[scald=95587:sdl_editor_representation]par Matthias Blamont

PARIS (Reuters) - Coût du travail élevé ne rime pas avec chômage élevé et ne signifie pas nécessairement mauvaises performances économiques, révèle une étude de l'Insee mercredi, à l'heure où gauche et droite s'affrontent violemment sur la "TVA sociale".

Le ministère du Travail publiera vendredi les chiffres du chômage du mois de janvier. Fin 2011, le nombre de personnes sans emploi sur le territoire français, toutes régions et catégories confondues, dépassait les 4,5 millions, un plus haut depuis 1999.

Outre-Rhin, le taux de chômage était le mois dernier à son plus bas niveau depuis la réunification du pays en 1990.

Le coût du travail en Allemagne était surtout l'un des plus élevés d'Europe dans certains secteurs industriels il y a quatre ans, une donnée économique qui ne l'a pas empêchée d'afficher les meilleures performances à l'export de la zone euro et un taux de chômage parmi les plus bas du Vieux continent.

A deux mois du premier tour de l'élection présidentielle, le gouvernement, qui cite régulièrement Berlin en exemple, a fait de la diminution du coût du travail l'une de ses priorités économiques en décidant d'abaisser les cotisations patronales en échange d'un relèvement du taux de la TVA, une mesure vivement critiquée par les syndicats et l'opposition qui craignent une dégradation du pouvoir d'achat.

Dans une étude intitulée "Emploi et salaires", notamment consacrée à l'évolution du prix de la main d'oeuvre en Europe, l'Insee constate que le coût du travail dans certains secteurs manufacturiers outre-Rhin était le plus haut du Vieux continent.

"C'est le cas en particulier dans l'industrie automobile, où (en 2008, ndlr) il est supérieur de 29% à celui observé en France: 43,14 euros (de l'heure) contre 33,38 euros."

Dans l'ensemble de l'industrie, le coût du travail était sensiblement comparable dans les deux pays, autour de 33 euros de l'heure en moyenne, même s'il était plus élevé en Allemagne (33,37 euros) qu'en France (33,16 euros).

RAPPORT DE FORCE ?

La tendance s'inverse toutefois dans les services où la France enregistrait il y a quatre ans un coût horaire du travail de 32,08 euros contre 26,81 euros en Allemagne.

Surtout, les coûts salariaux unitaires dans leur ensemble ont connu une progression beaucoup plus marquée en France qu'en Allemagne entre 2002 et 2012 (+1,9% par an contre +0,1%) et de moindres gains de productivité (+0,8% contre +1,2%), selon les calculs du Crédit agricole, un motif d'inquiétude pour Paris.

La ministre du Budget Valérie Pécresse a répété mardi que la baisse du coût du travail au nom de la "compétitivité-prix" française permettrait de créer entre 75.000 et 120.000 emplois, à condition que les entreprises jouent le jeu et privilégient la relance de l'investissement productif à l'augmentation de leurs marges.

La Suède, le Danemark et la Belgique sont les trois pays de l'Union européenne où, en 2008, le coût du travail était le plus élevé, dans l'industrie comme dans les services. Le Portugal, la Grèce et l'Espagne sont ceux où il était le plus bas.

Dès lors, l'amélioration de la "compétitivité" pourrait avoir des effets beaucoup moins positifs qu'escompté si elle ne devait porter que sur les coûts sans concerner plus largement la productivité, la qualité, l'innovation et la formation.

Le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur Pierre Lellouche a logiquement vanté la création de la TVA sociale début février et estimé que la France pouvait rééquilibrer ses échanges commerciaux d'ici à 2017, après avoir présenté un déficit commercial record en 2011.

Dans l'espoir d'améliorer la productivité des sociétés françaises, le gouvernement donne un mois aux partenaires sociaux pour convenir d'un cadre permettant de conclure des accords "majoritaires" au sein des entreprises sur les questions relatives à la durée du travail, son organisation ou les heures supplémentaires.

Nicolas Sarkozy a souligné que ces accords s'imposeraient à la loi, ce qui enterrerait de facto les 35 heures. Faute de compromis, un projet de loi serait déposé au Parlement au risque d'engager l'exécutif dans un rapport de force tendu à la veille des scrutins présidentiel et législatifs.

Edité par Patrick Vignal

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