Le propriétaire de maisons closes le plus célèbre de Belgique se réjouit de l’attention médiatique portée à son procès, qui s’ouvre aujourd’hui à Tournai. Dominique Alderweireld est jugé pour proxénétisme avec sept autres prévenus, dont sa compagne Béatrice Legrain. Tous deux sont par ailleurs des témoins dans l’affaire dite du Carlton dans laquelle Dominique Strauss-Kahn risque une mise en examen.

La justice belge lui reproche à Dodo la saumure d’avoir tenu des « maisons de débauche », une vingtaine d’établissements à Tournai et dans les environs, parfois en association avec sa compagne Béatrice Legrain. Plus de 200 prostituées y ont travaillé entre 2000 et 2009.

Leur procès se tient sur trois jours (les 1er, 15 et 22 mars). Une instruction pour des faits similaires est par ailleurs ouverte à Courtray.

Avant de comparaître, Dominique Alderweireld enchaîne les interviews, et ne cache pas qu’il aime ça. Diplômé d’une petite école de commerce parisienne, il a ensuite passé une licence de droit, et assure qu’il a toujours tenté de donner un cadre légal à une activité qui ne l’est pas. Il veut monter un syndicat professionnel des « maisons de plaisir », et milite auprès des sénateurs belges pour les faire légaliser.

Son surnom, il le revendique.

Dominique Alderweireld dit Dodo la Saumure

« Un commissaire de police qui est un ami m’avait appelé Dodo la Saumure il y a quarante ans. C’est très bon commercialement. J’ai fait parler de moi parce que j’aime ça. Secondo je suis tombé sur un Procureur qu’on appelle le sacristain… A Mons je n’aurais jamais eu ce genre d’ennuis ».

Un commerce comme un autre ?

Aujourd’hui ses comptes bancaires sont bloqués, mais cinq de ses établissements fonctionnent encore, à côté de nombreux autres « bars montants » ou « salons de massage ». Dominique Alderweireld et Béatrice Legrain comptent faire valoir que leur activité, bien qu’illégale, n’est depuis longtemps plus réprimée en Belgique.

Dominique Alderweireld se décrit comme un chef d’entreprise comme un autre.

Dodo la Saumure

« Je trouve des femmes comme si je cherchais des vendeuses, c'est-à-dire je mets des petites annonces en Espagne, pas en France parce que c’est interdit, ou en Belgique. Je paie la TVA, des taxes sur les sociétés, mon impôt personnel. Je leur fais signer un contrat. Nous avons des contrôles de police réguliers. Je prends 50% de leurs revenus, mais cela inclut le loyer, le chauffage, les préservatifs, et je paye la TVA. Il me reste entre 15 et 20%, ce qui est une marge très correcte mais qui n’a rien de prohibitif. Peut-être que monsieur le Procureur n’a jamais tenu un commerce, donc il ne sait pas qu’on paye des taxes ».

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Contrat
Contrat © Radio France / Sara Ghibaudo

D’après Dominique Alderweireld, chaque femme travaille en indépendante, avec un contrat de collaboration.

Il assure que les « filles » sont libres de partir quand elles le souhaitent, certaines ne restent que quelques semaines.

La crise économique pousserait davantage de femmes à se prostituer dans ces établissements belges, ne serait-ce parfois que pour compléter leurs fins de mois témoigne Béatrice Legrain.

Béatrice Legrain

« Elles choisissent les jours et les heures qu’elles veulent effectuer. Les profils ? Il y a de tout. J’ai eu une fille qui était gardien de la paix à Lille qui venait le soir, j’ai une coiffeuse, une fille qui travaille à la poste… j’ai des Espagnoles, des Roumaines, il y a de tout… En ce moment financièrement c’est dur pour tout le monde ».

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Dominique Alderweireld et Béatrice Legrain
Dominique Alderweireld et Béatrice Legrain © Radio France / Sara Ghibaudo

Dodo la Saumure et DSK

Dominique Alderweireld et Béatrice Legrain ont été entendus dans l’affaire du Carlton de Lille. Une prostituée qui avait travaillé dans une maison de Dodo la saumure a été recrutée par les amis lillois de Dominique Strauss-Kahn pour un voyage à Washington (elle s’est fait prendre en photo avec DSK dans son bureau au FMI). A la demande de René Kojfer, salarié du Carlton, Béatrice Legrain a accompagné à Paris une de ses « filles » pour un déjeuner, et un rapport tarifé avec DSK.

Pour eux, il n’y a pas d’affaire du Carlton.

Dodo la Saumure

« C’est des hommes d’affaires qui fréquentent tout le monde notamment des policiers. Ils connaissent une fille vénale et la présentent à un copain, voilà c’est trois lignes. C’est une affaire montée de toutes pièces, mettre Dominique Strauss-Kahn à côté de Dodo la Saumure ça fait mousser ! On devait faire tomber DSK après la primaire socialiste, l’affaire du 14 mai (le Sofitel) est arrivée avant ».

Béa et l’Aventure

En 2009, René Kojfer, chargé des relations publiques du Carlton, demande à Béatrice Legrain_ si elle a«une fille qui serait d’accord pour accompagner un client à Paris »_ . La compagne de Dodo convainc « une fille qui présente pas mal, qui sait se tenir » , mais celle-ci préfère être accompagnée. Toutes les deux partent en train pour Paris, avec David Roquet et Fabrice Paszkovski, les amis nordistes de DSK. S’ensuit un déjeuner au restaurant l’Aventure, dans une ambiance « bon enfant » selon Béatrice. Celle-ci n’est pas particulièrement étonnée de découvrir que le client est le directeur général du FMI : « en vingt ans de carrière j’ai vu d’autres hommes politiques » .

Dominique Strauss-Kahn a une relation sexuelle avec la jeune femme amenée par Béatrice. Savait-il qu’elle était payée par son ami entrepreneur ? Béatrice Legrain et Dominique Alderweireld jugent cette question, qui intéresse les juges lillois, un peu hypocrite…

Béatrice Legrain et Dominique Alderweireld, dit Dodo la Saumure

Béatrice Legrain :« A aucun moment on a parlé de tarifs, David nous a présenté comme des copines. On termine le déjeuner, la fille a un rapport consenti (avec DSK), tout se passe très bien, on boit un verre, on rigole.

Pouvait-il ignorer que sa partenaire était payée ?C’est possible ».

Dominique Alderweireld :« Pour moi a priori non, mais il pouvait penser que par son aura des filles baissent la culotte gratuitement. Le pouvoir c’est mieux que l’argent, on pense que tout vous est dû ».

Aujourd'hui Dominique Alderweireld, qui n'a jamais rencontré Dominique Strauss-Kahn, et Béatrice Legrain estiment que l'ancien patron du FMI a été bien imprudent. Béatrice assure que DSK ne s'est pas montré agressif ou violent, même si c'est vrai qu'elle lui a refusé ses faveurs.

Le procès de Tournai se poursuit les 15 et 22 mars. Dominique Alderweireld risque en théorie jusqu'à dix ans de prison

bandeau :Dominique Alderweireld© Coralie Cardon MaxPPP

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