Boîte 7 Gertrude Stein et Picasso

L’amitié de Gertrude Stein et de Picasso est scellée par le portrait qu’il réalise en 1906 et qui fixe à jamais les traits de l’écrivain. Réunis par une même fascination pour Cézanne, le peintre s’inspire du Portrait de la Femme à l’éventail accroché rue de Fleurus ; Gertrude place la naissance de son écriture sous l’égide de ce tableau.

À mesure que s’approfondit son amitié avec Picasso, Gertrude Stein joue un rôle grandissant dans les achats de tableaux. Elle et son frère acquièrent vers 1907-08 un ensemble de quatorze études pour les Demoiselles d’Avignon et le Nu à la draperie , témoignant d’un réel engagement au côté du peintre au moment où il aborde la phase difficile et alors peu comprise de sa peinture pré-cubiste. C’est à cette époque qu’apparaissent sur les murs de la rue de Fleurus des œuvres aussi significatives que le Nu à la serviette ou les Trois femmes .

Construisant son écriture sur la planéité d’un présent continu, une syntaxe dépliée, déconstruite, qui joue de l’oralité de la répétition, Gertrude Stein entreprend en 1910, sa grande fresque, The Making of Americans . Elle rédige des portraits, notamment ceux de Matisse et de Picasso, diptyque publié dans la revue de Stieglitz, Camera Work , en 1912, qui seront perçus comme des textes cubistes, à l’instar des oeuvres de Picasso qu’elle collectionne.

L’arrivée d’Alice Toklas, sa compagne, rue de Fleurus, entraîne le partage de la collection, fin 1913. Leo emporte les œuvres de Renoir et de Matisse, Gertrude garde les Picasso, un seul Matisse, la Femme au chapeau (qu’elle vendra peu après, en 1915, à son frère Michael), et les Cézanne.

Salle 7 Cubisme

Pablo Picasso La table de l’architecte, 1912 Huile sur toile ovale, montée sur panneau, 72.71 x 56.69 cm Museum of Modern Art
Pablo Picasso La table de l’architecte, 1912 Huile sur toile ovale, montée sur panneau, 72.71 x 56.69 cm Museum of Modern Art © radio-france

Boîte 8 “Les fleurs de l’amitié”, collaborations artistiques

Gertrude Stein, auréolée de son statut de protectrice des arts, amie de Picasso du temps des années héroïques, est entourée depuis la guerre de jeunes Américains qui viennent se former dans la capitale artistique. C’est elle qui baptise de « Génération perdue » les jeunes écrivains qui lui rendent visite, Ernest Hemingway, Scott Fitzgerald, Sherwood Anderson.

Alors que les prix des œuvres de Picasso ne sont plus à sa portée, elle se tourne vers Juan Gris et André Masson, deux artistes défendus par le galeriste Kahnweiler. Celui-ci, lecteur assidu de ses textes, devient avec Juan Gris un de ses proches amis et contribue à des collaborations artistiques que recherche vivement l’écrivain. Il publie deux livres d’elle illustrés par Juan Gris et par Lascaux.

Gertrude Stein s’entiche vers 1925 de jeunes peintres qualifiés de « néo-romantiques » -Pavel Tchelitchew, Eugène Berman et son frère Léonide, Christian Bérard, Kristians Tonny –qui travaillent pour les Ballets russes ou les Ballets suédois. Elle se rapproche alors des cénacles animés par Cocteau, entourés de poètes, René Crevel, Georges Hugnet, de musiciens, Allan Tanner, Virgil Thomson. Celui-ci, le « Satie américain », écrit un opéra sur un livret-texte de Gertrude Stein, Four Saints in Three Acts monté à New York en 1934 avec des chanteurs noirs de Harlem et les décors et costumes de Florine Stettheimer.

Dans les années 1930, Gertrude Stein découvre les Transparents de Picabia. Intriguée par les rapports qu’entretient sa peinture avec la photographie, elle renouvelle sa réflexion sur l’art accédant, grâce au peintre, aux prémices de l’abstraction gestuelle.

Salle 8 Années1920-1930: le post-cubisme et les « néo-romantiques »

Boîte 9 Ecrits sur l’art

Francis Picabia Gertrude Stein, 1933 Huile, 74.93 x 60.96 cm Collection particulière c/o Concept Art Gallery, Pittsburgh
Francis Picabia Gertrude Stein, 1933 Huile, 74.93 x 60.96 cm Collection particulière c/o Concept Art Gallery, Pittsburgh © Adagp, Paris,

En 1933, L’autobiographie d’Alice B. Toklas , récit de Gertrude Stein en forme de témoignage accessible de sa vie de collectionneuse et d’écrivain, paraît entouré d’un très grand succès. Enjolivant à son avantage l’histoire de la collection Stein, centrant le récit sur son amitié avec Picasso, l’auteur s’attire des inimitiés, notamment celles de Matisse, de Braque et bien-sûr de Leo, son frère. Pourtant, le mythe Gertrude Stein s’établit durablement.

Elle part en 1934 pour une tournée de conférences aux Etats-Unis et multiplie les préfaces de catalogues d’expositions. Grâce à ses amitiés avec Marie Cuttoli, propriétaire de la galerie de Beaune, avec la présidente de l’Arts Club de Chicago, Mme Goodspeed, elle suscite des expositions d’artistes qu’elle soutient tels que Picabia ou de plus jeunes, Francis Rose, Tal Coat ou Balthus. Invitée à siéger au comité d’action de l’exposition des Maîtres de l’Art Indépendant de 1937, pour laquelle elle prête ses Picasso et ses Gris, elle défend avec malice son ami Picabia : « Alors naturellement j’ai essayé de placer Picabia mais là il n’y a pas eu d’exception son oeuvre a été accueillie par un non unanime, pourquoi pas ai-je demandé, parce qu’il ne sait pas peindre ont-ils dit, mais tout le monde disait que Cézanne non plus ne savait pas peindre, ah ont-ils dit c’est différent. D’ailleurs il est trop cérébral ont-ils dit, ah oui dis-je la peinture abstraite c’est bien, oh oui ont-ils dit, mais être cérébral sans être abstrait c’est mal dis-je, oh oui ont-ils dit. » (Gertrude Stein, Autobiographie de tout le monde , 1937).

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