Clopinettes pour un massacre La Révolution vaut-elle qu’on taxe, qu’on tue et terrorise les civils ? Ayant vu « Hors-la-loi », je peux parler de ce que j’ai vu et surtout entendu, ta-ta-ta-ta-ta-ta, de la mitraillade genre « Règlement de comptes à OK Corral » ou « Il était une fois l’Amérique ». Que les massacres des européens ayant précédé ceux des algériens à Sétif ne soient pas évoqués n’est pas très important ; 105 morts d’un coté, 10000 de l’autre selon la police et le quadruple selon les manifestants, peu importe. Dans le match France-Algérie, les français ont tiré plus souvent au cœur, à la tête, ou dans le dos. Ou bombardé au napalm (voir « L’ennemi intime »). Sauf pour quelques gâteux nostalgiques de l’Algérie française et ce pauvre Luca, Sétif n’est un problème que pour les ignorants : on sait ce qui s’est passé, jusqu’aux ratonnades du sous-préfet Achiary et de ses nervis. Que la France ait financé en partie le film, où est le problème ? Les américains ne financent-ils pas des films approximatifs sur la guerre du Vietnam ? Reste que ce film est gênant. Paur-être parce qu’il n’est pas terrible (Bouchared n’est pas Sergio Léone), et qu’un bon film porte et élucide toujours, même implicitement, sans argumentaire, sans phrase explicatives comme dans celui-ci, de façon subliminale une question philosophique ou politique. « Les sentiers de la gloire » de Kubrick résoud la question des muniteries en 14. « Hors-la-loi » ne résoud rien. On n’est même pas sûr qu’il pose des questions. Les acteurs ne sont pas en cause : Jamel Debouzze est un excellent maquereau, d’une vérité inquiétante, Roschdy Zem un excellent tueur, et l’autre, le puceau dogmatique, l’intellectuel à qui on a filé des lunettes depuis sa petite enfance au cas où on l’aurait pas reconnu, est plus mauvais, mais guère. Mais par sa faiblesse, ce qu’il veut dire est insignifiant. La résistance algérienne et la résistance française sont la même chose ? Un bon film l’eut montré, celui-là montre malgré lui le contraire, malgré tous ses artifices, comme le grand résistant français (Bernard Blancan) qui n’a qu’une seule mimique sur la trogne pendant deux heures, et qui devient tueur avec les tueurs. La résistance française, contre les nazis, n’est pas la résistance des algériens contre la puissance coloniale. Certes il y eut le couvre-feu, la bataille d’Alger, l’état d’exception, la torture – fort bien montrée encore dans « L’ennemi intime », le racisme ignoble, tout ce que ce film ne prend pas la peine d’évoquer ; mais la France du bidonville de Nanterre n’est pas un état totalitaire à doctrine maléfique. Elle ne liquide pas les algériens comme les nazis liquident les opposants et les juifs, elle les fait travailler chez Renault. Oui, le colonialisme est l’ami du capitalisme, on sait tout ça camarades. Mais les travailleurs de Renault croupissant et grelottant dans le bidonville ne sont pas le STO ni des « déportés du travail », comme le disait la gauche pendant la Guerre d’Algérie. Le vrai problème que porte le film, et encore une fois mal, hélas, est celui de la « terreur nécessaire à la révolution ». La terreur révolutionnaire, la terreur d’une minorité. Comment faire cracher les ouvriers du bidonville ? en les terrorisant. Ca marche. En liquidant les rivaux politiques, le MNA – comme les bolcheviks liquidèrent les mencheviks, comme le PC liquida Andrés Nin et le Poum à Barcelone. Ca marche aussi. On terrorise les maquereaux et les faiseurs de combats de boxe, on interdit de fumer et de boire, et on en appelle à Dieu à chaque phrase. On bout d’un moment, on en a marre d’entendre évoquer Dieu à tout bout de champ, bordel de Dieu ! Toute répression faite par la France joue en faveur du FLN. Donc provoquons toutes les répressions possibles de la France, jusqu’à la manif sauvagement réprimée par le vychiste Papon. Désolé, mais cela ne fait pas de la France un état totalitaire. Répressif certes, odieux, idiot, d’une bêtise à bouffer du foin – la bêtise coloniale, la bêtise d’un Guy Mollet impuissant et incapable, donnant les pleins pouvoir à Massu à Alger, mais on n’est pas à Alger, on est à Nanterre, répétons – la bêtise au cou de taureau qui fait que le taureau tombe dans tous les pièges et finit trucidé. C’est le FLN le personnage totalitaire du film. Cynique, cruel – le pauvre type assassiné parce qu’il a acheté un frigo à sa femme - mais totalitaire assumé, justifié au nom des soi-disants intérêts supérieurs de la révolution. On comprend que Camus n’ait, jusqu’à aujourd’hui, jamais encore été accepté par les Algériens. Il est étrange que ce film sorte en même temps que « Carlos », qui lui, au contraire, réussit son coup et démontre que le terrorisme est abominable. Car le terrorisme est abominable. Je ne sache pas que la Résistance française utilisait le terrorisme contre la population française. Elle tuait du boche et du collabo, certes, et elle en payait largement le prix. Je ne sache pas que les maquis de Giraud se sont battus contre ceux de De Gaulle ou les FTP. Le FLN, lui, liquide le MNA modéré et terrorise le bidonville. L’impôt révolutionnaire est une notion qui me met mal à l’aise. En Corse et à Nanterre, où de pauvres types gagnaient leur vie pour pouvoir acheter un frigo.

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