PARIS (Reuters) - Cible d'une nouvelle attaque de la gauche pour des propos sur les civilisations jugés polémiques, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a déclaré dimanche ne pas regretter son discours et a accusé l'opposition de nourrir artificiellement la controverse dans le contexte de la campagne présidentielle.

Les ministres François Baroin et Gérard Longuet ont pris sa défense, tandis qu'Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, appelait à cesser "l'hystérie" à moins de 80 jours du premier tour de l'élection présidentielle pour laquelle le candidat socialiste François Hollande est donné favori.

Claude Guéant persite et signe au micro de Nasser Madji :

Le débat survient alors qu'une enquête Ifop pour Le Journal du Dimanche montre que l'absence de Marine Le Pen, présidente du Front national, mettrait François Hollande et le président sortant à égalité d'intentions de vote (33%) au premier tour.

La candidate d'extrême droite, créditée de 15 à 20% d'intentions de vote pour le premier tour, affirme peiner à collecter les 500 parrainages nécessaires à sa candidature.

Harlem Désir, numéro deux du Parti socialiste, accuse Claude Guéant de s'ériger en "rabatteur de voix FN" au service d'"une majorité en perdition électorale et morale".

Les propos en question, prononcés samedi à huis clos à l'Assemblée nationale, lors d'une réunion du syndicat étudiant UNI, proche de la droite, ont été confirmés dimanche par le ministre de l'Intérieur et des Cultes sur RTL.

"ABJECT"

Lors d'un discours consacré au "relativisme de gauche", Claude Guéant a ainsi estimé :

"Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas."

"Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation."

Aussitôt relayés par des participants sur Twitter, ces propos ont essaimé sur internet et suscité de vives réactions.

SOS Racisme a notamment dénoncé "une nouvelle étape dans une dérive vers des extrêmes inacceptables, structurés notamment par des logiques d'infériorisation de l'Autre". Sur Twitter, Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe-Ecologie les Verts (EELV), a qualifié d'"abject" un "retour en arrière de 3 siècles".

Ces propos, "je ne [les] regrette", a dit Claude Guéant sur RTL. Il a ajouté déplorer "que certains à gauche continuent à extraire des petites phrases de leur contexte et enlèvent ainsi la dignité du débat démocratique".

"Pour nous, tout ne se vaut pas. Pour la gauche, apparemment, si j'en juge par les réactions (...), tout se vaut", a-t-il poursuivi.

Le ministre de l'Economie et des Finances, François Baroin, a déploré "l'exploitation" systématique des déclarations de Claude Guéant, qu'il a présenté comme "un profond républicain".

"Je ne vois pas très bien quel républicain peut contester cette position", qui est de préférer l'Etat de droit à l'oppression, a-t-il plaidé dans le cadre du "Grand Rendez-Vous" Europe 1-Le Parisien-i-télé.

"M. GUÉANT EST TOUT SAUF UN RACISTE"

Le ministre de l'Intérieur a déjà été au coeur de controverses dans un passé récent, pour avoir notamment déclaré que le nombre de fidèles musulmans en France posait "problème".

Pour Gérard Longuet, ministre de la Défense, la phrase de Claude Guéant ("toutes les civilisations ne se valent pas") est "intéressante dans son contexte" et "d'une banalité totale".

"Si on ne peut même pas dire cela, c'est la censure à tous les étages et à tous les moments de la réflexion", a-t-il déclaré sur RTL. "Je crois qu'il faut condamner le relativisme qui consiste à dire 'tout s'équivaut'. Tout ne s'équivaut pas", a-t-il poursuivi, se défendant de viser l'islam.

"L'islam est polymorphe dans le temps et dans l'espace et s'il y a des sectes minoritaires, il y a un islam débonnaire et bon enfant qui est tout à fait à l'image de ce qu'est le protestantisme ou le catholicisme dans d'autres parties du monde", a-t-il affirmé.

Henri Guaino a comparé pour sa part l'incident au procès fait en 1971 à Claude Levi-Strauss pour sa conférence sur "Race et Culture" à l'occasion d'une Année internationale de lutte contre le racisme. L'anthropologue et ethnologue soulignait alors le danger pour les cultures de renoncer à faire valoir leurs différences au nom de l'égalité des hommes.

"Je crois que ce qu'il (Claude Guéant) a voulu dire, c'est qu'à l'intérieur d'une civilisation, nous avons le droit de trouver certaines choses bien et d'autres pas bien", a expliqué le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy sur Canal+.

"Si on pouvait en débattre sans hystérie, sans anathème, sans hurlements inutiles, on s'en porterait mieux. M. Guéant est tout sauf un raciste", a-t-il ajouté.

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, candidat à l'élection présidentielle, a invité à "faire attention" au traitement de ces sujets.

"Situer dans une hiérarchie les civilisations les unes par rapport aux autres, c'est courir le risque d'alimenter un certain nombre d'idées reçues, de haines, de méconnaissance de l'autre qui me paraissent dangereuses", a-t-il dit au Forum de Radio J.

Sophie Louet

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