Les zoos sont une invention récente . Jusqu’au début du XIXe siècle, les ménageries étaient privées. Faire venir des bêtes exotiques et les entretenir était fort coûteux et réservé à une élite. La découverte de l’Amérique et les expéditions lointaines sont à l’origine de l’enrichissement de ces ménageries royales ou papales. C’est ainsi que des grands mammifères, connus des Romains mais oubliés au Moyen Age, sont revenus en Occident, comme l’éléphant ou le rhinocéros. La Révolution démocratise les zoos. Fondé en 1793, le Muséum national d’Histoire naturelle se dote d’une ménagerie accessible au public. Les artistes y ont désormais accès à de « nouveaux » animaux, parmi lesquels la célèbre girafe de Charles X.

15 / Les animaux exotiques sont des cadeaux diplomatiques de grande valeur . A la Renaissance Manuel Ier de Portugal reçoit un rhinocéros et un éléphant indien, qu’il offre au pape Léon X. Alors confondu avec la légendaire licorne, le rhinocéros fascine les artistes. La rareté de ces animaux explique le fait qu’ils aient accédé à la notoriété et que l’on connaisse les détails de leur existence.

16 / Rares sont les éléphants en Occident . On se souvient de ceux de Charlemagne et de Saint Louis, qui sont d’abord des cadeaux diplomatiques. Des montreurs en exhibent parfois dans les foires, où les artistes comme Rembrandt et les zoologistes comme Buffon viennent les étudier. Au cours du XIXe siècle, ces pachydermes deviennent l’attraction principale des zoos. Exemples de vertu et de fidélité, ils séduisent les visiteurs.

Tigre dévorant un gavial 1831, Antoine Louis Barye
Tigre dévorant un gavial 1831, Antoine Louis Barye © Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / René-Gabriel Ojéda

17 / La plus belle ménagerie fut celle de Louis XIV à Versailles . Construite par Louis Le Vau, elle héberge de nombreux animaux rares que le roi, au terme de ses promenades dans le parc, a plaisir à montrer. Les Flamands Nicasius Bernaerts et Pieter Boel ont fait les portraits de ses pensionnaires. A la Révolution, ceux des animaux qui ont échappé à la tourmente forment le premier noyau de la ménagerie du Jardin des plantes.

18 / En 1826, le vice-roi d’Egypte offre une girafe au roi Charles X . Arrivée par bateau à Marseille, elle fait le trajet à pied jusqu’à Paris. Le voyage est triomphal, car les Français découvrent cet animal et se massent le long du parcours. Une véritable «girafomanie » se développe : les gravures fleurissent, ainsi que les produits dérivés – assiettes, éventails, papiers peints… portant l’image de l’animal. La fréquentation du Jardin des plantes, où on l’installe, s’accroît dans des proportions considérables ! Elle mourra seulement en 1845.

19 / Les félins sont extrêmement nombreux dans l’art . Leur beauté farouche n’explique pas tout. Du fait en effet de leurs siestes très longues, dues à la lenteur de leur digestion, et de leur démarche mesurée, ce sont des modèles qui prennent facilement la pose.

Paons, mâle et femelle 1681, Melchior D'Hondecoeter
Paons, mâle et femelle 1681, Melchior D'Hondecoeter © Service presse Réunion des musées nationaux – Grand Palais / Agence Bulloz

19bis / Découvert en 1598 sur l’Île Maurice, le dodo a disparu dès 1681 . Cet oiseau non comestible, mais qui ne pouvait pas voler et ne protégeait pas ses nids, a été victime de l’homme. Les quelques spécimens empaillés qui nous sont parvenus se sont abîmés et il ne nous reste qu’un petit nombre de représentations peu fiables.

EpilogueDepuis quelques années, l’ours polaire est devenu le symbole du danger que l’homme fait peser sur l’animal, de la biodiversité menacée par le réchauffement climatique . Il est fort probable que cet animal va disparaître à l’état sauvage et qu’il n’en restera bientôt plus que quelques exemplaires dans les zoos. Cette disparition inéluctable va changer le statut des oeuvres qui le représentent. Tout comme le Dodo peint par Savery, qui est désormais conservé dans un musée d’histoire naturelle, l’Ours blanc de Pompon deviendra davantage un document qu’une oeuvre d’art. Quoique fortement stylisé et simplifié, ne sera-t-il pas, dans quelques décennies, un témoignage sur une espèce désormais éteinte ?

Le Grand Palais propose de nombreuses conférences, projections, visites guidées et des visites-atelier pour enfants.

Rhinocéros 1515, Albrecht Durer
Rhinocéros 1515, Albrecht Durer © Paris, Bibliothèque nationale de France
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