A Mexico comme à Tokyo, des normes s’appliquent aux nouveaux bâtiments pour limiter les effets d'un séisme. Leur principe : apporter de la ductilité pour éviter l'effondrement.

A Mexico, les sauveteurs tentent d'extraire d'éventuels survivants d'un immeuble effondré. Le séisme de magnitude 7,1 qui a frappé la capitale mexicaine le 19 septembre a déjà fait 225 morts.
A Mexico, les sauveteurs tentent d'extraire d'éventuels survivants d'un immeuble effondré. Le séisme de magnitude 7,1 qui a frappé la capitale mexicaine le 19 septembre a déjà fait 225 morts. © AFP / YURI CORTEZ

Une zone sismique se trouve à la jonction de deux ou plusieurs plaques tectoniques. La subduction de ces plaques, le glissement de l’une sur/sous l’autre, produit d’énormes vibrations qui se diffusent dans le sol avant d’atteindre la surface. L’effet produit sur les constructions varie selon la profondeur du séisme et la nature du sol.

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Une base stable

On ne construit donc pas à Tokyo comme on le ferait à Mexico. Pour se prémunir des séismes, ou en limiter les dégâts, on s’intéresse à la nature des sols. Et sur ce point, "il y a eu un avant et un après Mexico 1985", explique Alexandre de la Foye, professeur à l'Ecole nationale supérieure d'architecture (Ensa-M) de Marseille, spécialiste des constructions parasismiques. Cette année-là, un séisme d'une magnitude 8,1 a tué plus de 10 000 personnes dans le pays. "Depuis cet événement, on étudie sérieusement la manière dont le sol vibre et comment construire en fonction de ces vibrations."

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"On accepte l'endommagement d'un bâtiment, mais on fait tout pour éviter l'effondrement", Alexandre de la Foye, professeur à l'ENSA de Marseille

Par Hajera Mohammad

En l’espèce, Mexico est bâti sur les sédiments d'un ancien lac asséché. Ce sol très meuble est naturellement instable, mou et vibre plutôt lentement. "On sait désormais que sur ces sols-là, il faut construire des bâtiments bas, de petite taille qui vibrent plus vite." Inversement, "sur des sols plus durs et plus rocheux, qui vibrent plus vite, il peut être judicieux de construire des structures plus hautes".

Un édifice régulier

L’architecture doit demeurer sobre et dense : éviter les excroissances. "Les balcons ne sont pas interdits, mais il faut éviter qu'il soient trop grands, mal dimensionnés", détaille le professeur. Il faut aussi privilégier certaines formes, les plus compactes possibles, "le plus proche d'un carré ou d'un rectangle". Pour résumer, privilégier la symétrie des bâtiments, pour limiter les zones de faiblesses. La base des immeubles doit autant que possible être fermée et les charges réparties le plus uniformément possible entre les étages : éviter que le haut de l’immeuble soit plus lourd que le bas.

Des techniques adaptées

Les bâtiments doivent supporter des tensions énormes, donc doivent être plus ou moins déformables. Le bois et l’acier, notamment, sont recommandés. Le béton armé, auquel le métal apporte une certaine ductilité, fonctionne aussi. Plutôt qu’être fichées dans le sol, les fondations peuvent, dans les zones de forte sismicité, s’appuyer sur des matières élastiques (caoutchouc…) ou des amortisseurs hydrauliques.

Dans les zones très exposées, les bâtiments reposent sur des "amortisseurs" et pas directement sur le sol.
Dans les zones très exposées, les bâtiments reposent sur des "amortisseurs" et pas directement sur le sol. / Shustov

Quelque soient les matériaux et les techniques de construction, on parle bien d'habitations "parasismiques" et non pas "antisismiques", insiste Alexandre de la Foye. Ils ne sont pas conçus pour empêcher le tremblement de terre, mais pour sauver le plus de vies possible. "On accepte un pourcentage d'échec et la notion d'endommagement du bâtiment. Ce n'est pas un problème qu'il s'endommage, mais on doit faire en sorte qu'il n'y ait pas d'effondrement, c'est l'essentiel."

ALLER PLUS LOIN | Suivez l'activité sismique en temps réel sur le site de l'USGS

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