Le Premier ministre conservateur a joué trop gros avec le référendum sur le Brexit : il y a perdu son pari, son poste, et sa crédibilité politique.

David Cameron à Varsovie, lors du sommet de l'Otan le 9 juillet 2016
David Cameron à Varsovie, lors du sommet de l'Otan le 9 juillet 2016 © Reuters / Kacper Pempel

Le Premier ministre David Cameron restera dans l'Histoire pour avoir réussi à provoquer la sortie de son pays de l'Union européenne, alors qu'il souhaitait pourtant l'y maintenir. L’élu conservateur avait annoncé en 2013, en vue des élections législatives de 2015, cette consultation à hauts risques, alors que la question du maintien du Royaume-Uni dans l’Europe a toujours déchiré son parti.

Après que le Out se soit imposé au référendum du 23 juin, il a annoncé sa démission qui sera deviendra effective ce mercredi, pour laisser la place à sa ministre de l'Intérieur Theresa May, unique candidate restée en lice pour lui succéder.

Paradoxe eurosceptique

David Cameron, qui s'est démené pendant des mois pour plaider le maintien de son pays dans l'UE, avait pourtant pris ses marques, à l’origine, dans le camp des eurosceptiques. En arrivant à la tête de son parti en 2005, son ambition était de moderniser sa formation, tout en jouant la carte de l’Europe : un bon moyen, selon Cameron, de régler les déchirements internes de son rang. Par ailleurs, sous sa houlette, le parti conservateur a accepté le mariage gay, en 2014, une avancée qu'il revendique avec fierté. C’est aussi pour faire face à la montée du parti europhobe et populiste UKIP qu’il soutient très tôt cette idée de référendum sur le Brexit, en vue des élections européennes de 2014.

Derrière les chiffres positifs, la dure réalité du terrain

Ce fils de (très) bonne famille, restera aussi dans la mémoire de son pays comme le grand architecte de l’austérité : d’abord au sein de la coalition conservateur-libéraux-démocrates, puis seul aux commandes après sa surprenante victoire de 2015 qui l’a maintenu à son poste.

Dans les chiffres positifs de son bilan se placent le retour de la croissance, une économie dynamique, et un taux de chômage relativement bas. Mais derrière les chiffres, la réalité du terrain est moins convaincante : avec la réduction drastique des prestations sociales ou des coupes budgétaires dans le service public, les inégalités n’ont cessé de se creuser au sein de la société britannique. Le Royaume-Uni affiche peu de chômeurs déclarés, mais il compte de plus en plus de travailleurs pauvres et précaires. Beaucoup de salariés travaillent à temps partiel, et combinent ainsi plusieurs petits jobs pour arriver à boucler les fins de mois, quand les dirigeants des plus grandes entreprises perçoivent des rémunérations insolentes.

Guerre de Lybie : le retour de bâton

Coté politique étrangère, David Cameron aura eu également "sa" guerre, en Lybie aux côtés de Nicolas Sarkozy, qui n’aura pourtant pas été sans conséquences sur l’immigration. Le thème a pourtant largement nourri la campagne du Brexit, qui en fait ainsi un pari perdu à double titre.

Coïncidence: sa chute est intervenue au moment où une commission parlementaire rendait un rapport accablant sur la façon dont l'ex-Premier ministre travailliste Tony Blair avait lancé son pays dans la guerre en Irak, croisant ainsi le destin d'une autre étoile de la politique britannique désormais vouée aux gémonies.

David Cameron avait annoncé qu'il ne se représenterait pas aux prochaines élections en 2020 avant même le référendum. En faisant valoir qu'il y avait autre chose dans la vie et notamment sa famille.

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