Si le Ministère de la Justice temporise et indique que l’épidémie circule moins en milieu carcéral qu’à l’extérieur, le virus entraine des contaminations en cascade une fois passé les murs des prisons. Dans les cellules, la promiscuité règne et la vaccination a du mal à convaincre.

Les personnes incarcérées sont isolées dans des quartiers dédiés lorsqu'elles sont infectées par le Covid-19
Les personnes incarcérées sont isolées dans des quartiers dédiés lorsqu'elles sont infectées par le Covid-19 © AFP / ALAIN JOCARD / POOL

Les prisons n’ont pas été épargnées par l’explosion des contaminations durant les fêtes de fin d’année. En une semaine, le nombre de cas positifs a plus que doublé.

863 détenus testés positifs à la rentrée

Sur 70 000 détenus au total, 863 sont infectés selon le dernier décompte qui date du 4 janvier. Ils étaient 370 la semaine précédente. La Chancellerie rappelle que cela représente 1,23% de la population carcérale contre plus de 15% de contaminations dans la population générale. La tendance est néanmoins à la hausse. Du côté des personnels administratifs et des surveillants, ils sont désormais plus d’un millier à être positifs. 

Des clusters signalés dans 31 établissements pénitentiaires 

Après la détection d’un cluster géant au centre pénitentiaire de Perpignan au début des vacances de Noël, c’est au tour de la Maison d’arrêt de Villepinte d’être frappée de plein fouet par la pandémie. 179 détenus et 28 agents pénitentiaires ont été testés positifs dont certains au variant Omicron. "Cette vague-là, en quinze jours, a fait le tour de l’établissement", précise le Dr Ludovic Levasseur, responsable de l’unité sanitaire, alors que le Ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, s’est rendu sur place ce jeudi 6 janvier pour faire le point sur les mesures en place. 

Les détenus positifs sont "isolés du reste de la détention", dans des quartiers ou des ailes spécifiques, précise la Chancellerie.  Des mesures pas toujours faciles à mettre en place."La surpopulation est notre principal problème", indique le médecin de la maison d’arrêt de Villepinte. L’établissement compte 988 détenus pour seulement 583 places. Des matelas ont donc dû être rajoutés au sol. 

Pour casser les chaînes de contamination en cas de clusters, les positifs et les cas contacts n’ont plus le droit de se rendre au parloir. Pour les autres, des plaques de plexiglas sont installées. Les activités collectives, à la bibliothèque ou en salle de sport, sont également suspendues, tout comme le travail dans les ateliers. 

Au moins 47% des détenus ont reçu deux doses de vaccin

"La très forte réticence des détenus explique en partie la faiblesse relative de la couverture vaccinale", indique la Direction Générale de la Santé à France Inter. Selon les dernières données, 11 871 détenus ont reçu trois injections contre le covid, 32 768 deux injections et enfin 38 532 seulement une injection. "Ces chiffres sont inférieurs à la réalité", précise cependant la DGS. 

Plusieurs facteurs fragilisent l’estimation. D’abord, les remontées ne se font pas de manière systématique car les professionnels exercent à temps très partiel au sein des unités sanitaires en milieu pénitentiaire. Il faut aussi prendre en compte "la rotation importante de cette population notamment en maison d’arrêt et l’absence de prise en compte dans les statistiques des populations entrantes déjà vaccinées"

400 campagnes de vaccination en prison depuis septembre

Dès l’arrivée en prison, "chaque nouveau détenu se voit proposer la possibilité d’être vacciné",  précise le Ministère de la Justice. Il y a ensuite des incitations régulières, avec des distributions de flyers et des campagnes de vaccination collectives. A la maison d’arrêt de Villepinte, un vaccinodrome est installé une fois par mois depuis l’été dernier.  La réticence est particulièrement forte chez les plus jeunes sachant qu’en France, 70 % des détenus ont moins de quarante ans et 40 % moins de trente ans.

6 détenus sont morts du Covid depuis le début de la crise sanitaire

Pour l’instant, la Chancellerie ne signale pas de cas graves en prison. La situation épidémique est scrutée, avec des campagnes de dépistages régulières organisées à la demande des chefs d’établissements.