Boîte 4 Michael et Sarah Stein, premiers « matissiens »

Sarah et Michael Stein s’installent en 1904 dans leur appartement de la rue Madame et l’aménagent avec des meubles néo-Renaissance, des tapis persans et leur collection d’objets et d’estampes japonais et chinois, rapportée de San Francisco. Réceptive aux analyses formalistes et psychologiques de l’art de son beau-frère Leo, Sarah Stein développe une sensibilité particulière à la peinture et plus particulièrement à celle de Matisse, qui s’accompagne d’un penchant

mystique et prosélyte qui fera le succès des samedis de la rue Madame. Elle présente à Matisse l’érudit anglais, spécialiste d’art byzantin, Matthew Prichard, dont la réflexion sur le décoratif influence profondément sa peinture. Les Matisse et les Stein deviennent proches, se rendant de fréquentes visites, leurs enfants se côtoyant. Le peintre sollicite régulièrement l’avis de Sarah sur ses oeuvres en cours.

Vers 1907, la collection des Stein s’organise exclusivement autour de Matisse, avec des toiles majeures achetées directement à l’artiste, comme Le Luxe I ou Le Madras rouge ou, en janvier 1912, Intérieur aux aubergines .

Après 1909, les acquisitions marquent le pas –les cimaises de l’appartement sont saturées, Sarah adhère à la Christian Science Church et la cote de Matisse augmente considérablement.

Femme en Kimono, Henri Matisse 1906 Huile sur toile, 80.65 x 59.69 cm The Courtauld Gallery, Londres, Grande Bretagne
Femme en Kimono, Henri Matisse 1906 Huile sur toile, 80.65 x 59.69 cm The Courtauld Gallery, Londres, Grande Bretagne © Succession H. Matisse. Photo : The Courtauld Gallery, London,

En 1914, les Stein prêtent en juillet, dix-neuf de leurs tableaux pour une exposition organisée par la galerie Gurlitt à Berlin ; avec l’irruption de la guerre en août et après de nombreuses vissicitudes, ils se voient contraints de les vendre en 1920-21, dispersant ainsi une collection exceptionnelle.

Devant la montée des périls fascistes, ils rentrent définitivement aux Etats-Unis, en 1935, emportant le reste de leur collection dont un chef d’oeuvre acheté en août 1925, Le Thé dans le jardin et La Femme au chapeau racheté à Gertrude en 1915. Sarah restera en correspondance avec Matisse jusqu’à la fin de sa vie.

Boîte 5 et salle 5 L’Académie Matisse (1908-1910)

En janvier 1908, Sarah Stein qui, tout comme Leo, pratique la peinture et bénéficie des corrections occasionnelles de Matisse incite ce dernier à ouvrir une académie. Soucieux que ses recherches plastiques soient comprises et prises au sérieux, Matisse trouve-là l’occasion d’énoncer principes et interrogations qui trouveront leur expression dans son premier texte publié le 25 décembre 1908, dans La Grande Revue , « Notes d’un peintre ».

Rassemblant au début une petite dizaine d’élèves pour la plupart étrangers les Allemands, Hans Purrmann, Oskar et Greta Moll, les Américains, Patrick-Henri Bruce, Max Weber et les Stein…-, l’académie prend place au Couvent des Oiseaux, rue de Sèvres, à côté de l’atelier de Matisse puis, au printemps 1908, au Couvent du Sacré-Coeur. A partir de septembre, de nouvelles recrues affluent une centaine d’élèves semble être passée à l’académie.

Femme au chapeau, Henri Matisse 1905 Huile sur toile, 80.65 x 59.69 cm San Francisco Museum of Modern Art
Femme au chapeau, Henri Matisse 1905 Huile sur toile, 80.65 x 59.69 cm San Francisco Museum of Modern Art © Succession H. Matisse. Photo : Moma, San Francisco, 2011

Les notes prises par Sarah forment un témoignage de premier ordre sur cet enseignement qui reprend les principes académiques classiques d’une pédagogie progressive et rigoureuse depuis les dessins d’après l’antique, puis d’après le modèle jusqu’aux peintures d’académies. Insistant sur l’appréhension des différentes parties d’un motif comme un tout, selon une vision synthétique et expressive, Matisse montre comme exemples à ses élèves ses collections de sculptures africaines, son tableau de Baigneuses de Cézanne et les initie aux théories sur la couleur, soulignant une équivalence musicale.

Salle 6 Au lendemain de la guerre, après l’exposition Gurlitt (Berlin, 1914)

Boîte 6 Le Corbusier : une villa pour les Stein (1928-1935)

Sarah et Michael Stein ont dû quitter en 1917 leur appartement de la rue Madame, logeant ensuite successivement dans des appartements parisiens peu spacieux. Ils décident en 1926 de faire construire une villa pour cohabiter avec leur amie Mme de Monzie, adepte avec Sarah de la Christian Science Church. Ils font alors appel à Le Corbusier, choix moderniste, digne de collectionneurs de l’avant-garde, comme aime à le souligner le fondateur de l’Esprit Nouveau : « […] Puis la villa de Monzie, mise définitivement sur pied, ces jours-ci et qui sera un chef d’œuvre de pureté, d’élégance et de science. De quoi tout enfoncer autour de nous. Quelle présomption ! Pourtant non, cela risque d’être le cas, car aussi nous sommes des types qui étudions bien sévèrement nos affaires. Nos clients (Mr. et Mme Stein (Américains) et Mme de Monzie) sont ce que nous avons eu de mieux, ayant un programme bien établi, des exigences multiples, mais ceci étant satisfait, ayant un respect total de l’artiste, mieux, étant gens qui savent de quoi est faite la sensibilité d’un artiste et combien on peut en tirer beaucoup si l’on agit bien. Ce sont eux qui ont acheté les premiers Matisse, et ils ont l’air de considérer que leur prise de contact avec Corbu est aussi un moment particulier de leur vie. […] » (Lettre de Le Corbusier à sa mère, du 5 mars 1927).

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