France Inter a pu consulter un rapport d'expertise indiquant que l'A320 d'Egyptair, qui s'est abîmé en Méditerranée en mai 2016, présentait de nombreuses défaillances lors des vols précédents. Les experts aéronautiques expliquent également que la compagnie n'a pas pris en compte ces défauts.

Des égyptiens allument des bougies en hommage aux 66 victimes du crash de l’Egyptair, survenu le 19 mai 2016, au-dessus de la Méditerranée.
Des égyptiens allument des bougies en hommage aux 66 victimes du crash de l’Egyptair, survenu le 19 mai 2016, au-dessus de la Méditerranée. © AFP / Khaled Desouki

L'A320 d'Egyptair s'était abîmé en mer Méditerranée, dans les eaux internationales, dans la nuit du 18 au 19 mai 2016 alors qu'il reliait l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle au Caire. 66 personnes, dont quinze Français, avaient été tuées. L'Egypte, qui mène l'enquête de sécurité, avait annoncé en décembre 2016 la découverte de traces d'explosifs sur les corps de victimes, et mis en avant la piste terroriste, bien qu'aucune organisation n'ait revendiqué un attentat sur ce vol MS 804. 

En juillet 2018, le Bureau d'Enquêtes et d'Analyses (BEA) français, qui collabore à l'enquête, avait de son côté annoncé dans un communiqué qu'il privilégiait l'hypothèse d'un incendie dans le poste de pilotage de l'avion. Les autorités judiciaires égyptiennes ont ensuite pris le relais de l'enquête, mais aucun rapport final n'a été publié.

Un rapport d'expertise sur la maintenance à la demande de la justice française

Comme c'est le cas dès lors que des victimes françaises sont recensées, une enquête a été ouverte en France. Le pôle "accidents collectifs" du tribunal de Paris en est en charge, avec trois juges d'instruction à sa tête. Ce sont ces juges qui ont demandé la remise d'un rapport sur la maintenance de l'aéronef d'Egyptair. Bouclé en juin 2018, ce document très technique de 78 pages a été présenté quelques mois plus tard aux familles des victimes françaises. Le technicien et l'expert aéronautiques qui l'ont rédigé pointent du doigt le "manque de rigueur" des services techniques de la compagnie égyptienne. 

Des problèmes récurrents et des alertes négligées

Les deux experts ont décortiqué le carnet de bord de l'appareil et les données du système Acars, qui permet de transmettre au sol les données de l'avion en vol. Trois problèmes récurrents sont soulevés dans le rapport : l'alarme incendie des toilettes, les disjoncteurs, et une valve moteur. Ce rapport d'expertise indique : 

La plupart de ces défauts sont répétitifs. La plupart des avertissements de panne enregistrés par l'avion ne sont pas pris en compte par les pilotes. [...] Les membres d'équipage d'EGYPTAIR ne signalent les défauts dont ils ont connaissance que lors de vols vers LE CAIRE, afin d'éviter une immobilisation de l'avion en escale. Ceci favorise 'l'oubli' de défauts apparus lors des étapes précédentes 

Des dizaines de messages d'alerte sont relevés dans le système de l'avion. Certaines alertes, sonores et visuelles comme c'est par exemple le cas pour l'alarme incendie des toilettes, ne peuvent pas être manquées par l'équipage, expliquent les auteurs du rapport d'expertise. 

Ces problèmes récurrents auraient du pousser les services techniques à mener des contrôles lors des quatre vols précédant le drame. Les experts soulignent également que l'A320 d'Egyptair n'aurait pas du quitter Le Caire pour rejoindre Paris, avant son dernier vol, afin de régler les problèmes constatés. 

La colère des familles de victimes

L'association des familles de victimes du vol MS 804 d'Egyptair n'a pas été surprise à la lecture du rapport : les proches ne croient pas à la version égyptienne d'un acte terroriste et répètent que c'est l'avion qui avait un problème. Mais ils s'indignent de l'absence de mesures prises par les autorités de régulation, et notamment l'EASA, l'Agence Européenne de Sécurité aérienne, qui n'a pas pris de sanctions contre la compagnie égyptienne. Sophie Cormary, présidente de l'association des familles de victimes, s'indigne : 

On continue à laisser voler une compagnie qui a présenté des défauts de maintenance. C'est insensé. Si le crash était survenu au-dessus d'une ville, au-dessus du territoire français, l'enquête aurait été beaucoup plus rapide

Ce rapport d'expertise sur la maintenance n'est qu'une étape dans l'enquête judiciaire menée par la France. Les juges d'instruction ont récupéré en octobre 2018 les données des boîtes noires, après une perquisition au sein du BEA, qui, de son côté, explique être simple collaborateur des autorités égyptiennes dans cette enquête et donc tenu à la confidentialité des données. Les conclusions ne devraient pas être rendues avant au moins un an. Les familles des victimes espèrent, elles, être au moins reçues au ministère français des Transports. 

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