Avec une majorité de résidents et de personnel vaccinés contre la Covid-19, les Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) allègent progressivement les restrictions sanitaires pour faciliter les visites des proches, et soulager leurs résidents.

La réunion du Conseil de la vie sociale organisée mardi 16 février aux "Lumières d'Automne" de Saint-Ouen doit décider la levée de certaines restrictions sanitaires.
La réunion du Conseil de la vie sociale organisée mardi 16 février aux "Lumières d'Automne" de Saint-Ouen doit décider la levée de certaines restrictions sanitaires. © Radio France / Simon Cardona

Ils prennent les devants. L'Ehpad public "Lumières d'Automne" de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) fait partie des établissements dédiés aux personnes âgées qui ont décidé de lever certaines restrictions sanitaires. La visite de la famille et de l'entourage des résidents sera facilitée début mars. Mais le gouvernement n'a encore donné encore aucune consigne à ce sujet. 

Aux "Lumières d'Automne" de Saint-Ouen, 86% des résidents sont vaccinés contre la Covid-19 et plus des trois quarts ont reçu la seconde dose. Ceux qui ne sont pas vaccinés le sont par choix de la famille, ou pour raisons médicales. 40% du personnel est lui aussi protégé du SARS-CoV-2 grâce au sérum Pfizer-BioNTech.

Des visites facilitées

La direction de l'établissement a donc organisé son premier Conseil de vie sociale, réunissant une partie du personnel, des résidents, et des visiteurs réguliers pour décider ou non de lever certaines restrictions sanitaires. 

Tous ont eu le temps en 2020 de penser à ce moment. "On a besoin d'air", clame Andrée, "habitante de la maison" en fauteuil roulant, au bout de la table ovale. "Il faudrait pouvoir trouver un moment pour que le personnel et les résidents aillent respirer ailleurs que dans leur chambre. C'est indispensable !"

Une position partagée par Claire, dont les yeux pétillent au-dessus de son masque. "Le jardin c'était très important pour maman. Là, je suis sécurisée, je me dis que c'est le bonheur de maman de ne pas se sentir en cage comme on dit." Elle a placé sa mère de 97 ans à l'Ehpad des "Lumières d'Automne" il y a trois ans, après une hémiplégie.

Claire et sa mère Anne-Marie, résidente de l'Ehpad "Lumières d'Automne".
Claire et sa mère Anne-Marie, résidente de l'Ehpad "Lumières d'Automne". © Radio France / Simon Cardona

Depuis la crise sanitaire, les visites se faisaient dans le hall ou dans les chambres. La salle dédiée étant actuellement en travaux. Le jardin était interdit pour les visites car il était impossible d'y aller et d'y revenir sans se croiser entre groupes de résidents et familles.

Rien ne change pour les repas

Autre proposition accordée, la durée des visites n'est plus limitée à une heure. "Quand on a des choses à résoudre avec les extérieurs, on n'a pas le temps d'en parler", soutient Andrée.

La direction ne reviendra pas en revanche sur le retour du déjeuner, tous ensemble comme avant. Il y aurait trop de monde dans la salle, sans masques. "J'estime que c'est trop tôt, le médecin aussi", explique Ève Guillaume, la directrice de l'établissement.

L'entrée de l'Ehpad "Lumières d'automne" à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis
L'entrée de l'Ehpad "Lumières d'automne" à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis © AFP / Ehpad "Lumières d'automne"
Ève Guillaume, directrice de l'Ehpad "Lumières d'Automne" (à gauche), et Véronique Barnils, responsable de l'hôtellerie.
Ève Guillaume, directrice de l'Ehpad "Lumières d'Automne" (à gauche), et Véronique Barnils, responsable de l'hôtellerie. © Radio France / Simon Cardona

Les Ehpad en attente de consignes du gouvernement

Elle n'est pas la seule directrice d'Ehpad à vouloir alléger les restrictions sanitaires. "On prend nos décisions en connaissance de cause, on consulte les médecins qui ont accès aux articles scientifiques. On estime que les mesures que l'on prend, rentrent dans le cadre sanitaire et ne nous font pas prendre de risques." 

Mais pour les problèmes encore inconnus, difficile de savoir quoi faire. "Si on admet demain un nouveau résident non vacciné, comment ça va se passer ? Est-ce qu'on sera à nouveau livré en vaccin ?", se demande Ève Guillaume, qui attend les préconisations du gouvernement.

"Il y a un enjeu très fort d'écoute."

Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), qui s'est prononcé plusieurs fois sur les Ehpad lors de cette crise sanitaire, n'a pas été encore saisi sur le sujet. 

"Nous devons encore attendre les résultats des études scientifiques, puisqu'on sait que malgré le pourcentage extrêmement élevé de personnes vaccinées en Ehpad, il demeure un risque de non-protection par rapport à ces personnes-là", prévient Karine Lefeuvre, membre du CCNE. "Ce qui est certain c'est qu'il y a une attente très forte de restauration des liens humain et affectif. Tout est une question de sens et de mesure à ce niveau-là et le CCNE y est très sensible."

Les décisions prises lors du Conseil de la vie sociale à l'Ehpad "Lumières d'Automne" de Saint-Ouen seront effectives au début du mois de mars, quand l’immunité des résidents et du personnel vaccinés sera optimale.

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