C'est presque un film inédit de Cartier Bresson, un film dans lequel l’artiste raconte, témoigne, précise son parcours et sa démarche, lui, la première grande référence de l’histoire du photoreportage, lui et son compas dans l’œil, son œil géométrique. Il n'est pas à l'image, bien sûr, mais c'est bien sa voix qui commente les images réunies par Pierre Assouline.

Pour ce film, "Le siècle de Cartier Bresson", son biographe a réécouté tout ce que l’artiste a pu dire au cours d’entretiens divers et variés et il a sélectionné des centaines d’images, photos, extraits de documentaires du photographe, cinéaste aussi, à ses heures. A partir de cette somme, il a monté la voix seule de l'artiste, sans questions. C’est donc un récit à la première personne qui nous est proposé.

Cartier Bresson parle de lui, mais surtout de lui à travers les époques traversées, les grands événements couverts comme membre de l'agence Magnum, les artistes, écrivains, personnages politiques rencontrés. Le photographe était curieux, soucieux de sortir de l’endormissement que sa naissance prévoyait (il venait d’un milieu bourgeois). Le fils de famille est vite devenu libertaire. Le voyage a ouvert son regard. Parti à 21 ans en Afrique, pour effacer un chagrin d'amour, il découvre l'exploitation des noirs par les colons blancs. Le jeune homme est révolté, pour toujours (à la fin de sa vie, il offrait des livres anarchistes au conservateur Pierre Soulages!).

De retour à Paris, il fréquente les surréalistes qui poursuivent son éducation et devient un ami de Max Ernst. Prisonnier de guerre, il s’évade plusieurs fois et repense à son nom de scout, "anguille frémissante". Photographe professionnel en 46, il fonde avec Capa et Chim, l'agence Magnum. Incessant voyageur, il parcourt l’Inde, la Chine, l’URSS. Il se passe toujours quelque chose là ou Cartier Bresson promène son appareil photo. Il a le sens de l’événement politique, il a de la chance, aussi. Exemple, quand il saisit ce drame: Gandhi que l'on assassine, juste après une séance photo de Cartier.

Que ses sujets soient célèbres ou pas, Cartier Bresson se fixe une règle: déranger le moins possible, arriver à pas de loups, s ’immerger, marcher dans la ville, user ses chaussures, puis déclencher quand l’instant est bon sans retoucher l’image: « la chose est vue à un moment donné, à un endroit donné ». Et puis toujours à l’esprit, cette unique question :

"de quoi s’agit-il ?"

Savoir regarder, apprendre à regarder, "trouver ce qui fait bander ou pas", ce sont ses mots. Savoir qu'une frontière existe "entre la curiosité et l’indiscrétion », se définir comme un être "entre funambule et pickpocket »

Cartier Bresson ne semble pas avoir de tabou. Il parle de l’argent, "essentiel", dit-il durant son siècle, le 20è. Il photographie la bourse, divers aspects de la société de consommation et quand on revoit ces centaines d’images, dont certaines peu connues, on est frappé par son génie : outre le bon moment qu’il a l’art de saisir, il possède ce sens inégalé du cadre et de la géométrie parfaite. Assouline avait d’ailleurs intitulé la biographie de ce grand maître classique de l’image, « l’œil du siècle ».

Mercredi 7 novembre, sur Arte, 22 h 05, et en replay durant une semaine:

"Le siècle de Cartier Bresson"

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