Paul Cézanne Baigneurs

Salle 1 « The Big Four » Manet, Cézanne, Renoir et Degas : piliers de l’Art moderne

Boîte 1 Leo Stein : l’art moderne et ses sources

Esthète sensible et lettré, Leo Stein forme son regard à travers un tour du monde en 1895 et de nombreuses lectures d’ouvrages de philosophie et d’histoire de l’art, tels que le guide de peinture italienne de Morelli ou encore l’histoire de l’art moderne de Julius Meier-Graefe. L’enseignement de son professeur à Harvard, William James, autour de la notion de « perception tactile » et d’une approche psychologique de la perception, ancre la conception formaliste de l’art de Leo Stein.

Fasciné par la Vénus de Giorgione de Dresde qui constitue la référence sous-jacente de nombre de tableaux modernes de nus allongés de sa collection, il rassemble quantité de reproductions photographiques d’ œuvres d’art.

De 1900 à 1902, Leo Stein s’installe à Florence où il fréquente les cercles érudits anglophones, notamment Roger Fry et surtout Bernard Berenson. Il découvre-là, pour la première fois, dans les collections d’Egisto Fabbri et de Charles A. Loeser, les oeuvres de Cézanne, catalyseur de son éveil personnel à l’esthétique, le libérateur de la forme pure. Lorsqu’il décide de vivre à Paris pour apprendre la peinture, il loue une maison-atelier, rue de Fleurus et achète au marchand Vollard ses premiers tableaux de Cézanne ainsi que des lithographies de Renoir, Degas.

Leo Stein Autoportrait, 1906 Huile sur toile, 79.5 x 44,5 cm Collection Particulière
Leo Stein Autoportrait, 1906 Huile sur toile, 79.5 x 44,5 cm Collection Particulière © Rmn-Grand Palais / Droits réservés

C’est, adossé à cette connaissance de la peinture italienne, qu’il aiguise son approche de l’art moderne reposant sur les piliers de l’impressionnisme. Il publiera tardivement ses idées fondatrices de l’approche américaine du postimpressionnisme, dans des articles pour la revue The New Republic et dans un ouvrage, The ABC of Aesthetics qui paraît en 1927.

Salle 2 La tradition classique à l’épreuve de la modernité

Boîte 2 Le Paris des avant-gardes

Leo Stein découvre pleinement l’impressionnisme à travers le Legs Caillebotte au Musée du Luxembourg et les rétrospectives du nouveau Salon d’Automne. Rejoint par sa soeur Gertrude puis par son frère aîné Michael et son épouse, Sarah, il les emmène dans les Salons, les galeries et les musées.

Il découvre l’œuvre de Picasso à une exposition collective aux galeries Sérurier en mars 1905 et achète chez le marchand Sagot des peintures de la période rose. Présenté au peintre peu après, avec sa soeur, il est fasciné par la virtuosité de son dessin et lui achète, dès lors, directement et régulièrement dessins et toiles –depuis la période bleue jusqu’à la période précubiste.

Au Salon d’Automne de 1905, Leo acquiert l’oeuvre qui fait le scandale de la salle des Fauves, La Femme au chapeau de Matisse, plaçant sa collection sous le signe de l’avant-garde ; il réitère ce geste audacieux en faisant ensuite entrer rue de Fleurus, sa grande composition programmatique Le Bonheur de vivre exposée au Salon des Indépendants de 1906 et le Nu bleu (Souvenir de Biskra) , toile décriée du Salon des Indépendants de 1907, réunissant ainsi quelques uns des tableaux les plus radicaux de l’époque.

Pourtant Leo Stein se tourne progressivement vers Renoir et échange volontiers, dès 1908, ses oeuvres de Matisse et de Picasso contre des tableaux du vieux maître des Collettes, contribuant ainsi à la valorisation de sa production tardive. Lorsqu’il s’installe en Italie en 1914, il emporte avec lui essentiellement deux toiles de Cézanne et seize Renoir qu’il sera amené à revendre en 1921 au collectionneur américain Albert Barnes.

Boîte 3 Les « Samedis » des Stein

A mesure que les murs de la rue de Fleurus et de la rue Madame se couvrent de tableaux, les amis et connaissances des artistes et des Stein, se pressent pour les voir, les samedis soirs à partir de 18 heures, chez Michael et Sarah, de 21 heures, chez Leo et Gertrude. Salons très informels, les cercles d’expatriés, la bohème artistique les amis peintres de Leo de l’académie Julian, la bande du Bateau-lavoir, les élèves de Matisse -et les étrangers de passage, s’y réunissent toujours plus nombreux, afin de voir la plus belle collection de tableaux de Cézanne de Paris, les dernières oeuvres de Picasso et surtout de Matisse, commentés par l’avisé Leo ou par l’inspirée Sarah.

Tournesols sur un fauteuil - Paul Gauguin  1901 Huile sur toile, 66 x 75,5 cm Fondation E. G. Bührle Collection, Zurich, Suisse
Tournesols sur un fauteuil - Paul Gauguin 1901 Huile sur toile, 66 x 75,5 cm Fondation E. G. Bührle Collection, Zurich, Suisse © Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich (ISEA, J.-P. Kuhn)

Lieux de confrontations et d’échanges, ces soirées ont contribué à l’émulation entre Picasso et Matisse dont le Nu bleu (souvenir de Biskra) trouvera écho dans le travail des Demoiselles d’Avignon . Nonobstant la reconstruction fictionnelle faite plus tard par Gertrude Stein, les soirées de la rue de Fleurus étaient, au tout début, de 1905 à 1909, animées surtout par les discours et les facéties de Leo. Henri-Pierre Roché se souvient de « soirées singulières dont une avec Braque et Marie Laurencin où Leo dansa « la jeune fille et la mort » à la Isadora Duncan. » Ou encore, Alfred Stieglitz raconte sa première visite, ébloui : « Leo se mit à parler. J’ai rapidement compris que je n’avais jamais entendu plus bel anglais, ni quoi que ce soit de plus clair. Il discourait sans fin sur l’art. »

Lorsque Leo Stein s’efface progressivement, marquant ses distances vis-à-vis du cubisme naissant, délaissant Matisse pour Renoir, sa soeur acquiert une place nouvelle, celle de l’écrivain (son premier livre Three Lives est publié en 1909), et de la protectrice indéfectible et complice de Picasso. La rue de Fleurus devient, au cours des années 1920 et 1930, un salon littéraire centré autour de la personne de Gertrude Stein.

Rue Madame offre aux yeux des visiteurs, la plus complète et vivante des collections d’oeuvres de Matisse, jusqu’à ce que Sarah et Michael n’en perdent une grande partie à Berlin en 1914.

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