Le président des États-Unis et le président russe se rencontreront pour la première fois au sommet du G20 à Hambourg. Portraits croisés.

Donald Trump et Vladimir Poutine (montage)
Donald Trump et Vladimir Poutine (montage) © Getty / Pool / Mikhail Svetlov

Deux hommes, à la tête de deux puissances mondiales que tout oppose. Et pourtant, depuis l'élection de Donald Trump, le président américain dit vouloir des relations plus "constructives" avec Moscou. Les points communs des deux chefs d'État pourraient conduire, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide en 1991, à une véritable entente. Leurs différences au contraire, pourraient amener à un fiasco.

Leurs points communs

  • L'image d'un homme fort

Donald Trump cultive son image de milliardaire, d'un homme qui n'a peur de rien, le self-made man typiquement américain. Égo surdimensionné à forte tendance mégalo, c'est sa fortune et son image provocatrice qui a, en partie, convaincu ses électeurs.

Donald Trump revendique sa réussite dans son discours d'investiture, le 16 juin 2015 :

Je suis très riche. (...) Je suis fier de ma fortune. J'ai fait un boulot incroyable. (...) Je suis très fier de ma réussite. Je le suis vraiment. (...) Et je ne le dis pas pour frimer, c'est mon état d'esprit, et c'est ce genre d'état d'esprit dont vous avez besoin pour ce pays.

L'ancien membre du KGB chasse l'ours, pêche des brochets de dizaines de kilos, arpente les montagnes du Touva torse nu. La communication de Vladimir Poutine équivaut à celle de Superman. Loin de l'image présidentielle française, c'est la figure du "surhomme" qui lui vaut notamment sa réélection en 2012.

  • La démagogie

Pour s'attirer les faveurs de son électorat, Donald Trump ne recule devant rien. Un mur à plusieurs millions de dollars pour empêcher l'immigration mexicaine ? Bien sûr ! Mieux, c'est le Mexique qui va le payer. Aujourd'hui, on est en mesure de se demander si ce mur verra le jour. Dans le lot de promesses démagogues, on peut aussi citer le Travel Ban, l'abrogation de l'Obama Care, ou ses nombreux tweets climato-sceptiques.

Vladimir Poutine lui, joue sur la force militaire. Face aux craintes d'attentats notamment des indépendantistes tchétchènes, le président russe endosse le rôle de véritable sauveur et protecteur de la nation. Quitte à forcer le trait, comme en septembre 1999 :

On ira buter (les terroristes) jusque dans les chiottes.

  • La haine des journalistes

"Fake news" , l'expression de l'année est signée Donald Trump. Durant sa campagne, il désignait déjà le journaliste comme ennemi numéro un. Sa guerre froide avec la presse s'est soldée dernièrement par la démission de trois reporters de CNN, et certaines des conférences de presse de la Maison-Blanche ne sont plus filmées également.

En Russie, être journaliste et critiquer le Kremlin peut vous conduire en prison, ou pire. En 2006, la journaliste Anna Politkovskaïa est assassinée. Huit ans plus tard, cinq hommes sont reconnus coupables de son meurtre. Pour ses confrères, ce sont évidemment ses enquêtes en Tchétchénie sur les abus de pouvoir du Kremlin qui l'on condamnée à mort. Mais le commanditaire reste inconnu.

D'autres purgent régulièrement des peines de prison, comme le journaliste radical de gauche Boris Stomakhine. Après la publication d'un article intitulé "La Crimée, c'est l'Ukraine", il est emprisonné pour "appels à des actes extrémistes", "incitation à la haine raciale", "justification du terrorisme".

  • Une politique "traditionaliste"

Remise en cause de l'avortement "pour lutter contre la baisse démographique" russe pour l'un, ou parce que le fonds de l'État destiné aux ONG"soutient, ou participe à la gestion d’un programme d’avortement coercitif et de stérilisation involontaire" pour l'autre. Favorables à la torture pour obtenir des informations, scepticisme sur la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique. Les deux hommes s'accordent sur nombreux sujets.

Leurs différences

  • La guerre en Syrie

Même s'il disait bien avant son élection à la Maison-Blanche vouloir rester "en dehors" du conflit syrien, c'est sous l'administration Trump que les États Unis ont frappé pour la première fois dans le pays de Bachar Al-Assad. Un revirement à 180 degrés après l'attaque chimique imputée au régime de Damas qui a tué 86 personnes dont une trentaine d'enfants. Le président américain reste imprévisible et inconstant sur la position des États Unis en Syrie, mais c'est sur ce point qu'il marque sa plus grande différence avec la Russie :

L’attaque contre les enfants a eu un grand impact sur moi, un grand impact.

De son coté, Vladimir Poutine soutient ouvertement Bachar Al-Assad et son régime. Base militaire russe sur la côte méditerranéenne de la Syrie, intérêt géostratégique, contrats d'armement, craintes de propagation, les raisons de cette alliance sont multiples.

  • Le parcours

Donald Trump, c'est le self-made man. En 1971 il reprend l'entreprise de son père et bâtit un empire de gratte-ciel. Doué en affaires, il devient une célébrité médiatique, passe par l' émission de télé-réalité The Apprentice. Donald Trump veut se placer sous les feux des projecteurs.

Son opposant, lui, est un homme de l'ombre. Ancien agent du KGB, chef des services secrets russes, Vladimir Poutine est très discret, en particulier sur les réseaux sociaux. Contrairement à son homologue américain, le président russe n'a même pas de compte Twitter. Issu d'une famille modeste et ouvrière, son ascension au pouvoir est ensuite fulgurante.

  • L'expérience

C'est justement l'autre grande différence entre les deux hommes. Vladimir Poutine, est depuis près de vingt ans le maître de Moscou. Président de 1999 à 2008, il est réélu en 2012 après avoir laissé un mandat à son ancien premier ministre Dmitri Medvedev. Le président russe serait même déjà en route vers un quatrième mandat.

Donald Trump lui, a surpris le monde entier lors de son élection à la présidence des États-Unis, à commencer peut-être par lui-même. Avant ce scrutin, il ne s'était jamais exposé en politique. En revanche, il y a pensé. Dès 1998, ce fervent partisan de Ronald Reagan songe à se présenter aux primaires républicaines. Reste que, au moment de l'annonce de sa candidature au leadership du GOP en 2015, c'est l'indifférence générale : il est crédité de moins de 5 % dans les sondages.

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