Davos Après l’indigestion, les grands de ce monde réfléchissent. « Davos 2009 sera le sanatorium du monde », dixit Klaus Schwab, organisateur du forum, qui se donne pour ambition de « redessiner le monde de l’après-cris ». Bravo. Ceux qui ont foutu le feu, détruit, déstabilisé, ruiné, spéculé, mis au chômage au nom du sacro saint « libéralisme » des marchés autorégulateurs (la foule ivre se régulant elle-même), ceux qui ont provoqué la pire crise économique depuis 1929, qui ont favorisé l’explosion des inégalités et la ruine de la planète se devaient bien de jouer les petites infirmières à poil d’idées sous leur blouse aux poches pleines. Au premier rang des 2500 participants et maîtres du monde, les banquiers, qui vont dire quoi ? C’est pas nous ? C’est la crise ? Donnez-nous un peu plus de fric parce que ça va mal ? Que va dire Joseph Ackermann, ultra libéral, qui crachait sur l’Etat depuis dix ans, avait juré de ne jamais demander une subvention, et qui, patron de la Deutsche Bank en quasi faillite qui réclame à genoux des milliards d’euros comme un clochard ? Que va dire Marcel Rohner, patron de l’Union des Banques Suisses, madoffisé jusqu’au trognon ? Au deuxième rang, qui dira Bill Gates qui licencie en pleine période de profits, Poutine qui raconte la démocratie et la liberté de la presse – Poutine qui ouvre les débats avec le chinois Wen Jibao, dont le slogan pourrait être « prison, pollution, corruption, exploitation et exportation » - Shimon Peres la paix, Tony Blair dieu et l’argent, et différents gogols qui n’ont rien vu venir, et bien entendu sont incapables de comprendre le monde qui les entoure ? Messier sera-t-il à Davos pour vendre sa misère et son misérable bouquin ? Davos est né avec la mondialisation, en 1971, l’année ou Nixon foutait en l’air Bretton Woods. Depuis trente huit ans, les milliardaires se sont réunis pour célébrer les paradis fiscaux et l’accueillante Suisse, baffrer, s’enfiler, s’autocélébrer, se faire reluire et faire reluire la mondialisation heureuse. Et maintenant, ils vont raconter quoi ? Il faut « moraliser » le capitalisme ainsi que la fabrication du couscous en évitant d’y mettre des poils ? Il faut vitupérer Madoff après José Bové ? Mais c’est Madoff le héros de Davos, c’est lui qu’il faut réinviter, la guest star, le seul à féliciter, le seul un peu digne avec son bracelet électronique dans cet aréopage de tartuffes ! Qui osera crier « Vive les paradis fiscaux ! à bas l’Etat ! » ? Personne. Collabos hâtivement reconvertis dans la résistance, négriers abolitionnistes, marchands de chair et de canons, curés du marché salivant sur les mamelles publiques, les participants gavés de Davos, l’estomac ballonné, vont penser « l’après crise... » Ah ah ! Avec des comprimés pour faire passer leur indigestion dans les égouts de la pensée économique. Et eux avec.

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