Deux ans après les attentats, Charlie Hebdo est en proie à des dissensions et la pression sur les dessinateurs est toujours plus forte.

Le dessin de Coco, dans le numéro spécial de Charlie Hebdo le 4 janvier 2017
Le dessin de Coco, dans le numéro spécial de Charlie Hebdo le 4 janvier 2017 © Coco

Deux ans jour pour jours après l'attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo qui avait fait 11 morts, un hommage improvisé s'organise place de la République à Paris pour les victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015.

Les proches des victimes de Charlie et les membres du journal ont préféré commémoré ce triste événement durant la semaine plutôt que le jour J.

Mais à l’initiative de l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT.org), avec le soutien de plusieurs grandes organisations, un hommage sera rendu à la mémoire des disparus lors des attaques terroristes qui firent, il y a exactement deux ans à Paris et à Montrouge, 17 morts et de nombreux blessés physiques et psychologiques.

Un journal avec les blessures des victimes et ses luttes intestines

Zineb El Rhazoui et Laurent Léger, deux reporters de Charlie Hebdo, ne s'y retrouvent plus deux ans après les attentats, l'une déplorant "que Mahomet ne soit plus dessiné" et l'autre estimant que l'hebdomadaire aurait dû s'arrêter "après le numéro des survivants".

"Charlie est mort le 7 janvier" 2015, a déclaré à l'AFP, Zineb El Rhazoui, regrettant "la force éditoriale de Charb", alors que l'on commémore le deuxième anniversaire de l'attaque qui a fait 12 morts il y a deux ans.

Dans le livre Charlie Hebdo, le jour d'après écrit par Marie Bordet, journaliste au Point et Laurent Telo, du Monde, d'autres dissensions ressortent. Un récit passionnant sur l'année qui a suivi l'attentat et la guerre secrète que se sont livrés les survivants de ce journal dévasté devenu tout à coup riche à millions.

L'hebdomadaire satirique s'est retrouvé à la tête de 30 millions d'euros en ayant vendu 8 millions d'exemplaires de son numéro du 14 janvier 2015. Riss devient directeur autoproclamé de la rédaction et seul décisionnaire selon Marie Bordet. Pour raconter le conflit qui s'est instaurer avec la nouvelle direction et certains membres de l'équipe de Charlie, les 2 journalistes se sont d'abord tournés vers l'attachée de presse du journal, recrutée après le drame : Anne Hommel, grande dame de la communication, qui a aussi pensé les stratégies de Dominique Strauss Kahn et Jérôme Cahuzac. Un profil qui ne correspond pas tout à fait à la ligne éditoriale de Charlie Hebdo.

Au final le portrait dressé par Laurent Telo et Marie Bordet du Charlie Hebdo d'aujourd'hui est peu flatteur. En deux ans, bon nombre de ses membres ont claqué la porte.

Un prix pour le dessin de presse, au nom de Tignous

Tignous par Honoré
Tignous par Honoré © AFP

Deux ans après la tuerie de Charlie Hebdo, la ville de Montreuil a créé un "Prix Tignous du dessin de presse politique", a annoncé la mairie de cette commune de Seine-Saint-Denis où vivait le dessinateur.

Le dessinateur "était un Montreuillois fortement investi dans sa ville, notamment avec de jeunes collégiens et lycéens qu'il avait croqués lors d'ateliers d'expression", a souligné la ville dans un communiqué.

Lancé vendredi, en présence de son épouse Chloé Verlhac et en partenariat avec l'hebdomadaire Marianne, le "Prix Tignous Concours de dessin de presse politique" est ouvert à tous les dessinateurs professionnels de plus de 18 ans ayant publié dans la presse francophone au cours de l'année 2016.

En parallèle, la commune a créé une "Bourse Tignous" destinée aux Montreuillois de 18 à 25 ans, qui permettra de soutenir chaque année "le travail d'un jeune artiste sur la base des valeurs que Tignous défendait ardemment". Il prendra la forme d'un concours de dessin autour du thème "Arts et cultures en liberté".

Chloé Verlhac a de son côté rassemblé dans l'ouvrage Ni Dieu, ni eux (Chêne) plus d'une centaine de dessins où son mari Tignous se moque joyeusement du fanatisme religieux d'où qu'il provienne.

La liberté de dessiner sans cesse remise en question

Riss
Riss © Radio France

L'attentat de 2015 a fait de Charlie, malgré lui, un symbole de la liberté d'expression. Deux ans après, où en est-elle cette liberté d'expression ? La pression est encore plus forte, selon Riss, le directeur. "Nombre de nos dessins sont commentés un peu partout dans le monde, en Russie, en Georgie, la pression est encore plus forte. Nous supportons ce qui s'est passé en 2015 et désormais ce surcroît de critiques"

"Les dessinateurs de presse paient encore trop fréquemment le prix fort de leur ironie et de leur impertinence" deux ans après l'attentat contre Charlie Hebdo, ont dénoncé vendredi dans un communiqué Reporters sans frontières (RSF) et Cartooning for Peace (CFP). Les caricaturistes continuent de subir des pressions, déplorent-ils : "Les exactions se multiplient à l’encontre d’une profession clairement menacée". Ce sont de "véritables baromètres" de la liberté d’expression, ajoutent ces associations.

RSF et des associations de dessinateurs de presse, dont CFP, rappellent les cas de Zunar en Malaisie, victime de "harcèlement constant depuis des années du pouvoir malaisien", celui de Tahar Djehiche, dessinateur algérien emprisonné pour offense au président Abdelaziz Bouteflika, ou encore de Musa Kart, collaborateur du journal turc Cumhuriyet, jeté en prison.

"Les dessinateurs sont toujours en première ligne", a déclaré à l'AFP Plantu, caricaturiste de presse et président de CFP, "mais il ne faut rien lâcher".

Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, rappelle que "le droit international protège les dessinateurs puisqu’il garantit l’expression et la diffusion d’informations susceptibles d’offenser, de choquer ou de déranger". "L’offense à la religion sert trop souvent d’outil de censure politique", ajoute-t-il dans le communiqué.

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►►► L'entretien avec Gabrielle Maris, la fille de Bernard Maris, membre de Charlie Hebdo et chroniqueur sur France Inter

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