Dominique Cabrera est une cinéaste reconnue dans les grands festivals internationaux. Le Centre Pompidou consacre pour la première fois une rétrospective à son travail documentaire. Cette programmation inédite de plus d’une dizaine de films est diffusée en ligne et sera ponctuée d'une rencontre avec elle le 8 mai.

Chroniques d’une banlieue ordinaire (1992)
Chroniques d’une banlieue ordinaire (1992) © Dominique Cabrera/ Ad Libitum

Que ce soit par le documentaire ou la fiction, Dominique Cabrera s'est attachée tout au long de sa carrière à montrer une attention bienveillante pour ses personnages, tout en filmant leur manière d'être en société, et en interaction avec les autres. Pour n’en citer que quatre, ses films L'Autre Côté de la mer, Nadia et les Hippopotames, Demain et encore demain et Grandir ont figuré dans différentes sélections du festival de Cannes. En 2021, après quarante ans de carrière, son travail est mis en lumière dans le livre dirigé par Julie Savelli, "L'intime et le politique" (éditions de l'Incidence), ainsi que dans une prochaine présentation de ses fictions à la Cinémathèque Française, et une rétrospective de ses documentaires dès maintenant à la BPI du Centre Pompidou. 

Dominique Cabrera est née en Algérie dans une famille pied-noire rapatriée en France en 1962, et elle a nourri sa réflexion cinématographique avec les œuvres de Bergman, Godard, Agnès Varda ou Rossellini. "Dès le départ ce qui m’a intéressée, c’est la place des êtres dans le monde. Je ne savais pas que cela ferait un trajet, mais c’était cela qui m’intéressait. Au fil du temps, j’ai approfondi cela. ” explique-t-elle.

Depuis "J’ai droit à la parole" en 1981, à "Corniche Kennedy" en 2016, l’œuvre de Dominique Cabrera compte une trentaine de films, et on ne peut pas la réduire à un genre en particulier. "Le dispositif n'est jamais le même, ça m'ennuie", confie la réalisatrice. "Chaque fois, selon le sujet, un système s'impose". 

Engagée

Portraits, journaux familiaux, quêtes, explorations, comédies ou drames, Dominique Cabrera produit un cinéma dont la caméra s'engage à prendre en charge la part de l'humain dans les faits sociaux et politiques. Ce sont des rapprochements ou des distances qui se créent dans un bureau de poste de banlieue, à la Courneuve par exemple, quand il s'agit de dévoiler un peu de sa pauvreté. Ou bien cette mère célibataire, à la recherche du père de son enfant au milieu des cheminots en grève de 1995, ou encore le portrait d'une jeune mère paniquée au moment d'une dépression post-partum dramatique. 

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Dominique Cabrera se qualifie-t-elle elle-même de cinéaste engagée ? Le mot ne lui fait pas peur. “Je me sens engagée dans la vie sociale de mon pays. Je suis impliquée et je réagis en citoyenne. Par exemple, je suis frappée par tous ces individus qui périssent en Méditerranée. Je ne peux plus regarder la Méditerranée comme avant. Pour une cinéaste, ça change la donne. Et comme tout le monde, je me sens interpellée de manière violente, justement parce que des images sont là en permanence, je me sens impliquée et impuissante à la fois”.  

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Autobiographique

Cette alchimie du portrait et de la peinture sociale est mise en évidence dans le livre que Julie Savelli dirige aux éditions de l'Incidence, "L'intime et le politique". Mais il y a aussi un aspect autobiographique dans son œuvre, car Dominique Cabrera a filmé sa propre famille au fil des années, pour en faire deux films poétiques et introspectifs, tout en gardant une interrogation sur l’”être au monde”. Cela a donné "Demain et encore Demain", en 1997, et “Grandir” en 2013.  “C’est comme si j'avais commencé un roman”, dit aujourd’hui Dominique Cabrera "et j’aimerais bien y apporter un troisième volet”. 

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Un prochain film 

Elle s’interroge aujourd’hui sur le statut des images, si massivement déversées sur nos écrans :On bascule dans un autre rapport à la virtualité du monde. Les images sont l’objet d’une intense spéculation. J’ai des questions bien sûr par rapport à cela, et des angoisses, mais je ne sais pas quoi en faire”.

Pour l'heure, un film est en cours de production, et sortira dans quelques mois ou en 2022. Il s’agit de partir d’une image, le 5e plan de "La jetée", film expérimental de Chris Marker (1962), où un cousin de Dominique Cabrera dit se reconnaitre. “Il y a de bonnes raisons que ce soit le cas, mais ce “mystère” est une clé pour aller au-delà de cette image, se projeter dans l’histoire du cinéma comme dans celle de ma famille”, explique-t-elle. 

La justesse du casting

Il y a une chose qui frappe en revoyant les films de Dominique Cabrera, une chose dont on ne fera pas une théorie (si ce n'est pour dire qu'elle travaille toujours avec la même famille de professionnels), c'est la justesse dans ses choix et sa direction de comédiens et de comédiennes, que l'on retrouve au fil des projets.  

En 1997, pour son premier long métrage, "L’autre côté de la mer", elle s'entoure de Roschdy Zem, Claude Brasseur et Ariane Ascaride, se fait remarquer pour la délicatesse de son regard, et le film est nommé au César du meilleur premier film. Elle y met en parallèle les Pieds-noirs rentrés en France après l’indépendance et un industriel resté en Algérie.  

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Par la suite, le casting que l’on retrouve dans ses films est impressionnant. Yolande Moreau se retrouve avec Miou Miou, Jean-Pierre Léaud, Marie-Julie Parmentier, dans "La Folle embellie", où ils sont accompagnés d’un des meilleurs comédiens du Québec, Gabriel Arcand.  

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Dans "Le lait de la Tendresse humaine", les acteurs et actrices, Patrick Bruel, Maryline Canto, Valeria Bruni-Tedeschi, Olivier Gourmet et Yolande Moreau reçoivent un prix d’interprétation collective à Locarno en 2002. On pourrait également citer Aïssa Maïga et sa performance dans "Quand la ville mord", où elle interprète une jeune prostituée malienne, passionnée par l’œuvre de Basquiat, qui finit par échapper à ses proxénètes.  

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