En 2009, la photographe Véronique de Viguerie se rend au fin fond d'un camp secret au Niger, à la rencontre du Mend, un groupe armé qui mène la guerre du pétrole dans la région. Comme souvent, le danger et les conditions périlleuses ne la freinent pas.

Les hommes d’Ateke Tom arrivent au Camp 9, cachés dans une mangrove du Delta du Niger. Juillet 2009 au Nigéria.
Les hommes d’Ateke Tom arrivent au Camp 9, cachés dans une mangrove du Delta du Niger. Juillet 2009 au Nigéria. © Courtesy Véronique de Viguerie Paris Match/Getty Images

Nous sommes en juillet 2009, dans le delta du Niger. La photojournaliste Véronique de Viguerie de l’agence Getty Images, accompagnée de son acolyte Manon Quérouil-Bruneel , grand reporter indépendante, réalise un reportage sur la guerre du pétrole dans cette région : pollution, exploitation, non-répartition des ressources et corruption. Les deux journalistes s’intéressent plus particulièrement au Mend (Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger ), un groupe armé opérant dans la région. Leur camp est dissimulé par la mangrove , ils se cachent de l'armée. Ces hommes répondent tous aux ordres d’Ateke Tom , et disent lutter contre l’exploitation et l’oppression des peuples comme l’explique Véronique de Viguerie :

Le Mend se fait passer pour un Robin des Bois des temps modernes. Ils sont censés redistribuer l’argent des kidnappings, des attaques de pipelines et du marché noir du pétrole, à la population locale. Mais les locaux pâtissent de l’exploitation du pétrole et n’en touchent aucune contrepartie. La population aime le Mend, voire l’adore…

Moustique, humidité et sorcellerie

Dans ce climat humide, l'un des risques, pour un photographe est que son objectif soit recouvert de buée. Mais s’il n’y avait que ça… Véronique se remémore les difficultés rencontrées pendant le reportage :

Le vrai problème, ce sont les moustiques, très nombreux et porteurs du paludisme . En plus, deux jours avant notre départ, je m’étais fait mal au pied en wakeboard, avec une blessure pas jolie. A l’hôpital, on m’a dit d’éviter les zones humides … Embêtée, je leur ai expliqué que justement je partais dans la mangrove. Ils m’ont très fortement déconseillé de partir. Je risquais septicémie et amputation en cas d’infection. Il a fallu, à tous prix, que j’évite de mouiller mon pied. Manon a demandé à ce qu’on me porte pour que mes pieds ne touchent pas l’eau... Vu leur carrure, j’étais un poids-plume, mais c’était quand même extrêmement gênant.

Le simple fait d’être femme, était, en soi, déjà un problème. La présence des femmes brisent l’effet du « juju », une magie qu’ils pensent les protéger des balles et les rendre invisibles : « La plupart d’entre eux y croient dur comme fer et ne voulaient pas de nous. Le chef Ateke et le porte-parole ont vraiment insisté pour qu’ils nous acceptent », continue la photographe.

Véronique de Viguerie, au Nigéria, avec des hommes du Mend.
Véronique de Viguerie, au Nigéria, avec des hommes du Mend. © Radio France

Les consignes sont claires : « ne pas rester dans les environs quand ils commencent à boire et à fumer ». Ateke à une réputation de violeur. Les deux journalistes ont pris quelques garanties. « Nous avons passé deux nuits sans sommeil, coincées dans la mangrove, dans le camp secret.Mais Ateke a jeté son dévolu sur Manon. Jouant la grande sœur j’ai dit qu’avant, il fallait se marier. Il nous a crues et nous a renvoyées en ville pour que nous achetions une robe pour le mariage. Il l’attend toujours . »

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A l’arrivée sur les lieux, les portables sont confisqués , pour ne pas être repérés par l’armée. A l’époque, Ateke était l’ennemi public numéro 1 au Nigéria. Ses hommes sont traqués sans relâches, car ils font du tort au business juteux du pétrole, enlèvent des occidentaux, etc.

Zones de gris

Aller se frotter aux «infréquentables », Véronique de Viguerie en a l’habitude. Précédemment, elle a réalisé des reportages auprès des talibans en Afghanistan, des pirates en Somalie ou encore des tueuses à gage en Colombie. Un positionnement qu’elle assume complètement :

Je déteste qu’on nous serve à toutes les sauces un monde manichéen, sans nuance. Je refuse cette image du noir et blanc. J’adore aller chercher les zones de gris et aller à la rencontre de ces pirates, talibans, hommes-flèches etc. Selon moi, ils ont quelque chose d’intéressant à dire. Sans les justifier, je trouve important que nous les connaissions pour mettre la situation en perspective. Donner de l’information, c’est notre métier. Pour que le lecteur se forge une opinion en connaissance de cause.

►►► PHOTOGRAPHIER LA COMPLEXITÉ DU MONDE || Véronique de Viguerie au TedxParis 2014 :

►►► ALLER PLUS LOIN || Manon Quérouil-Bruneel invitée des Femmes, toute une histoire, au sujet de Boko Haram au Nigeria

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