Les jours s'allongent et ne se ressemblent pas. Après plusieurs journées de confinement forcé, l'heure est déjà au bilan : quelles courses avez-vous pu faire ? Quelles réflexions avez-vous lorsque vous croisez une famille de sans domiciles fixes ?

Comment faire ses courses au temps du confinement ?
Comment faire ses courses au temps du confinement ? © Radio France / Franck Dubray

Courses, exercices, travail... Peut-on sortir pour autre chose ? 

Durant ce confinement, et dans le cas où vous n'êtes pas en télétravail, vous pouvez aller donner votre sang, c'est possible. 

Confinement : une situation dangereuse pour les victimes de violences conjugales et familiales ? 

Vous êtes nombreux à nous avoir souligné vos inquiétudes pour les femmes victimes de violences conjugales où qu'elles soient sur le territoire. Les associations se mobilisent pour faire passer des messages, mais attendent un retour du gouvernement. En ces temps incertains, c'est aux voisins de devenir plus vigilants et de ne pas hésiter, en cas de doute, à appeler le 17, afin d'éviter un drame. 

Marchés, grande distribution : et les courses dans tout ça ?

Les marchés alimentaires sont nécessaires pour les petits budgets et pour les quartiers, mais la proximité induite par ces espaces posent problème à l'heure du confinement, alors comment faire ? Reportage dans le 18ème arrondissement de Paris

Thierry Cotillard, PDG d'Intermarché-Netto et Franck Thomasse, président du Syndicat patronal des boulangers-pâtissiers du Grand Paris étaient les invités de Bruno Duvic dans ce Grand rendez-vous du 19 mars. Ils répondaient aux questions des auditeurs sur une éventuelle pénurie et sur les mesures de sécurité prises dans la grande distribution. 

Quel est le climat social dans les magasins ? Bruno Duvic rappelle la peur de certains leaders syndicaux qui ont pointé du doigt Leclerc et Amazon, soupçonnés de forcer leurs employés à venir travailler. Pour Thierry Cotillard, "le directeur de chaque magasin est sur le pont et gère 45 personnes, on rassure nos collaborateurs. On a une action qui se met en place, la plupart des salariés du siège sont en télétravail, mais j’ai demandé à ce que ces salariés du siège viennent dans les points de vente, pour aider leurs collègues en caisses ou en rayons.

Mais comment savoir si les chefs d’établissement ne forcent pas les salariés à venir travailler ? Comment garantir le droit de retrait ? Thierry Cotillard : "Je comprends les inquiétudes des leaders syndicaux. L’ensemble de la profession fait des efforts, le niveau d’absentéisme est inférieur à 10%. On a tous les jours une réunion entre le ministère de l'Economie (Bercy) et les distributeurs : il n'y a pas de débrayage massif, les mesures de sécurité sont mises en place et sont là pour rassurer les collaborateurs pour qu’ils puisse travailler sereinement."

Au 01.45.24.7000, l'un des auditeurs témoigne des manques de son petit magasin de quartier, livrés tardivement par rapport aux grandes enseignes Carrefour, plus grosses et en général plus près de grandes villes. Thierry Cotillard répond tout en donnant son avis de PDG d'Intermarché-Netto : Y a -t-il des choix et des cibles prioritaires dans les magasins livrés ? "On n’opère pas de choix, tous les points de vente sont bien livrés, on est dans la proximité de base, mais il est vrai dans le cas du transport, on peut avoir des carences. Il y a des points de vente qui peuvent ne pas être approvisionnés pendant un ou deux jours. Mais en libéralisant les horaires de transport, le gouvernement nous a aidés. Mais la fermeture des frontières peut limiter l’importation de certains produits étrangers."

A court terme, comment faire avec les légumes et fruits qui viennent d’Espagne ou d’Italie et est-ce que la grande distribution va repenser sa manière de vendre et de s’approvisionner ? Thierry Cotillard : "Concernant les fruits et légumes d’Espagne et d’Italie, cela va poser un problème à court terme, oui et il y a une inquiétude d’écoulement de deux productions en particulier : la production maraîchère française et la production poissonnière." Thierry Cotillard insiste sur ce point en répondant aux nombreuses images de rayons vides qui ont pu tourner sur les réseaux sociaux : "On doit revenir à une consommation normale d’ici le week-end et consommer les filières françaises pour les soutenir. Il y aura un avant et un après la crise du coronavirus : on voit les limites d’un modèle mondial, aujourd'hui."

Alors, pénurie ou pas ? Thierry Cotillard : "Ce qui se passe, c’est qu’il y a des ruptures, mais il n’y a pas de pénurie, le besoin sera couvert."

Qu’en est-il des petits producteurs qui n’ont plus le droit d’aller sur les marchés et de vendre en vente directe ? Est-ce qu’il serait possible d’être sur les parkings des supermarchés avec de petits étals ? Thierry Cotillard : "C’est une démarche qu’il faut avoir. Nous avons déjà une démarche de proximité avec le monde agricole. Si un petit producteur va voir l'Intermarché à côté de chez lui, le directeur saura l'écouter et si ce n’est pas un stand sur le parking, il pourra éventuellement prendre les produits et les vendre.

