du gaz sarin a été utilisé en syrie, estime laurent fabius
du gaz sarin a été utilisé en syrie, estime laurent fabius © reuters

Paris et Londres ont confirmé après analyse que l'armée de Bachar al-Assad utilise des armes chimiques et notamment du gaz sarin. Et alors ... les Etats-Unis demandent plus de preuves et l'armée d'al-Assad reprend du terrain.

La France a la certitude que du gaz sarin a été utilisé en Syrie "à plusieurs reprises et de façon localisée", a déclaré mardi le ministre français des Affaires étrangères.

Dans un cas au moins, "il ne fait aucun doute" que le régime de Bachar al Assad a recouru à ces armes chimiques contre les insurgés syriens et a ainsi "incontestablement" franchi une ligne, a précisé Laurent Fabius sur France 2.

Concernant les réactions internationales, il a estimé que toutes les options étaient sur la table, y compris celle d'une action militaire contre les sites de production et de stockage de ces armes. Il a cependant souligné que cette réaction devait être conçue et dosée de façon à ne pas empêcher la tenue d'une future conférence de paix à Genève.

Dans ces conditions, on peut raisonnablement penser que la confirmation d'un recours aux armes chimiques n'ira pas au delà de l'indignation générale.

Les précisions de Christian Chesnot

Les effets du gaz sarin
Les effets du gaz sarin © Radio France

Laurent Fabius avait auparavant déclaré dans un communiqué avoir remis les résultats d'analyses d'échantillons de sang et d'urine réalisées en France au Pr Ake Sellström, chef de la mission d'enquête chargée par le secrétaire général de l'Onu de vérifier les accusations d'emploi d'armes chimiques en Syrie.

Ces analyses, réalisées par un laboratoire habilité par l'Onu à identifier les toxiques à usage de guerre, "démontrent la présence de sarin dans les échantillons en notre possession", ajoute le chef de la diplomatie française dans ce texte.

Les échantillons ont été prélevés le 29 avril à Saraqib, près d'Idlib dans le nord de la Syrie, après qu'un hélicoptère gouvernemental a largué des munitions, indique-t-on de source diplomatique.

D'autres échantillons ont par ailleurs été rapportés par un journaliste et un photographe du quotidien le Monde entre le 12 et le 14 avril à Jobar près de Damas. De source diplomatique on explique qu'il est impossible de déterminer qui a fait usage de gaz sarin dans ce cas.

Les résultats des analyses ont été transmis à Moscou et à Washington lundi et d'autres tests sont actuellement effectués sur des échantillons prélevés dans d'autres endroits de Syrie, non spécifiés. Des enquêteurs de l'Onu ont pour leur part déclaré mardi disposer, sur la base de témoignages, des "motifs raisonnables" de penser que des armes chimiques ont été utilisées en "quantité limitée" en Syrie. Dans leur dernier rapport, ces experts indépendants disent avoir recueilli des éléments leur laissant penser que les forces gouvernementales mais aussi les rebelles ont eu recours à de telles armes. Le plus grand nombre de témoignages met toutefois en cause les troupes de Bachar al Assad.

Le gouvernement syrien et les rebelles se sont mutuellement accusés d'avoir employé des armes chimiques. Concernant certains échantillons analysés, Laurent Fabius a précisé qu'il a été possible de remonter "toute la chaîne", ce qui a permis d'établir avec certitude que le gaz avait étéutilisé par le régime syrien :

Il y a une ligne qui est franchie, incontestablement.

De source diplomatique à Paris, on explique que la France attend le premier rapport des experts sur cette question avant de porter l'affaire devant le Conseil de sécurité de l'Onu. "D'autre part, nous discutons avec nos partenaires - les Etats-Unis, les Anglais, etc. - de ce qu'il va falloir faire comme réactions éventuelles et toutes les options sont sur la table", a-t-il ajouté. "Ça veut dire (...) ou bien on décide de ne pas réagir, ou bien on réagit, y compris d'une façon armée làoù est produit le gaz, là où est stocké le gaz."

Prié de dire si cela signifiait des bombardements, il a répondu que l'on n'en était pas encore là car il fallait aussi avoir à l'esprit l'organisation, avec les Etats-Unis et la Russie, d'une conférence dite de Genève 2 réunissant opposants et représentants du régime syrien.

Il faut à la fois réagir et en même temps ne pas bloquer la conférence éventuelle de la paix.

Laurent Fabius a également écarté l'idée que l'utilisation de gaz sarin en Syrie puisse accélérer la livraison d'armes par des pays européens aux rebelles anti-Assad. "Ce sont deux choses différentes", a-t-il fait valoir. "Là aussi il faut tenir compte de la situation politique."

Le président américain, Barack Obama, a fait de l'usage d'armes chimiques une "ligne rouge" à ne pas franchir par le régime syrien, sous peine d'une réaction des Etats-Unis. Mais le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a déclaré mardi que le gouvernement américain avait besoin de plus d'informations sur l'usage de telles armes.

Selon un responsable français, Laurent Fabius et ses homologues russe, Sergueï Lavrov, et américain, John Kerry, sont convenus la semaine dernière à Paris que l'utilisation d'armes chimiques dans le conflit syrien changerait la donne.

L'armée syrienne reprend du terrain

koussaïr reprise par les soldats syriens
koussaïr reprise par les soldats syriens © reuters

L'armée syrienne a pris le contrôle de la ville stratégique de Koussaïr, près de la frontière libanaise, signant une importante défaite pour les forces opposées au président Bachar al Assad qui ontconfirmé leur retrait.

Occupée par les insurgés il y a dix-huit mois, Koussaïr était assiégée depuis plus de deux semaines par les forces gouvernementales, appuyées par des miliciens chiites du Hezbollah libanais.

En reprenant la ville, le gouvernement de Damas veut assurer la liaison entre la plaine de la Bekaa au Liban, bastion du Hezbollah, et les régions de la côte syrienne où vivent de nombreux alaouites, membres d'une branche du chiisme à laquelle appartient le président Assad.

Un combattant du Hezbollah a raconté à Reuters que Koussaïr avait été prise lors d'une offensive éclair menée dans la nuit de mardi à mercredi et qu'une partie des insurgés avaient pu fuir :

Nous avons procédé à une attaque surprise aux premières heures et nous sommes entrés dans la ville ; ils (les rebelles) se sont échappés.

Des images de Koussaïr diffusées par les télévisions mercredi montrent d'importantes destructions, avec des bâtiments en ruine, des rues dévastées et aucun habitant en vue. Selon le général Yahya Souleiman qui s'est exprimé à la chaîne de télévision libanaise Mayadine :

Qui contrôle Koussaïr contrôle le centre du pays et qui contrôle le centre du pays contrôle toute la Syrie.

La bataille de Koussair
La bataille de Koussair © Radio France

La chaîne du Hezbollah, Al Manar, montre un homme qui escalade la tour de l'horloge sur la place centrale de la ville pour y planter un drapeau syrien, tandis que des chars circulent dans les rues.

Dans le sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, les habitants ont fêté la prise de Koussaïr en lançant des feux d'artifice.

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