Pour la décroissance ? Avec Yves Cochet, Serge Latouche, Suzan George, on parlait du monde dans dix ans... 10 ans, c’est peu. Suzan et Latouche sont très pessimistes : agravation de la crise, du chômage, nouvelle crise financière en perspective, éclatement de la zone euro, éclatement de l’Europe. Explosion de la population et de la pression humaine. Comment limiter la population ? demande Suzan George. Vieux thème malthusien des anarchistes, ou de l’extrême gauche. La grève des ventres. Ne fabriquons plus des pauvres. Ne frabriquons plus de pollueurs. Moi-même je pense qu’il y aura une nouvelle crise financière, que la zone euro éclatera, que l’Europe se balkanisera – elle est déjà balkanisée. Mais un certain nombres d’évènements surgis depuis dix ans n’étaient pas prévisibles : la méga-crise financière, qui pouvait vraiment prévoir ? Les Twin Towers ? Mais je suis beaucoup plus optimiste sur l’avenir : je crois en l’économie sociale et solidaire, à un renouveau de l’urbanisme, à une relocalisation des économies, à un progrès dans l’agriculture (ça ne peut qu’être moins pire), à la redécouverte de circuits courts, consommateurs-producteurs. Suzan et moi sommes sur le même plan vis-à-vis du « progrès » : il y a du bon à prendre dans les avancées techniques. Latouche, lui, rêve de l’ « abondance » des peuples de chasseurs cueilleurs. Certes. Mais ils pratiquaient le cannibalisme et la torture. Le cannibalisme, ma foi... Mais la torture ? « Objecteur de croissance », il évoque l’ « abondance frugale », un bel oxymore, pour ne pas dire un non sens : Vie sobre, monastique, empreinte minimale, et plein de livres à lire. L’idéal de Montaigne, ou du moine dans sa cellule. Sauf que la papillonne sexuelle semble être indispensable à « l’abondance frugale ». Latouche ou l’idéal bonobo. Vieux forban à la barbiche frétillante ! Il y a quelque chose de lassant dans ces utopies, je ne saurai dire quoi. Quelque chose de répétitif, comme une ritournelle. Par exemple la lutte des classes, évoquée par Suzan George. Oui, on sait bien que les pauvres se sont toujours fait exploiter par les riches, depuis Ramsès II et sans doute bien avant. Et alors ? Sur la décroissance, : déjà Keynes pronait les « monnaies fondantes » (interdisant l’accumulation, ne servant qu’à l’échange), en 1936 ! en 36, Keynes rêvait d’une société où l’on ne travaillerait que quelques heures par semaine. La seule chose qui est impressionnante dans ce genre de colloque, c’est le niveau de la salle... Incroyable le niveau intellectuel et technique de l’assistance ! Ils savent tout. Sur l’agriculture, les nouvelles technologies, le réchauffement, la biodiversité, l’âge du capitaine. Quoi qu’on dise, quelqu’un vient toujours rectifier. Ce sont des ingénieurs. Agronomes notamment. Il vaut mieux s’adresser à ce genre de public qu’à une tribu patchoune. Question : d’où sort cette « croissance » des connaissances ? Je ne peux m’empêcher de penser que l’accumulation a fait exploser l’éducation et les connaissances. Peut-être me trompé-je. Oui, je suis pour la décroissance, le vie sereine avec du vin des amis et des livres, comme disait Keynes, et un peu d’errance aussi (lui c’était l’Italie, la Russie, la France). L’idéal de Montaigne, encore une fois, ou de Genevoix : écriture le matin (quatre heures), promenade et lecture l’après midi, &criture le soir au coin du feu (quatre de plus), tous les jours que Dieu fait. Kant et sa promenade quotidienne. L’abolition du temps par la répétition. En même temps je sens que c’est faux cette affaire, complètement.

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