Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a appelé dimanche en Corse les forces de sécurité à renouveler leurs méthodes pour endiguer la violence dans un territoire où l'on dénombre 18 meurtres cette année.

Le ministre, qui doit être rejoint lundi par sa collègue de la Justice Christiane Taubira, a également déclaré qu'il lutterait contre la "guerre des polices" et tenterait de résoudre les problèmes de renseignement qui, selon un document judiciaire interne dévoilé cette semaine, minent l'efficacitédes services d'enquête sur l'île.

Je suis conscient que la police et la gendarmerie doivent renouveler leurs méthodes.

Manuel Valls a promis une plus grande coopération entre ces services à l'avenir ainsi que l'arrivée de 40 policiers et gendarmes supplémentaires dès janvier. L'île en compte actuellement un peuplus de 2 000 au total.

Les mesures par Jean-Philippe Deniau

La Corse, qui avec 300.000 habitants est peuplée autant qu'un arrondissement parisien, est en proie à une violence croissante et l'expansion nationale du banditisme corse conduit le gouvernement à parler désormais ouvertement de "mafia". Manuel Valls, qui avait lors d'une précédente visite sur place le 15 novembre suscité des critiques localement en s'en prenant à une supposée "omerta" locale, a semblé revenir sur ces déclarations. > C'est un message de confiance et de soutien aux Corses qui sont les premières victimes de cette situation. Il faudra du temps pour éradiquer cette criminalité violente, faisant peser une menace affairiste et mafieuse sur les secteurs ou l'économie qui réussissent : l'urbanisme et la construction, la sécurité privée et l'industrie touristique ### L'Etat inefficace Les élus locaux brocardent cette idée d'une supposée "omerta" comme un cliché et renvoient l'Etat, incapable de résoudre les homicides et de traiter les dossiers de grand banditisme, à sa responsabilité. Les syndicats de police ne disent pas autre chose. Samedi, 37 officiers du syndicat majoritaire SGP-Unité police-FO, reçus en préfecture, ont déposé symboliquement 130 boîtes pour dénoncer le manque de moyens. Selon le représentant syndicat Raphaël Vallet : : > Si les assassinats s'arrêtaient, il faudrait à raison de six mois de travail non stop, huit ans aux trois groupes de la PJ corse pour résoudre les assassinats. Une note interne du procureur de Bastia, Dominique Alzeari, dévoilée par par France 3 Corse vendredi, met en lumière un autre problème, celui de la guerre des services et de l'insuffisance du renseignement. Le procureur dénonce des "relations insuffisantes entre les services d'enquête" et souligne des "blocages institutionnels". "S'y ajoute une forme de concurrence entre les servicesd'enquête eux-mêmes s'agissant de la captation et de l'exploitation du renseignement qui nuit gravement à leur efficacité", lit-on dans ce document. Le procureur regrette "l'absence de structures de coordination du renseignement intérieur". Christiane Taubira a ordonné une enquête sur l'origine de la fuite de ce document. Manuel Valls a assuré vouloir agir sur ces points. > Il faut que la chaîne pénale puisse travailler normalement. Je suis sûr que la police et la gendarmerie pourront travailler ensemble. De la concurrence, c'est interdit, sinon il y aura des sanctions. Pendant des années, on s'est concentré sur la lutte antiterroriste et on s'est moins préoccupé des réseaux mafieux, le travail doit être mené en ce sens dans le renseignement intérieur Selon des statistiques établies par Corse-Matin, un seul des 85 principaux meurtres et tentatives liés au crime organisé commis depuis 2004 a été élucidé. Manuel Valls réplique par une autre statistique, affirmant que 2.686 personnes ont été mises en cause et 996 écrouées dont 130 pour meurtres sur les 15 dernières années.
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