Depuis le 1er janvier, la Hongrie dispose d’une nouvelle Constitution. Elle comporte tout une série de textes qui restreignent les libertés et donnent plus de pouvoir au gouvernement en place.

On trouve dans le nouveau texte, pêle-mêle : la référence à Dieu, le recul de l'indépendance de la justice, des nominations très controversées pour les plus hauts postes. D'actuels dirigeants socialistes sont même déclarés "responsables des crimes communistes".

Dans les médias publics, la mise au pas s'est traduite par des licenciements massifs ou mise en pré-retraite de journalistes indociles.

Le zoomde Bertrand Gallicher, de retour de Hongrie le 9 janvier 2012 :

La seule radio d'opposition au niveau national, Klubradio, a perdu sa fréquence après une décision du Conseil des médias (NMHH), proche du gouvernement conservateur. Klubradio existait depuis dix ans et réunissait un demi-million d'auditeurs.

Les précisions de Florence La Bruyère, correspondante à Budapest

Pour Andras Simor, président de la Banque centrale hongroise, l'un des derniers résistants au pouvoir, le parlement a voté une réforme de l'institution bancaire. Le texte retire à son président la prérogative de choisir ses deux adjoints, au profit du chef du gouvernement. Le conseil monétaire de la Banque centrale passera de sept à neuf personnes, ses deux membres extérieurs supplémentaires étant, comme quatre autres, nommés par le Parlement, donc par le parti majoritaire, le Fidesz.

Que contient le texte ?

Une fois les contestataires réduits au silence, le premier ministre Hongrois a ensuite pu faire voter les textes de son choix. Aussi surprenants et dangereux soient-ils.

  • Au niveau économique, une loi sur "la stabilité financière" impose désormais une majorité des deux-tiers au Parlement pour modifier le taux unique de l'impôt sur le revenu, fixé à 16%. De fait cette mesure limite les pouvoir d'un gouvernement d'alternance, y compris en matière budgétaire.

  • Le parlement hongrois a voté une loi qui autorise le gouvernement à mettre en place des mesures fiscales ciblées pour payer d'éventuelles amendes de la Cour Européenne de Justice.

  • Sur le plan politique, la Constitution rend le Parti socialiste (MSZP), rétroactivement responsable des crimes commis par l'ancien Parti communiste dont il est issu.

  • La nouvelle loi prévoit l'élection à un seul tour, au scrutin de circonscription et au scrutin proportionnel de liste, avec 199 députés au lieu de 386. Les petits partis ne pourront plus négocier leur désistement en vue d'un second tour. Et les reports de voix des candidats non-élus au scrutin de liste profiteront à la liste arrivée en tête.

Une situation inimagniable en France comme l'explique notre correspondante Florence La Bruyère

  • Au niveau de la justice, le Procureur général, un proche de Viktor Orban, pourra porter une affaire devant le tribunal de son choix. Le parti au pouvoir se permet d'intervenir sur les questions de société. La constitution décrète que l'embryon est un être humain dès le début de la grossesse, ce qui fait craindre des avortements désormais difficiles. Le texte stipule aussi que le mariage ne peut avoir lieu qu'entre un homme et une femme, excluant ainsi les unions homosexuelles.

  • Côté religion, la nouvelle Constitution réduit d'environ 300 à 14 les communautés bénéficiant de subventions publiques.

  • Enfin Viktor Orban a pensé à nommer des proches à tous les postes de responsabilité de l'appareil d'Etat : Cour constitutionnelle, Président de la République, Procureur général et justice, Cour des comptes, Commission électorale, Autorité des médias, Autorité de supervision des institutions financières, Office de la concurrence, Conseil monétaire de la Banque centrale, Conseil budgétaire... Beaucoup d'entre eux disposent d'un mandat de neuf ou douze ans, alors que le cycle parlementaire en Hongrie est de 4 ans. Un futur gouvernement d'une autre couleur politique sera par conséquent confronté à un appareil d'Etat hostile, entièrement aux mains du Fidesz

Le Fidesz, parti de Viktor Orban possède plus des deux tiers des voix au Parlement

Le Parlement Hongrie
Le Parlement Hongrie © Michael LoCascio
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lien image_partout ailleurs © Radio France / RadioFrance
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