Y a-t-il des problèmes d’approvisionnement pour la farine ? Franck Thomasse : "Tout va bien de ce côté-là, on n'utilise déjà que 20% de la production sur l’Île-de-France en temps normal. Tout devrait aller." Les boulangeries peuvent-elles être ouverte 7j/7 ? Est-ce que les patrons boulangers poussent là-dessus ? "Aujourd'hui, on a suffisamment de boulangeries pour pouvoir s’approvisionner tous les jours. Respectons les jours de repos."

Alors que de nombreuses personnes sont confinées chez elles, les hommages aux personnels soignants se multiplient, mais les hommages aux caissiers et caissières sont également faits, eux qui sont également en première ligne dans cette crise. 

Qu'en est-il des normes de sécurité dans les magasins alimentaires ?

Comment cela se passe dans les boulangeries en termes de distances de sécurité ? Est-ce respecté  ? Et quid du gel hydro-alcoolique ? Franck Thomasse, président du Syndicat patronal des boulangers-pâtissiers du Grand Paris, invitésde Bruno Duvic dans ce Grand rendez-vous du 19 mars, répond par l'affirmative et précise : "Quelquefois, ce sont même les boulangers eux-mêmes qui font les marquages distants d'un mètre, voire 1m50. Les vendeurs et vendeuses ont du gel hydroalcoolique avec eux, mais pas encore de masques, on les espère bientôt."

Ne pourrait-on pas augmenter la limite du paiement sans contact (entre 20 et 30 euros selon les banques) pour éviter d'être davantage contagieux ? Thierry Cotillard : "Il faut prendre toutes les décisions qui nous éviter les risques de contagion : on est en train d'étudier la question et de penser à déplafonner. Aujourd'hui, on demande à tous les consommateurs de favoriser le paiement par carte quand ils utilisent le drive. Ça fait une semaine que les volumes en livraison ont doublé et la plupart des chefs d’entreprises ont pu augmenter les créneaux de livraison, mais la difficulté reste la question de la main d’œuvre de livraison et dans les entrepôts. On est en recherche. Mais on a eu une aide réelle du gouvernement avec le déplafonnement des heures supplémentaires, avec des embauches plus faciles... Les étudiants sont aussi mobilisés s'ils souhaitent venir la semaine en plus du week-end.

Pourquoi poursuivre les activités de la grande distribution, malgré les risques vitaux ? Thierry Cotillard : "Il y a une question de santé publique et d’alimentation des Français. Aujourd'hui il y a une union et une solidarité des filières : la production quelle qu'elle soit ne s’est pas arrêtée, les agriculteurs et industriels ne sont pas arrêtés, les PME et industries agroalimentaires non plus.

Pourquoi, à l’entrée des Intermarchés, on ne distribue pas des gants en plastiques pour éviter de toucher les caddies peut-être contaminés ? Thierry Cotillard : "Cela se met en place avec le Guide des bonnes pratiques distribué depuis deux jours : on demande aux établissements de désinfecter deux fois par jour les paniers et les caddies, et on travaille à la protection des hôtesses et hôtes de caisse. On a reçu 20 000 plaques de Plexiglas qui vont bientôt être installées pour protéger les caisses". 

Les caissières ont des gants, mais n’ont pas de solutions désinfectantes ? Thierry Cotillard : "Ce week-end, nous allons envoyer du gel dans tous les points de vente et la semaine prochaine, nous aurons la garantie que le volume de gels reçus va couvrir les besoins de l’ensemble des magasins".

Médecins, prisonniers, confinés... Quels témoignages de cette crise ? 

De nombreux témoignages nous parviennent via nos boites mail ou par les réseaux sociaux : d'un médecin confiné chez lui à cause du virus qui regrette de ne pas être avec ses équipes, aux soignants inquiets qui demandent conseil sur Internet. Nombreux aussi sont les prisonniers qui craignent que le confinement pour eux finissent mal, leurs avocats lancent des appels à l'aide

Pendant le Téléphone sonne, c'est aux malades que l'antenne a été laissée : comment vivent-ils cette période ? Comment se sentent-ils ? Ils ont répondu aux questions de Fabienne Sintès.

Que faire pour les sans domiciles-fixes ? 

Vous êtes très nombreux à nous demander quelles sont les mesures mises en place pour les SDF que l'on peut voir dans la rue. Mathilde Munos recevait Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement, qui a affirmé ce jeudi 19 mars : "Le gouvernement réquisitionne des chambres d'hôtels pour le confinement des SDF". Il évoque "l'ouverture de centres avec des chambres individuelles", mais aussi la "réquisition de chambres d'hôtel, qui ont été ouvertes dès mercredi soir, et 270 seront ouvertes avant la fin de la semaine. [...] Le groupe Accord propose près de 600 places d'hôtel, dans toute la France."

Dans le Téléphone sonne de ce mercredi 18 mars, Fabienne Sintès recevait Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde et Gabriel Attal, secrétaire d’État à la jeunesse, chargé de la préparation d'une plateforme d'appel à volontaires pour lutter contre la propagation du Covid-19. 

