1971: Diane Arbus se suicide à 48 ans. Elle est pourtant en train de devenir une star de la photo qui inspirera, plus tard, Larry Clark ou Nan Goldin. Arbus est dépressive, mais c'est aussi un être bouillonnant, curieux. En 12 ans de pratique personnelle de la photographie, elle laisse 500 images, c'est peu. La rétrospective en présente 200, accrochées sur des murs blancs et gris.

D'abord photographe de mode aux côtés de son mari, elle divorce et se lance dans ses projets personnels qui trouveront souvent une place dans la presse. Ses projets : surprendre des êtres qui nous sont a priori étrangers, loin de la norme sociale. L'artiste est curieuse, mais pas voyeuse, car elle a le don de s'immiscer dans l'intimité de son sujet.

Jeune homme en bigoudis chez lui, 10è rue, New-York, 1966
Jeune homme en bigoudis chez lui, 10è rue, New-York, 1966 © Radio France / Diane Arbus
Jeune homme en bigoudis chez lui, 10è rue, New-York, 1966
Jeune homme en bigoudis chez lui, 10è rue, New-York, 1966 © Radio France / Diane Arbus

Première salle, des photos carrées en noir et blanc, les portraits les plus célèbres. Nous regarde ainsi droit dans les yeux cet homme aux bigoudis, cigarette à la main, les sourcils dessinés au crayon et qui donne à lire à l'artiste sa tristesse mais aussi un reste d'enfance accroché à son visage. Diane Arbus a obtenu de ce travesti qu'il se livre. Dommage qu'on ne voit pas la planche contact de cette séance photo. Elle montre la relation de confiance que la photographe a instauré, lentement. En fait, Diane Arbus repère une femme étrange dans la rue. Photo suivante, la femme est chez elle et retire sa perruque. En 4 images, peu à peu, un homme apparaît. Arbus a su par ses mots, d'abord, puis avec son Rollefleix, découvrir le personnage mi-homme, mi-femme. Montrer ce qu'il y avait derrière une apparence. D'ailleurs, elle passe toujours du temps avec ses sujets. Avec ces lilliputiens dans un cirque, avec cette dominatrice au fouet qui enlace comme une mère son client, un vieillard nu venu prendre du plaisir. On comprend mieux ce qu'elle écrit alors: "Je vois quelque chose qui a l'air merveilleux, je vois le divin dans les choses ordinaires". L'émotion vous envahit devant cette anthropologie contemporaine en noir et blanc; Une Amérique bancale et composite, une humanité guère triomphante. Mais l'absence totale d'explications ou de documents relatifs à certaine images déroute.

Dans la rétrospective précédente, "Revelations", passée entre autres par New-York, Barcelone ou Londres, des petits salles recréaient l'intimité de l'artiste, des photos de famille, des images qu'elle accrochait chez elle, des mots, des idées, des rêves qu'elle relatait, sa plume est remarquable, dans les magazines américains, c'est elle qui écrivait et prenait les photos, c'est rare. On découvrait son laboratoire reconstitué, ses carnets remplis de projets ou d'inventaires de sujets à traiter : en vrac : "gangsters, homosexuels, mariages, anniversaires, zoo, aquarium"...

Au Musée du Jeu de Paume, le cadre pédagogique occupe la dernière salle seulement, mais c'est trop tard. Les images seules laissent le visiteur orphelin, peut-être même envahi d'un certain malaise. Pourquoi tant d'images sur les marginaux, les travestis, les trisomiques? Il ne faudrait pas que Diane Arbus passe pour la photographe des monstres, étiquette largement réductrice, elle qui s'intéressait à l'autre sans limite, avec une empathie sans doute excessive, dangereuse.

Diane Arbus, donc, à voir évidemment mais en sachant qu'un travail en amont sur sa démarche est nécessaire.

Diane Arbus
Diane Arbus © Radio France

"Diane Arbus" au Musée du Jeu de Paume, à Paris, métro Concorde, jusqu'au 5 février 2012.

Renseignements: 01 47 03 12 50

http://www.jeudepaume.org

A lire, la réédition d'une excellente monographie de 1973, "Diane Arbus", à la Martinière, 29 euros 99.

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