Après l'humoriste Yassine Belattar, Mohamed Mechmache président du collectif "Pas sans nous" s'apprête à quitter le Conseil présidentiel des villes. D'autres membres s'interrogent sur le climat ambiant et l'absence du président au sein de cette instance censée rapprocher les quartiers populaires et l'Élysée.

Créé par Emmanuel Macron, le Conseil présidentiel des villes est censé rapprocher les banlieues de l'Élysée. Ici, Tremblay-en -France, en Seine-Saint-Denis.
Créé par Emmanuel Macron, le Conseil présidentiel des villes est censé rapprocher les banlieues de l'Élysée. Ici, Tremblay-en -France, en Seine-Saint-Denis. © Radio France / Claire Chaudière

Une semaine après la prise à partie par un élu RN d'une mère voilée lors d'une sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, ce n'est pas un mais deux membres du Conseil présidentiel des villes qui ont décidé de claquer la porte, selon nos informations. Plusieurs autres personnalités se posent également des questions. 

Les larmes de Mohamed Mechmache

Alors que Yassine Belattar publiait jeudi dernier une lettre ouverte au Président pour lui expliquer les raisons de son départ, Mohamed Mechmache, figure associative des quartiers populaires depuis les révoltes urbaines de 2005, avoue avoir de son côté demandé un rendez-vous d'urgence avec Emmanuel Macron pour discuter du climat politique et lui présenter sa démission du Conseil présidentiel des villes, créé par le président de la République pour alimenter sa réflexion sur les banlieues. 

"Ma place n'est plus au sein de cette instance. Cela fait des mois que je m'interroge", précise le fondateur d'AC Le Feu. "Mais là, avec ce qui se passe, je ne peux plus m'asseoir dans les beaux salons du gouvernement et militer dans les quartiers pour la justice sociale. Que ce gouvernement laisse s'installer des débats qui n'ont pas lieu d'être m'a profondément choqué. Où va-t-on ? Que fait-on ? Le port du voile relève de la sphère privée. Est-ce que l'on veut que ces mères et leurs enfants quittent l'école de la République ? L'exécutif doit absolument parler d'une seule voix sur ce sujet."

Pour moi, ces derniers jours, c'est comme si tout ce qu'a toujours voulu le Front national se réalisait ! Je suis tellement en colère. J'en ai versé des larmes... On ne fait que nous diviser. On va le regretter amèrement.

Depuis le 22 mai 2018, les 26 membres du Conseil Présidentiel des Villes se réunissent régulièrement et planchent sur des mesures concrètes permettant d'améliorer la vie des habitants des quartiers populaires. Ici, la cité des 4000 à La Courneuve
Depuis le 22 mai 2018, les 26 membres du Conseil Présidentiel des Villes se réunissent régulièrement et planchent sur des mesures concrètes permettant d'améliorer la vie des habitants des quartiers populaires. Ici, la cité des 4000 à La Courneuve © Radio France / Claire Chaudière

Regret de ne pas avoir pu alerter

Lancé le 22 mai 2018 comme une réponse d'Emmanuel Macron au rapport Borloo, le Conseil présidentiel des villes (CPV) devait incarner une nouvelle méthode pour mieux agir en direction des quartiers prioritaires. Composée d'une vingtaine de personnalités issues de quartiers en difficulté - artistes, associatifs, entrepreneurs - cette instance devait faire remonter les réalités et les propositions du terrain au président en personne. Une sorte de caisse de résonance des banlieues directement connectée à l'Elysée. Mais cet outil n'a pas véritablement fonctionné, comme le révélait déjà France Inter en mai dernier.

"La promesse initiale était que nous aurions la possibilité de rencontrer le président en séance plénière trois ou quatre fois dans l'année", explique un autre de ses membres, Majid El Jarroudi à la tête de l'ADIVE, l'Association pour la diversité entrepreneuriale. Or nous ne l'avons plus vu depuis le lancement du CPV. Nous n'avons donc pas pu jouer le rôle d'alerte que nous aurions dû jouer. Les premiers touchés par tous ces débats inutiles sont les habitants des quartiers prioritaires" Il ajoute :

On aurait pu éviter ça ! Il y a énormément d'amertume parmi les membres du CPV, à la hauteur des espoirs que nous avions au début. Nous n'avons jamais eu de retour de la part du président sur nos propositions. On n'a servi à rien. 

Le Conseil présidentiel des villes a-t-il déjà disparu ?

Mais en réalité, continue cet ancien soutien d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, "on ne se voit même plus entre nous depuis des mois". "Le Conseil présidentiel des villes n'existe plus vraiment. C'est une coquille vide aujourd'hui. Alors... en partir, ça ne veut pas dire grand chose. Partir de quoi, au juste ?

D'autres personnalités du CPV, qui elles préfèrent rester anonymes, confirment le constat dressé par Majid El Jarroudi et Mohamed Mechmache et notamment d'"importants problèmes dans le fonctionnement de cette instance" créée il y a moins de deux ans. "Après une semaine de polémique, on est tous à bout", confie l'une d’elles.  

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