C’est un constat peu reluisant effectué par « Transparency International France. »

L’ONG publie aujourd’hui son indice annuel de perception de la corruption (IPC) pour l’année 2012.

La France se situe seulement au 9e rang européen des pays perçus comme les moins corrompus par les milieux d’affaires. Elle est devancée par le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Suède, la Finlande, et le Danemark, considéré comme le pays le moins corrompu.

Les derniers du classement sont : la Slovaquie, la Roumanie, l’Italie, la Bulgarie et la Grèce.

« Une crise de confiance sans précédent »

Image du clip "Chaque signature compte" Avec la transparence, la démocratie avance
Image du clip "Chaque signature compte" Avec la transparence, la démocratie avance © Radio France
Cet indice est une combinaison de sondages et d’évaluations sur la corruption réalisés par des organisations internationales (comme la Banque de développement ou le Forum économique mondial). Certes, il ne s’agit pas d’un indicateur en tant que tel du niveau de corruption d’un pays, mais c’est tout de même un baromètre très révélateur de la question puisqu’il traduit la façon dont les acteurs économiques du secteur public évaluent la corruption dans leur pays. Au niveau mondial, la France se situe seulement au 22e rang des pays perçus comme les moins corrompus. Elle est devancée par les Bahamas, l’Uruguay, le Chili, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la Belgique, l’île de la Barbade, Hong-Kong, l’Allemagne, le Luxembourg, l’Islande, les Pays-Bas, le Canada, la Norvège, l’Australie, la Suisse, Singapour, la Suède, la Nouvelle-Zélande, la Finlande et le Danemark. Face à ce qu’elle qualifie de « crise de confiance sans précédent », Transparency International appelle le gouvernement à légiférer et à faire de la lutte contre la corruption une grande cause nationale. [
Vignette rapport
Vignette rapport © Radio France
](http://www.franceinter.fr/sites/default/files/2012/12/04/517161/fichiers/Transparency%20International%20France%20-%20Rapport%20annuel%202012.pdf%20) **Voir le rapport 2012 de "Transparency International France" : « Faire de la lutte contre la corruption et de l’éthique publique une grande cause nationale »** Par ailleurs, selon un sondage effectué par l’ONG dans 86 pays, les Français considèrent les partis politiques comme l’institution la plus touchée par la corruption. ### **Le cri d’alarme du juge Armand Riberolles**
Armand Riberolles
Armand Riberolles © Radio France
De nombreux rapports récents -comme celui de l’OCDE- ont déjà pointé du doigt le retard pris par la France en matière de lutte contre la corruption. Face à cette situation préoccupante, 82 magistrats ont même cosigné, en juin dernier, [une pétition](http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2012/06/27/agir-contre-la-corruption-l-appel-des-juges-contre-la-delinquance-financiere_1724608_3224.html "Page abonnés") dans laquelle ils s’alarment de la lutte contre la grande délinquance financière. **Armand Riberolles fait partie des signataires de cette pétition.** L’homme est d’un naturel discret. Désormais premier vice-président au Tribunal de grande instance d’Evry, il n’a jamais accordé la moindre interview pendant sa longue carrière de magistrat. Aujourd’hui, il prend la parole pour lancer un cri d’alarme. A ses yeux, la France doit faire de la lutte anti-corruption une priorité, sous peine de mettre en grand danger la cohésion sociale. En poste au pôle financier de 1996 à 2005, Armand Riberolles a notamment instruit de nombreux "dossiers sensibles" comme l’affaire de la cassette Mery, les HLM de Paris ou les marchés publics d’Ile de France. Avant d’intégrer le pôle financier, il a beaucoup travaillé sur la délicate question du contrôle des marchés publics (MIEM), comme magistrat détaché à la Mission interministérielle d’enquête sur les marchés publics, puis au sein de la Direction générale de la concurrence. _Catherine Pierce, vice-présidente de Transparency International France_
Pour Armand Riberolles, au début des années 1990 un double mouvement s’est opéré : "l’explosion" des grosses affaires politico financières, et, en même temps, la mise en place par l’Etat des outils techniques et opérationnels afin de lutter contre la grande délinquance financière. Dans les années 2000, en revanche, c’est le « grand bond en arrière. » Les dispositifs anti-corruption sont rognés, les crédits limités, les affaires sensibles verrouillées. Un état des lieux alarmant qui, pour Armand Riberolles, n’a fait que s’aggraver. **_Armand Riberolles, premier vice-président au Tribunal de grande instance d’Evry_**
### **Quand une « lanceuse d’alerte » dénonce la corruption à ses risques et périls** Parmi les actions préconisées par les ONG anti-corruption comme "Transparency International" figure notamment une véritable protection juridique des "lanceurs d’alerte" dans la Fonction publique, à l’image de ce qui existe déjà dans le privé. Alors que depuis novembre 2007, une loi protège les lanceurs d’alerte dans les entreprises, la garantie de leur protection n’est toujours pas assurée, en France, dans le secteur public. Résultat : les rares fonctionnaires (dont 20% sont contractuels) qui choisissent de dénoncer des faits délictueux, se retrouvent bien souvent dans l’œil du cyclone. C’est ce qui est arrivé à Marie Meyer, contractuelle au ministère des affaires étrangères pendant 14 ans. Pour avoir dénoncé des faits de corruption dans deux ambassades, son contrat n’a pas été renouvelé. Elle a subi des pressions (elle a même été menacée de mort), mais a finalement obtenu gain de cause devant le Tribunal administratif. **_Marie Meyer, la "lanceuse d’alerte", s'est confiée à Benoît Collombat_**
Devant le Tribunal administratif, le ministère des affaires étrangères a expliqué que le non renouvellement du contrat de Marie Meyer avait été pris « _dans l’intérêt du service_ », aucun poste vacant ne pouvant lui être proposé et son profil ne correspondant pas aux postes auxquels elle avait postulé. Une argumentation qui n’a pas convaincu les juges. Dans sa décision, le tribunal observe que les résultats obtenus par Marie Meyer dans chacun de ses postes ont été « _unanimement salués_ » et ses « _qualités, tant humaines que professionnelles, constamment soulignées._ » Il conclut que le non renouvellement du contrat a été décidé pour des motifs étrangers au service, qu’il est entaché de « _détournement de pouvoir_ » et d’une « _illégalité fautive de nature à entacher la responsabilité de l’Etat._ » L’Etat est condamné à verser une indemnité financière correspondant à 30 mois de salaires, ainsi que 10 000 euros pour « _préjudice moral_ . » Le ministère fait appel. Il ne conteste pas les faits mais le droit à une indemnité. Finalement, la Cour d’appel de Paris confirme en 2008 la décision du tribunal administratif. Désormais chargé du dossier des lanceurs d’alerte à "Transparency International France", Marie Meyer plaide pour que comme une soixantaine de pays, la France adopte une protection des lanceurs d’alerte, dans le secteur public comme dans le privé. Une résolution de 2010 du Conseil de l’Europe ainsi que les engagements du G20 de Séoul contraignent aujourd’hui la France à agir.
Vignette Lettre
Vignette Lettre © Radio France
**Lire l’article de Marie Meyer sur l’alerte éthique, publié dans la lettre trimestrielle de Transparency International France de juillet 2012** **(p. 6 à 8)** Le clip "Chaque signature compte - Avec la transparence, la démocratie avance"
**[> Le site Internet de Transparency](http://www.transparency-france.org/)**
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