Depuis la révélation de ces dysfonctionnements, ce dossier embarrasse le MEDEF soucieux de se donner une image de « modernité » face à l’UIMM embourbé dans l’affaire de la « caisse noire. » Ainsi, le 8 novembre 2007, sur LCI, la présidente du Medef, Laurence Parisot, démentait nos informations, tout en ajoutant dans le même mouvement : « S’il y a des pratiques qu’il faut abandonner, nous allons les abandonner… »

L’enjeu n’est pas mince.

Plusieurs témoins qui avaient accepté de témoigner lors de notre enquête, il y a un an, ont été l’objet de pressions, de brimades administratives, voire, parfois, carrément contraint de quitter leur service de santé au travail.

C’est le cas de Colette Rico, médecin du travail à Pau , en poste à l’Association d’hygiène industrielle de la région paloise (AHIRP) depuis octobre 1990. Elle exerce depuis 1983.

Lorsque nous l’avions interrogée, en novembre 2007, Colette Rico avait fait référence à une décision de justice, en 1999, qui avait condamné la comptable de l’association paloise (dont le directeur, lui aussi comptable, travaillait pour un cabinet dirigé par un ancien président du Medef local) pour avoir utilisé des chèques afin de se payer des voyages en Turquie, en Indonésie ou en Amérique du sud.

A la question de savoir si Colette Rico avait la garantie d’une transparence totale des comptes, elle avait eu cette réponse : « Pas du tout » , brisant ainsi le mythe d’une certification des comptes qui serait l’assurance tout risque d’éventuelles dérives.

Cette interview va entraîner la colère de sa direction.

On lui reproche d’avoir eu « des propos tendancieux » , lui faisant comprendre qu’elle aurait dû « exercer son droit de réserve ».

Le 5 décembre, sa direction l’informe par courrier d’« une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’au licenciement. » Le 18 décembre, Colette Rico se justifie à nouveau devant le président de l’association.

Enfin, le 21 décembre 2007, un nouveau courrier avec accusé de réception lui signifie une « mise à pied disciplinaire » de trois jours, mettant en avant « un abus » du « droit d’expression », la « pertinence » de son « intervention », ainsi qu’ « un manquement manifeste » à ses « obligations les plus élémentaires de réserve et de loyauté. »

Ecoutez le récit de Colette Rico

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Médecine du travail - un an après 4 (rico)

Finalement, Colette Rico préfère démissionner, le 26 juin 2008.

Après avoir cherché, en vain, un nouvel emploi dans la région paloise, elle a rejoint un autre service de santé au travail… en Corse. Elle conserve un goût amer de sa mise à pied, qu’elle conteste devant la juridiction prudhommale, en ayant le sentiment d’« avoir été la lampiste de service » .

Colette Rico

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Médecine du travail - un an après 5 (rico)

Il y a un an, le MEDEF de Pau s'était dit « indigné » , démentant tout détournement. « Je suis outré par l’amalgame » , expliquait, pour sa part, le président de l’AHIRP, Patrick Lacarrère dans une tribune publié sur le site Rue 89.

La version de Patrick Lacarrère, le président de l’AHIRP

Interrogé sur le départ de Colette Rico, Patrick Laccarère souhaite aujourd’hui dédramatiser cet épisode. « J’ai fait ce que je pensait être la meilleure chose, estime le président de l’AHIRP : une sanction de trois jours de mise à pied, là où d’autres personnes me demandaient de licencier Colette Rico. Elle aurait, peut-être, dû prendre des précautions élémentaires en s’exprimant publiquement. Il n’y a eu ni pression de la direction, ni chasse aux sorcières, assure-t-il. J’ai besoin de médecins. Je l’aurai bien gardé. Qu’elle ait préféré changer d’air, c’est son problème. Quand elle est partie, je lui ai souhaité bonne chance… »

Dans le Var, en revanche, le président de l’Association interprofessionnelle de santé au travail (AIST), Albert Bessudo, ancien président de la Chambre de commerce, a quitté ses fonctions en avril 2008. Dès son arrivé à la tête de l’AIST 83, il avait fait voter en comité d’entreprise la décision de s’attribuer un salaire. Un nouveau président a fini par changer toute l'équipe de direction, en novembre dernier.

Le docteur Patrick Fortin dénonçait depuis plusieurs années les dysfonctionnements du service malgré les pressions. Sa secrétaire avec laquelle il travaillait depuis quinze ans a même été mutée. L'Inspection du Travail n'a pas jugé bon de réagir. Mais Patrick Fortin a tenu bon, et se dit à présent soulagé.

Patrick Fortin

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Médecine du travail - un an après 6 (fortin)

Ecoutez le commentaire de Bernard Salengro, le président du syndicat CFE-CGC Santé au Travail sur les pressions qui ont été exercés sur les médecins du travail. Il estime que « le problème de fond reste là où on l’a laissé, et s’est même amplifié, avec d’autres affaires qui apparaissent » , épinglant au passage une « direction du Travail qui n’a ni les pouvoirs ni la volonté » de faire quelque chose.

Bernard Salengro

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Médecine du travail - un an après 7 (salengro)

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