[scald=224043:sdl_editor_representation]NICOSIE (Reuters) - Le gouvernement chypriote s'efforçait lundi d'adoucir autant que possible le projet de taxation des dépôts bancaires prévu par le plan de sauvetage du pays, une disposition sans précédent en Europe qui suscite l'hostilité des Chypriotes, l'embarras de certains partenaires de Nicosie et l'inquiétude des marchés.

L'annonce ce week-end du projet de taxation de l'ensemble des sommes déposées dans les banques chypriotes, censé compléter une aide extérieure de 10 milliards d'euros, marque une rupture avec la pratique consistant à ne pas faire supporter aux épargnants le coût du renflouement des Etats.

Le parlement chypriote devait se prononcer lundi après-midi sur le plan mais sa réunion a été reportée de 24 heures, a annoncé son président.

Ce délai supplémentaire pourrait permettre au gouvernement de négocier une modification du dispositif afin d'épargner partiellement ou totalement les comptes bancaires les plus modestes, ce qui passerait par une taxe alourdie sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros.

Une part importante de ces gros comptes est détenue par des ressortissants russes, dont Chypre est devenue une destination bancaire très prisée ces dernières années.

Le plan initial prévoit de taxer à 6,7% les dépôts inférieurs à 100.000 euros et à 9,9% les dépôts au-dessus de ce seuil.

Une source gouvernementale chypriote a déclaré à Reuters que la mise en place d'un plancher - qui pourrait être fixée à 20.000 euros - sous lequel les dépôts seraient exonérés de toute taxation était évoquée mais pas encore entérinée.

La zone euro a laissé le champ libre à Nicosie pour moduler la taxe, à condition que celle-ci rapporte les 5,8 milliards d'euros nécessaires.

L'EURO ET LES BOURSES ACCUSENT LE COUP

Pour Jörg Asmussen, l'un des membres du directoire de la Banque centrale européenne (BCE, "l'important, c'est que la contribution financière de 5,8 milliards d'euros subsiste."

A Berlin, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a assuré que son pays n'avait pas demandé la taxation des dépôts bancaires et qu'il était prêt à voir le dispositif modifié.

"La taxe sur les dépôts inférieurs à 100.000 euros n'est pas une création du gouvernement allemand", a-t-il dit à Berlin. "Si l'on parvenait à une autre solution, cela ne nous poserait pas le moindre problème."

La France est elle aussi ouverte à une modification du taux de taxation des dépôts, a déclaré une source proche de l'Elysée.

Dimanche, les résidents chypriotes se sont rués sur les distributeurs de billets pour tenter de retirer le maximum de fonds de leurs comptes. Et lundi, l'inquiétude s'est propagée aux marchés financiers du monde entier, qui craignent un nouvel épisode de tension dans la crise de la zone euro après cinq mois d'apaisement relatif.

L'euro est ainsi retombé sous le seuil de 1,30 dollar et évoluait autour de 1,2950 à la mi-journée en Europe. Du côté des actions, la Bourse de Paris perdait 1,2%, celle de Francfort 1% et celle de Londres 0,7%.

L'indice Stoxx des valeurs bancaires européennes chutait de 2,2%. Quant à l'indice Euro Stoxx 50 de la volatilité, baromètre de la tension sur les marchés, il affichait un bond de plus de 26%.

A Wall Street, les contrats à terme préfigurent une ouverture en net repli, de près de 1%.

Sur les marchés obligataires, les emprunts d'Etat allemands, valeur refuge par excellence, étaient en nette hausse alors que les italiens baissaient, victimes des craintes de contagion.

MOSCOU ÉVOQUE UNE DÉCISION "DANGEREUSE"

Pour tenter d'apaiser les craintes de contagion, les autorités européennes soulignent le caractère exceptionnel de la taxation en rappelant que l'économie chypriote ne représente que 0,2% du produit intérieur brut (PIB) de l'Europe.

Le pire des scénarios serait en effet que les déposants de pays plus importants se mettent à leur tour à retirer leur argent des banques. Aucun signe ne laissait cependant craindre une telle évolution lundi matin.

Les épargnants taxés doivent recevoir en compensation des actions des banques privées dont les rendements futurs seraient garantis par les revenus des gisements de gaz récemment découverts dans les eaux chypriotes, a ajouté le président. Un argument loin de convaincre l'ensemble des 56 députés du pays.

"Au final, le parlement est prié de légaliser une décision consistant à voler impunément les déposants, en violation de toutes les lois écrites et non écrites", a dit Yiannakis Omirou, président du Parlement et chef de file de l'EDEK, un petit parti socialiste. "Nous refusons d'y souscrire."

Le plan de sauvetage est critiqué aussi à Moscou, qui joue un rôle clé dans le dossier car les banques chypriotes ont attiré ces dernières années d'importantes liquidités d'origine russe. La Russie a en outre prêté il y a deux ans 2,5 milliards d'euros à Nicosie, un prêt qui pourrait être prolongé en complément du plan de sauvetage.

Mais le Kremlin semble irrité par la taxation des dépôts, qui risque de coûter cher à certaines grosses fortunes russes.

Selon le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, ce dernier a déclaré que "cette décision, si elle était prise, serait injuste, non professionnelle et dangereuse".

Avec Annika Breidthardt, Michelle Martin et Alexandra Hudson à Berlin, Lidia Kelly et Alexei Anishchuk à Moscou; Marc Angrand pour le service français, édité par Nicolas Delame

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