Avec près d’une habitation indigne à Marseille sur six, soit plus de 100.000 personnes concernées, l’état du logement dans la cité phocéenne est alarmant. France Inter a pu visiter l’un des immeubles insalubres du quartier de Noailles, là où se sont écroulés trois immeubles mardi.

Un immeuble du quartier de la Plaine à Marseille, près de Noailles où trois bâtiments se sont écroulés lundi. Abandonné, insalubre mais squatté, le bâtiment n'est pas muré.
Un immeuble du quartier de la Plaine à Marseille, près de Noailles où trois bâtiments se sont écroulés lundi. Abandonné, insalubre mais squatté, le bâtiment n'est pas muré. © Radio France / Thibault Lefèvre

Ils ne cachent plus leur agacement et, surtout, ne veulent plus risquer leur vie tous les jours. Après l’effondrement de trois immeubles lundi, qui a causé la mort de sept personnes, les habitants du quartier de Noailles, au centre-ville de Marseille, alertent sur l’état de ces logements dits "à risque". Il y a en effet 40 000 logements indignes dans la ville, soit près d’une habitation sur 6, selon Christian Nicol, ancien inspecteur général de l’administration du développement durable et auteur, il y a trois ans, d’un rapport alarmant sur l’habitat dans la cité phocéenne.  

"On ne peut pas dormir tranquille"

Des fissures le long des murs de la cage d’escalier, dans son appartement, Ali habite depuis 12 ans dans un deux pièces au quatrième étage d’un immeuble, situé à une centaine de mètres des bâtiments qui se sont écroulés lundi. Voilà quatre ans qu’il demande à son bailleur social de déménager, sans succès. "Je dors avec la peur au ventre : ce qui est arrivé à côté peut arriver là. S’il y a des fissures c’est qu’il y a un problème dans l’appartement. Ces immeubles-là, d’autres vont tomber. Je ne sais pas quand, est-ce que ce sera le nôtre ? Je regrette mais on ne peut pas dormir tranquille."

Péril imminent

Les immeubles les plus abîmés font l’objet d’un arrêté de péril imminent. La ville de Marseille en signe en moyenne 150 chaque année, la plupart du temps pour des logements. En piteux état, à peine soutenus par des échafaudages, ces immeubles sont inhabitables mais parfois ouverts aux squatteurs, comme celui qui jouxte l’appartement d’Andréa et de ses colocataires. 

Le plafond est complètement inondé d'eau. Personne ne règle le problème, donc ça continue. 

Depuis deux mois, cette étudiante subit des fuites importantes et régulières sur le plafond de sa salle de bain. "Le plafond est complètement inondé d’eau. Personne ne règle le problème, donc ça continue. On est inquiètes car l’immeuble d’à côté est complètement inondé, ça empiète sur l’immeuble, les fondations et que ça s’effondre.

Cette étudiante vit dans un appartement rongé par les infiltrations d'eau.
Cette étudiante vit dans un appartement rongé par les infiltrations d'eau. © Radio France / Thibault Lefèvre

"Balance ton taudis"

Sur Twitter, le co-président de la communauté Emmaüs de la pointe rouge à Marseille a lancé le mot-dièse #BalanceTonTaudis, avec le journal La Marseillaise. Il dit vouloir recenser l’habitat indigne et permettre à tous les Marseillais de se mobiliser pour que la mairie agisse sur la question du mal-logement. Selon Fathi Bouaroua, interrogé sur franceinfo, la stratégie "est de laisser pourrir pour pouvoir reconstruire".

De son côté, Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille a défendu "l’ambition et l’exigence forte pour la rénovation de l’habitat ancien et indique" de son équipe municipale depuis plus de 20 ans, soulignant les 35 millions d'euros investis depuis 2005 et appelant à l’aide de l’État pour une simplification de la réglementation sur le sujet.

Le plafond de cet immeuble du quartier de Noailles (Marseille) s'est complètement effondré.
Le plafond de cet immeuble du quartier de Noailles (Marseille) s'est complètement effondré. © Radio France / Thibault Lefèvre
La cage d'escalier d'un immeuble de Marseille, abandonné, insalubre mais squatté.
La cage d'escalier d'un immeuble de Marseille, abandonné, insalubre mais squatté. © Radio France / Thibault Lefèvre
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