Trois semaines avant l’attentat de Karachi, Mustapha Laraich est un homme inquiet.

Ce chef d’antenne pour le Service de coopération technique internationale de police (SCTIP), de janvier 2001 à juillet 2004, réputé pour son savoir-faire et sa bonne connaissance du terrain, est alerté par deux importantes sources pakistanaises de l’imminence de« projets d’attentats » contre « des occidentaux ».

Face à ces informations qu’il juge importantes vis-à-vis de la sécurité des Français encore présents sur place après les attentats du 11 septembre 2001, et notamment le personnel de la DCN (Mustapha Laraich hébergera même à son domicile, après le 11 septembre, l’un des organisateurs de la logistique de DCN), le policier rédige immédiatement une note, datée du 16 avril 2002, qu’il transmet à son autorité de tutelle, le Ministère de l’Intérieur, à Paris.

Quelques jours plus tard, lors d’une réunion de sécurité au Consulat de Karachi, Mustapha Laraich expose ses craintes, et développe le contenu de sa note, en présence de représentants de DCN et de la DGSE, les services secrets français.

Ecoutez le témoignage de Mustapha Laraich.

Lire le témoignage de Mustapha Laraich :

En tant que responsable d’un service du SCTIP, étant donné que j’étais policier, pour moi il était tout à fait normal de m’intéresser à la sécurité des Français, surtout dans un pays qui était sensé être relativement difficile, où il y avait pas mal d’attentats. Dans le cadre de mon travail, la lutte contre l’immigration clandestine, je devais aussi m’informer de ce qui se passait sur la sécurité des Français. J’avais des contacts un petit peu partout. J’avais des sources particulières auprès des pakistanais auprès de qui je travaillais quotidiennement, mais qui n’étaient pas seulement des relations professionnelles, mais aussi des amis.

C’est dans ce cadre là qu’un jour, il m’est arrivé de rencontrer des gens qui m’ont expliqué qu’il y avait des projets d’attentats contre des occidentaux. Il n’y avait aucune précision. Il s’agissait d’occidentaux. C’est vrai qu’à cette époque là, surtout après le 11 septembre, il y avait très peu d’occidentaux en dehors des gens de la DCN (et de leur famille) qui travaillaient là. Il m’arrivait parfois de rencontrer des amis à moi, qui étaient des représentants de certains services de police, et de l’armée. C’est à cette occasion là que j’ai rencontré un grand responsable des services de sécurité de l’aéroport, que je suis allé voir par amitié, et qui m’a expliqué que des attentats étaient prévus contre des occidentaux. Je lui ai posé la question si c’était simplement des réflexions personnelles ou basé sur des faits précis. Il m’a dit que c’était basé sur des faits précis. C’était des informations qu’ils avaient obtenu à partir de terroristes qu’ils avaient arrêté. A priori, ce que les terroristes recherchaient c’était un « coup d’éclat », et ce « coup d’éclat » ne pouvait se faire que s’il y avait un maximum d’individus d’origine étrangère au Pakistan, ce qui pourrait permettre de donner de l’ampleur à l’acte qui pourrait être commis.

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Là, on est le 16 avril 2002. A l’issue de cette information que je considérais comme cruciale, je suis allé voir une seconde personne qui était le responsable de la police de Karachi, à qui j’ai posé la question de savoir quelle était la situation. Et, comme par hasard, il m’a dit la même chose. Il m’a confirmé qu’il y avait des projets d’attentat contre des occidentaux, mais toujours sans préciser quelles étaient les cibles, si c’étaient des Français, des Italiens, ou n’importe qui… C’était simplement des occidentaux qui étaient visés.

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A partir de ce moment là, je suis rentré au bureau et j’ai fait ma note de service. C’était différent pour la bonne et simple raison que c’étaient des informations qu’ils avaient obtenues eux-mêmes de « terroristes » qu’ils avaient arrêtés, entendus, interrogés, et qui avaient formulés ce genre de menace. De toutes manières, mon rôle n’était pas de deviner si c’était vrai ou pas, mon rôle était simplement de prévenir quand il y avait des informations qui pouvaient être sensibles, qui pouvaient mettre en danger les Français. Je suis Français, je vivais avec des Français, avec les gens de la DCN, je savais qu’ils étaient nombreux, qu’il y avait pas mal de familles françaises qui étaient là. Il était de mon devoir de prévenir qu’il y avait des attentats. Dans cette note [du 16 avril 2002], j’explique simplement que j’avais reçu des informations concernant des projets d’attentats prévus contre des occidentaux, sans aucune précision, simplement : des occidentaux. Dans cette note, il y avait des informations obtenues auprès des autorités pakistanaises, émises par des terroristes qu’ils avaient arrêtés. Cette information a été adressée à Paris au service central du SCTIP, au Ministère de l’Intérieur, à charge pour lui d’en faire ce qu’il voulait. Mon travail, c’était d’informer. Cette information, je l’ai également transmise au Consulat général, lors d’une réunion de sécurité où étaient réunis pas mal de services, dont la DCN, la DGSE, les gendarmes, les îlotiers, qui s’occupent de quartiers de Karachi. Je leur ai expliqué simplement que j’avais reçu une information, et ce qu’il en était.

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