Fait inhabituel, au moment même où le Procureur général refuse, une nouvelle fois, la réouverture du dossier Boulin, François Faletti annonce également la disparition d’un tome du dossier Boulin et des scellés conservés dans un coffre fort ! Une enquête est confiée à l’Inspection des services judiciaires. Un mois plus tard, le 8 juillet 2010, le ministère de la Justice annonce que ces scellés perdus ont finalement été retrouvés

Mais, de toutes façons, dans son communiqué du 8 juin 2010 refusant la réouverture du dossier, le Procureur général écarte d’emblée la possibilité de procéder à des tests scientifiques car, selon lui, « des analyses ADN ne pourraient en aucune façon faire l’objet d’une comparaison utile, dans la mesure où jamais aucune personne n’a été mise en cause ou hors de cause dans ce dossier. »

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Autrement dit : pour le Procureur général, des tests ADN ne serviraient à rien, puisqu’aucun coupable présumé d’un homicide n’est identifié dans le dossier Boulin !

Une « argumentation » reprise dans un courrier adressé le 25 juin 2010 à l’avocat de Fabienne Boulin, Olivier Morice :

« Le précédent invoqué de l’affaire Grégory n’est pas pertinent , écrit le Procureur général : en effet, dans cette dernière affaire, l’on se trouve à l’évidence en face d’un meurtre avéré, et l’examen des pièces à conviction aurait effectivement pu faire progresser l’enquête ; dans le présent dossier, jamais aucun suspect de meurtre n’a été mis en évidence ; on voit donc mal l’utilité de recherches ADN, dont le résultat ne pourrait être comparé à celui d’aucun suspect, puisqu’il n’en a jamais existé. Il faut aussi rappeler que les faits remontent à 1979, et que le fichier FNAEG [NDR : fichier national automatisé des empreintes génétiques] n’a été constitué que beaucoup plus tard ; il est donc peu envisageable qu’un ADN quelconque puisse faire l’objet d’une comparaison utile. »

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Encadré Boulin © radio-france

Un « argument » assez faible puisque l’intérêt d’une telle expertise ADN ne consiste évidemment pas à retrouver un éventuel « coupable », mais bien de constater si l’on retrouve, oui ou non, de l’ADN de Robert Boulin sur des courriers posthumes qui lui sont attribués. Une réponse négative à cette question ouvrirait la voie à une possible manipulation sur ces courriers « suicidaires » du ministre…

Mais cette hypothèse n’est à aucun moment envisagé par le Procureur général, considérant « que les experts ont formellement conclu que les lettres avaient été tapées par Robert Boulin personnellement sur sa machine à écrire (avec ses propres habitudes de frappe) et que les mentions manuscrites étaient de sa main. » En réalité, de multiples incohérences (détaillés dans deux chapitres d’« Un homme à abattre. Contre enquête sur la mort de Robert Boulin », p. 269 à 307) émaillent ces différents courriers attribués au ministre. La machine à écrire du ministre (dont le ruban encreur a disparu) a été accessible à de nombreuses personnes qui se sont succédé au domicile du ministre, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979.

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