c’est son jeu de batterie qui semble avoir pêché. Lors de l’audition devant George Martin, celui-ci est convaincu qu’il faut prendre un batteur de studio pour enregistrer le titre. Mais il y a d’autres critères qui aient pu conduire au renvoi de Pete Best : la tension entre sa mère, ancienne gestionnaire du groupe, et Brian Epstein, leur nouveau manager, par exemple.

Et aussi...

Il y a beaucoup d'autre prétendants au titre de "cinquième Beatle". Yoko Ono, la veuve de John Lennon, bien que honnie par les fans les plus puristes du groupe, est la seule dont la voix est entendue sur des chansons du groupe (Revolution 9 et The Continuing Story of Bungalow Bill). Klaus Voormann, qui aurait bien aimé devenir bassiste du groupe avant Paul McCartney, finira par dessiner la pochette de l'album Revolver. Ou encore, Billy Preston, le seul musicien à être crédité sur un album des Beatles, Let it be.

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