lance armstrong passe aux aveux
lance armstrong passe aux aveux © reuters
par Julian Linden NEW YORK (Reuters) - Lance Armstrong a offert jeudi les aveux que certains espéraient depuis des années: se qualifiant de "tricheur", il a reconnu s'être dopé pendant la majeure partie de sa carrière et s'est excusé du bout des lèvres auprès de ceux qu'il a "trahis". Le coureur texan a reconnu s'être dopé lors d'un entretien accordé à la célèbre animatrice de télévision Oprah Winfrey qui a pris l'allure d'une tentative de repentance dont on ignore si elle peut mettre fin à ses ennuis et lui valoir un pardon de la part du public. Radié à vie du cyclisme et déchu de ses succès dans la Grande Boucle entre 1999 et 2005, Armstrong a peut être souhaité soulager sa conscience et apparaître sous un jour meilleur avant d'affronter le volet judiciaire de sa lente déchéance. Visiblement préparé pour cette interview dont l'information principale avait filtré dès l'enregistrement lundi, le coureur n'a jamais laissé percer ses émotions, exprimant ses regrets d'un ton calme, presque distant, et admettant seulement avoir commis des erreurs de jugement. L'entretien d'environ une heure réalisé dans une chambre d'hôtel à Austin au Texas a commencé par l'aveu que certains espéraient depuis des années: "oui", a répondu Armstrong à la question de savoir s'il s'était dopé. S'il a paru endosser une partie de la responsabilité de la triche à laquelle il s'est livré pendant des années, Lance Armstrong a tenu à expliquer qu'elle faisait à ses yeux "partie du boulot" d'un coureur qui entendait remporter la plus grande course cycliste du monde. "Je n'avais pas l'impression que c'était mal (à l'époque). Je ne me sentais pas coupable", a-t-il expliqué. "Je n'ai pas inventé cette culture du dopage, mais je n'ai pas essayé de changer cette culture. C'est mon erreur. C'est ma faute et j'en endosse toute la responsabilité". "J'étais un tricheur et je le savais", a-t-il reconnu, ajoutant que la victoire avait toujours eu à ses yeux une importance gigantesque et qu'il n'avait pas d'autre choix que d'utiliser des produits lui permettant d'améliorer ses performances. "Cela était mon point de vue et c'est moi qui ai pris les décisions. Il s'agit d'un énorme mensonge que j'ai répété de nombreuses fois", a-t-il admis, un mensonge dont il s'est ensuite trouvé prisonnier. "Il s'agissait de prolonger l'histoire et de cacher la vérité", a-t-il dit. "Cela est inexcusable. Il est probablement trop tard pour la majorité des gens et c'est ma faute". "REGAGNER LA CONFIANCE" Armstrong a dit commencer à comprendre aujourd'hui "la colère" des gens. "Ces gens qui m'ont soutenu, qui ont cru en moi, ont le droit de se sentir trahis. Je vais passer le reste de ma vie à tenter de regagner leur confiance et à m'excuser". S'il a paru faire acte de contrition à l'égard de ceux qu'il a trompés, Armstrong a toutefois tenu à démentir plusieurs rumeurs. L'Américain a nié avoir contraint ses équipiers à prendre des substances interdites lorsqu'il courait pour l'équipe US Postal puis pour la formation Discovery Channel. Si ses partenaires ont agi comme lui c'était seulement pour suivre son mauvais exemple, a-t-il précisé, admettant pourtant s'être montré souvent "arrogant" pendant sa carrière. Ces déclarations vont à l'encontre du rapport de mille pages établi par l'agence américain antidopage (Usada) qui affirmait en octobre que Lance Armstrong avait mis au point au sein des équipes dont il était le leader "l'un des systèmes de dopage les plus sophistiqués" jamais vu dans le sport. "Patron" du peloton pendant sept années, Armstrong, qui n'admettait guère la contestation de son autorité lorsqu'il courait, a reconnu avoir été "un tyran" à l'époque. Au fil des questions, le Texan est peu à peu entré dans les détails, précisant par exemple que le "cocktail" qu'il prenait était composé d'EPO (érythropoïétine, substance qui améliore l'oxygénation du sang) et de testostérone et qu'il avait recours à des transfusions sanguines. L'UCI DÉDOUANÉE Il a également démenti les accusations selon lesquelles il aurait été contrôlé positif lors du Tour de Suisse en 2001 et qu'il aurait acheté le silence et la complaisance de l'Union cycliste internationale et de responsables de la lutte antidopage pour couvrir l'affaire. Cet aspect des aveux était attendu notamment par le CIO qui pouvait envisager de retirer le cyclisme des Jeux olympiques s'il était démontré que l'UCI avait caché les agissements d'Armstrong. Interrogé pour savoir comment il avait pu pendant si longtemps échapper aux contrôles pratiqués dans son sport, Armstrong a expliqué que les tests n'étaient quasiment jamais pratiqués en dehors des périodes de compétition. La prise de produits dopants s'effectuaient hors compétition, ce qui permettait d'arriver "propre" lors des courses, a-t-il encore assuré. A la question de savoir quand il s'était dopé pour la dernière fois, Lance Armstrong a répondu que c'était en 2005 lorsqu'il avait remporté son septième et dernier Tour de France. Il a précisé ne pas avoir eu recours à des substances prohibées lors de son retour à la compétition en 2009 lorsqu'il avait terminé à la troisième place de la Grande Boucle, ni en 2010. Sanctionné sur le plan sportif, le Texan âgé de 41 ans n'est pas certain malgré ces aveux d'échapper à des ennuis judiciaires, notamment dans l'affaire introduite par son ancien équipier Floyd Landis et concernant les primes accordées par l'US Postal. Le ministère de la Justice pourrait envisager de se joindre à la procédure ouverte par Landis ce qui compliquerait singulièrement le combat judiciaire d'Armstrong qui risque de devoir rembourser plusieurs millions de dollars indûment touchés. Julian Linden; Pierre Sérisier pour le service français, édité par Julien Prétot
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