Claire Hédon répondait à une question d'une auditrice sur l'aide qui pouvait être apportée aux plus démunis : "Personne ne parle des SDF : ceux qui vivent dehors, dans des foyers, des bidonvilles, qui ont des activités marginales. Comment on confinent ces gens-là ? Cela va etre les premières victimes de cette épidémie. Il y a ceux qu'on voit et ceux qu'on ne voit pas, comme ceux qui vivent des appartements insalubres, là où la proximité est vecteur d’épidémie. La pauvreté attaque la santé, ils vont être les premières victimes."

Qu’est-ce qui se passe pour les personnes à la rue ? Claire Hédon : "Il y a beaucoup de peur chez les militants ADT, peur d'être controlés. Pour certains, c'est aussi la peur de ne pas pouvoir imprimer ou recopier l'attestation. Mais les élans de solidarité sont forts : le téléphone est un bon moyen, il y a des dérogations possibles. Des militants vont voir des gens isolés qui ont peur."

Est-ce qu'on a dit aux gens, à ceux qui ne parlent pas français, ce qu'il se passe ? Claide Hédon : "Il y a une forte mobilisation des associations là-dessus, pour aller expliquer ce qu’il se passe mais on arrivera pas à toucher tout le monde. Les chiffres de la pauvreté, c'est 14% de la population qui vit dans la pauvreté, soit 9 millions de personnes. Il y a 2,2 millions de personne en France qui vivent avec moins de 680 euros par mois... Vous imaginez la panique quand il se passe ce genre d'épidémie pour eux ? Si le 115 n’a pas de places, on manque de place d'hébergements pour les migrants, parce qu'on manque de logements. Cette crise exacerbe le manque de logements décents pour les personnes. Il faudrait espérer que cette crise puisse recentrer sur les choses importantes comme le logement décent pour tous."

Quelles sont les mesures mises en places et réfléchies au niveau gouvernemental ? Gabriel Attal : "S’il y a pas d'attention particulière envers eux, ils seront les premières victimes. Mais on voit aussi les élans de solidarité des Français, comme les applaudissements à 20h à la fenêtre pour soutenir le personnel soignant, il y a une volonté d’engagement de la part du gouvernement. Mon collègue Julien Denormandie travaille sur les logements. Tous les dispositifs liés à la trève hivernale sont prolongés, maintenus. Nous avons beaucoup d’échanges avec les assos, nous manœuvrons pour ouvrir des places supplémentaires et pour permettre des réquisitions. Il faut éviter de confiner les personnes dans une proximité, mais il faut un travail fin." Gabriel Attal annonce également l'ouverture de centres de desserrement. "Il y a des solutions habituellement utilisées en période d’épidémie, mais cela doit être adapté là c’est plus compliqué.

Comment on fait si on est volontaire ? Claire Hédon : "Il faut les protéger". Est-ce qu'on laisse tout le monde être volontaire ? Est-ce qu'on réduit le nombre de volontaires ? Claire Hédon : "Je trouve qu'il faut laisser la liberté des personnes, et on voit cette solidarité incroyable. Si on veut se porter volontaire, il faut laisser faire, du moment qu'il y a la distance et le lavage de mains et que les consignes sont respectées."

Gabriel Attal répond également à cette question : "On a besoin de solidarité et de mobilisation, on est dans une période particulière, il y a certaines activités associatives qui ne peuvent plus être assurées, mais d’autres doivent continuer de l'être comme la distribution des repas, avec les liens qui rompent l’isolement. Il y a une restriction mise : les bénévoles les plus âgés, les plus de 70 ans, on leur a demandé de rester chez eux, ce qui pose un problème car, quelques fois il représente la moitié des bénévoles. On travaille sur un appel à la mobilisation, avec une plateforme de mobilisation qui permettrait de mettre en relation les gens qui veulent s’engager et des associations, des collectivités locales."

Quid des personnes âgées dans les immeubles ? Est-ce qu’on peut parler de solidarité locale ? Gabriel Attal : "Beaucoup de Français ont déjà pris l'initiative d’aider les plus fragiles, avec des mots dans les halls d'immeubles. Oui, on va mobiliser les associations et les Français." Pour Claire Hédon : "Cette solidarité de proximité est indispensable, que ce soit avec le SDF ou la personne âgée."

Que faire pour la scolarisation à distance dans ce cas des familles précaires, quand certaines n'ont pas d'accès à Internet ? Claire Hédon : "Comment faire de l’école à distance ? Comment accompagner les enfants qui parlent mal le français ? Si les parents se disent 'j’ai pas fait d’études, j'ai peur pour mon enfant au retour de l’école', certains professeurs savent répondre. On a vu des professeurs qui envoyaient les devoirs le matin, invitant les enfants à photographier leurs devoirs qui étaient ensuite corrigés par le professeur à distance à partir de la photo. Car on n'a pas d'ordinateur, mais on a toujours un téléphone. Il va falloir de l’ingéniosité.

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