Reporter - une enquête de Benoît Collombat

Des mercenaires français à Kigali et Gisenyi, en plein génocide

Ainsi, aux enquêteurs du TPIR, Georges Ruggiu raconte avoir côtoyé des militaires/mercenaires français à Kigali puis à l’hôtel Méridien de Gisényi, comme soutien des extrémistes hutus, « aux alentour du 20 mai », soit un mois et demi après le début de génocide…

« Ces militaires là (…) je les considéraiscomme des mercenaires . Bon, ça veut dire que c’est des gens qui sont entraînés et qui sont adaptés et qui ont des connaissances pour faire la guerre. »

Il les décrit comme « Des militaires entre vingt-cinq et trente-cinq ans » circulant à Kigali, avec une « forte escorte, c'est-à-dire sept ou huit personnes avec eux (…) par groupe de deux » , et à Gisenyi, avec une escorte moins importante, « seulement deux ou trois (…) soldats ».

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« Je parle ici des soldats blancs français, 4. Ils sont arrivés un petit peu avant ou un petit peu après le bombardement de la RTLM [en avril 1994], dans cette période-là, ils sont arrivés au Camp Kigali et sont restés au Rwanda (…) jusqu’au lendemain de la prise de Kanombe, c'est-à-dire le jour où (…) je me suis rendu à Gisenyi. Je les ai rencontrés là-bas moi-même à Gisenyi et ils étaient sur le chemin du retour. »

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Ces hommes, Georges Ruggiu les appellent sans ambigüité « les Français » : « Pourquoi ? Parce qu’ils parlaient français et qu’à leur accentj’avais compris qu’ils étaient français », explique Ruggiu.

« Ils étaient armés de plusieurs armes à feu chacun , des armes à feu que je n’avais pas vues chez d’autres personnes, donc c’étaient pas des types courants dans l’armée rwandaise je peux dire,des armes blanches, couteaux, des cordes , des fils… tout un tas d’ustensiles » . Georges Ruggiu les comparent même à ces « poupées militaires avec une cinquantaine de poches sur un uniforme et une demi-douzaine de gadgets (…) Compas, cartes et fils, tout, il y avait tout . »

« Je sais qu’il y en a un qui s’appelait Joël , précise Georges Ruggiu, à plusieurs reprises. Est-ce que c’était son nom, est-ce que ce n’était pas son nom ? J’en sais rien, on l’appelait comme ça . », ajoutant qu’il lui « avait également donné un numéro de téléphone en France, à Paris . »

Plus loin : « Quelqu’un qui vient comme mercenairedans un endroit, est-ce que vous croyez vraiment que l’identité qu’il vous montre c’est celle qui est la réalité ? »

Une démonstration pour démontrer l’efficacité de leur matériel :

Lors de ce témoignage-fleuve, il est également question d’une démonstration spectaculaire du matériel de ces mercenaires/militaires français à Kigali :

« Où est-ce qu’ils allaient et ce qu’ils faisaient ? J’en sais rien , raconte Ruggiu, qui pourtant se souvient parfaitement avoir « eu l’occasion d’assister » (…) au mess officiers [à] une démonstration de balles fumigènes . C'est-à-dire que c’étaient des balles qu’on tirait au moyen d’un pistolet ou d’une carabine, [qui] tuait pas, et ils ont fait la démonstration devant les toilettes de l’espèce de terrain de sports qui se trouvait devant, il y avait des petites toilettes, ils ont fermé une porte, ils ont tiré à travers, puis ils ont demandé à quelqu’un d’aller ouvrir la porte, la personne est allée ouvrir la porte, cette toilette-là était pleine de fumée, complètement. Ils avaient fait ça pour faire comprendre que si on tirait ces balles-là à travers une porte, la personne qui était à l’intérieur ne saurait pas rester à l’intérieur et [qu’elle] serait obligé de sortir . C’était une démonstration pour montrer leur matériel ou l’efficacité de leur matérielqu’ils désiraient vendre ou qu’ils avaient fourni, ça je n’en sais rien. C’est à peu près tout ce que je peux dire surces militaires françaisà la réserve près queje croyais que c’étaient des militaires français qui avaient été envoyés par le Gouvernement français . »

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