Reporter: "l'ADN pourrait-il relancer l'affaire Boulin?"

L'enquête de Benoît Collombat en résumé

L’affaire Boulin constitue l’une des affaires les plus explosives de la Vème République.

Robert Boulin, ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort le 30 octobre 1979, dans 50 centimètres d’eau, dans un étang de la forêt de Rambouillet. Officiellement : un suicide par noyade. Un assassinat, estime la fille du ministre, Fabienne Boulin, qui réclame depuis plusieurs années la réouverture de l’instruction. En vain.

Fabienne Boulin s’appuie notamment sur une enquête publiée en 2007 par l’auteur de ces lignes : « Un homme à abattre » (Fayard.) Une première demande de réouverture avait alors été rejetée par le Procureur général de la Cour d’appel de Paris, qui était alors Laurent Lemesle, ex-conseiller justice du président de la République Jacques Chirac.

En octobre 2009, France Inter révélait de nouveaux éléments (témoignages et documents) étayant la piste criminelle (« Ces nouveaux témoins qui parlent d’assassinat »)

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Un homme à abattre - affaire boulin © radio-france
Sur la base de ces faits nouveaux, Fabienne Boulin et son avocat Olivier Morice effectuent une nouvelle demande de réouverture du dossier auprès du Procureur général de la Cour d’appel, François Faletti, tout juste nommé, en réclamant des expertises scientifiques et des tests ADN sur les lettres timbrées et les enveloppes censées avoir été écrites et postées par Robert Boulin pour annoncer son suicide . Demande rejetée, le 8 juin 2010, par le Procureur général.

Yves Corneloup :

Avec l’ADN, le dossier Boulin aurait un autre éclairage.

Et pourtant, pour le magistrat Yves Corneloup, conseiller près la Cour de cassation, ancien président de la Cour d’assises de Paris, qui a instruit l’affaire Boulin pendant 4 ans, « on ne peut pas faire autrement que de voir s’il y a de l’ADN » sur les lettres timbrés du dossier Boulin .

Il s’en explique, en exclusivité, au micro de France Inter.

Grâce à l’ADN, « on obtient des résultats explique le magistrat, qu’on ne pouvait pas espérer à l’époque » où Yves Corneloup était à l’instruction. Il vante les mérites de l’ADN, comme preuve quasi-« irréfutable » qui lui a permis de démêler de nombreux dossiers, notamment dans une affaire de « serial-violeur » .

« Il est clair que si on faisait des expertises sur la dizaine de lettres timbrées [du dossier Boulin], avec une possibilité de trouver de l’ADN sous un timbre,on pourrait savoir qui a manipulé ces lettres, et le dossier aurait un autre éclairage », estime Yves Corneloup, citant en exemple« la très bonne solution » de ces tests ADN utilisés dans le dossier du petit Grégory .

L’affaire Boulin est une affaire « qui fait parler d’elle » , poursuit Yves Corneloup : « ça fait trop longtemps que ça dure » , ce « serait bête » de se priver de cet outil technique dans une affaire dont la version officielle, validée par la justice, est « mise en doute » par la famille Boulin.

Ecoutez le témoignage d’Yves Corneloup

Il faut un juge d’instruction .

En tant que juge d’instruction de l’affaire Boulin, Yves Corneloup avait tenté de retrouver les prélèvements d’organes du ministre, fin 1987, au cimetière de Thiais, afin de procéder à des analyses scientifiques pour vérifier la noyade. Mais ces prélèvements n’ont finalement jamais été retrouvés…. A l’époque, le magistrat ne disposait pas de l’outil technique ADN.

Le magistrat revient, pour la première fois, sur ce funeste épisode et souhaiterait qu’un juge d’instruction soit aujourd’hui désigné pour reprendre l’affaire Boulin : « Je ne vois pas comment cela pourrait être autrement, estime Yves Corneloup. Ce dossier a toujours été instruit par un juge d’instruction. Il faut un juge d’instruction. C’est une garantie d’indépendance. » .

Ecoutez le témoignage d’Yves Corneloup

### La jurisprudence de l’affaire du « petit Grégory »

La demande d’expertise ADN de Fabienne Boulin, en mars 2010, afin de rouvrir le dossier de la mort de son père, s’appuyait sur une jurisprudence, celle de « l’affaire du petit Grégory », retrouvé mort dans les eaux de la Vologne, pieds et poings liés, le 16 octobre 1984.

Le 3 décembre 2008, la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Dijon, décidait la réouverture de l’information judiciaire dans l’affaire de la mort du petit Grégory, compte tenu « des progrès de la science, notamment dans le domaine de la génétique. » Pour le Procureur général de Dijon (cité par l’avocat de Fabienne Boulin dans sa requête auprès du Procureur général) « la recherche d’ADN sur un certain nombre de scellés (…) pouvaient constituer un élément nouveau permettant la réouverture de l’instruction. »« On ne voit pas quel élément sérieux pourrait s’opposer à une telle recherche de la vérité, qui ne peut conduire qu’à des constatations objectives de première importance. »

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> Voir la requête de Fabienne Boulin intitulée : « une exigence de vérité » (les expertises scientifiques sont évoquées page 7, 8 et 9)

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