Une salve de nominations et parmi elles, à coup sûr, une mort annoncée : celle du théâtre de Chaillot, haut lieu du théâtre et de la pensée vilarienne.A compter de 2008, le théâtre national de Chaillot ne résonnera plus des vers de Corneille et le québécois Robert Lepage ne donnera plus cours à son invention poétique. Reprenant une vieille idée des années 90, époque Catherine Trautmann, Christine Albanel a décidé de faire de Chaillot un lieu consacré à la danse, aux cultures urbaines et au théâtre pour enfants. Dominique Hervieu et José Montalvo sont nommés directeurs à partir de juin 2008. Ils connaissent le lieu pour l'avoir co-dirigé depuis 2000 avec Ariel Goldenberg (55 % théâtre et 45 % danse selon les saisons). Malgré leur talent (et leurs spectacles un peu répétififs), on sait que la danse n'a jamais rempli la grande salle. Jamais plus d'une salle à moitié pleine... ou vide. Pourquoi dès lors bouter radicalement le théâtre hors de ce lieu mythique où les fantômes ont la vie dure, de Gérard Philipe à Jeanne Moreau, de Jean Vilar à Georges Wilson? Est-ce pour considérer, à terme, que Chaillot n'est pas assez "performant", selon l'expression de Nicolas Sarkozy, et ainsi fermer ce théâtre national?On pourrait évoquer aussi la nomination de Daniel Mesguich à la tête du Conservatoire d'art dramatique, avec pour mission, lui, de "remettre l'interprétation au coeur de l'enseignement". Avait-elle disparu? Et en quoi Mesguich qui a cessé d'inventer et de convaincre depuis 20 ans est-il à même d'enseigner mieux que quiconque? Seule la venue de Stéphane Braunschweig à la Colline apparaît cohérente. Voir son travail au TNS n'était pas toujours aisé, c'est loin Strasbourg! Mais son expérience des classiques du répertoire européen, son don de la scénographie et son intelligence s'épanouiront aussi dans un lieu voué au contemporain. On regrette enfin qu'aucun théâtre national n'accueille le savoir faire d'un homme de théâtre qui n'est ni metteur en scène, ni acteur, ni auteur. Un patron qui a développé dans son CDN un amour du contemporain et des metteurs en scène. Cet homme, par ailleurs habile politique, a du flair. Il a lancé Marcial di Fonzo Bo dans la mise en scène, il a soutenu Nordey, pour ne citer qu'eux. Sa venue à Paris se fait attendre, après Dijon et Rennes : François Le Pillouer.

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