C’est ce que confirme un autre ex-membre de la DGSE, Félicien Micheloni (qui réfute le terme de « barbouze »), l’adjoint d’André Yhuel qu’il a côtoyé par le passé au sein du 13ème régiment de dragons parachutistes (RDP) : « C’est à la demande du gouvernement français [alors dirigé par Alain Juppé] que André Yhuel et moi-même sommes venus en Polynésie , explique ainsi Micheloni au juge Redonnet, le 12 octobre 2010. C’est André Yhuel qui a été contacté par le ministre de l’Outre-Mer ou plus exactement son collaborateur le général Vie » [l’orthographe est incertaine], poursuit Micheloni, citant le même nom de militaire qu’André Yhuel. Nous sommes partis là-bas pour faire du renseignement politique. Au bout de trois mois, André Yhuel a demandé l’officialisation de ce service. »

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Dès lors, de 1997 à 2004, de nombreuses informations recueillies par la cellule de renseignement en Polynésie ne cessent de circuler vers certains services de l’Etat : « Une fois qu’il a été officialisé, M. André Yhuel a fait le tour des services de l’Etat, Haut commissariat, police et gendarmerie pour se présenter , détaille Félicien Micheloni. Tous les vendredis, il les informait de la situation. Moi-même, j’étais en relation pendant les manifestations et les réunions avec les services de l’Etat. »

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« J’ai eu des contacts réguliers pendant la durée de mes fonctions au SED avec le bureau d’études du Haut Commissariat [le représentant de l’Etat en Polynésie] pour les échanges d’informations » , confirme sur procès-verbal André Yhuel.« Une partie des informations était remise par Gaston Flosse à l’Etat, plus précisément aux hauts-commissaires, notamment les photographies des manifestations , explique son adjoint Micheloni. Il remettait également ces informations à la gendarmerie avec laquelle nous étions en contact durant les manifestations. Il en était de même avec la police. »

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Au moment de la création du SED, le ministre chargé de l’Outre mer (de mai 95 à juin 97) est Jean-Jacques de Peretti, ancien conseiller de Jacques Chirac à la mairie de Paris. A cette époque, les « réseaux Foccart », présents en Afrique mais également outre-mer, sont toujours influents . C’est l’un des « fils spirituels » du « Monsieur Afrique » du gaullisme, Jacques Foccart, Jacques Godrefrain qui occupe le ministère de la Coopération de 95 à 97. En février 2010, il saluait l’action de Jacques Foccart, présenté comme ayant « une véritable vision de l’Afrique moderne » , devant la convention nationale du MIL, le Mouvement initiative et liberté crée après la dissolution du SAC, le service d’ordre « musclé » du RPR.

Dans un entretien accordé en novembre 2010, au site corse « 24 ORE », Félicien Micheloni, répète, cette fois publiquement, que le SED n’avait rien de secret pour les services de la métropole. A la question : « L’Etat était donc au courant de l’existence du SED ? », il répond : « Tout à fait. Il y a même eu une note blanche [des Renseignements généraux] sur nous. »

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Le rôle du SED était de faire remonter toutes les informations possibles vers Gaston Flosse, et de surveiller (à l’aide parfois d’appareil photo, de dictaphone ou de caméra) les opposants à Gaston Flosse (qu’ils soient responsables politiques, avocats, journalistes…), mais aussi certains membres de son entourage. Le SED « était les yeux et les oreilles du président Flosse , raconte son ancienne fidèle secrétaire, Melba Ortas, le 15 mars 2010, au juge Redonnet. Les employés ramenaient toutes informations recueillies auprès des gens de la rue, voire même les relations entre politiciens. Un indépendantiste qui déjeune avec un autonomiste, par exemple. Les réunions politiques des adversaires étaient surveillées (…) Il y avait de tout, cela pouvait également concerner les ventes de perles au noir qui se faisaient dans la rue. »

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« Le président a dit qu’il voulait savoir tout ce qui se passait » au niveau politique, économique et social « quel que soit le type de renseignement », résume le directeur de cabinet de Flosse, Jean Prunet, le 14 décembre 2007, avec parfois « des demandes précises. » Par exemple, Gaston Flosse « ne m’a jamais demandé de faire suivre Oscar [Temaru, le leader indépendantiste qui a succédé à Gaston Flosse en 2004]. Il me disait : « Je me demande ce que mijote Oscar » Cela suffisait pour que je réagisse et que je donne des directives à Yhuel, sans pour autant lui préciser de suivre Oscar », dit Jean Prunet.

> On peut lire, à ce sujet, le dossier consacré à "la cellule espionnage du GIP", paru en septembre 2009 dans le journal Tahiti Pacifique Magazine dirigé par le journaliste Alex du Prel, qui faisait lui-même partie des personnes suivies et surveillées par le SED de Gaston Flosse…

Un système de surveillance des opposants à Flosse également évoqués par nos confrères de Médiapart en février 2010.

« Je n’étais qu’un exécutant , explique Félicien Micheloni, lors d’une audition, le 13 novembre 2007, dans le cadre de l’enquête sur les activités du SED. Pour moi, tout ce qu’on m’a demandé de faire me paraissait légal puisque mes rapports alimentaient la présidence [de Polynésie] et les services de l’Etat. Je ne pense pas avoir fait quelque chose de mal (…)A mon petit niveau, je ne pense pas qu’à cette époque, j’exerçais une profession illégale. C’est comme si, aujourd’hui en France, on déclarait le travail des RG comme illégal, alors que nous n’avions pas les moyens d’intervenir ou d’intercepter la vie privée des personnes » , déplorant au passage que « certains médias » le présente parfois « comme un tonton Macoute au service d’un président. »

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