Emmanuel Macron a reçu Recep Tayyip Erdogan vendredi pour un déjeuner à l'Élysée afin de discuter des relations bilatérales, des dossiers régionaux mais aussi de la question des Droits de l'homme. C'est le premier déplacement du président turc en France depuis la tentative de coup d'État en juillet 2016.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan à l'Élysée le 31 octobre 2014.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à l'Élysée le 31 octobre 2014. © AFP / ALAIN JOCARD / AFP

Recep Tayyip Erdogan est arrivé vendredi à Paris. Le président turc a été salué par Emmanuel Macron à l'Élysée, devant la Garde républicaine et de nombreux journalistes, notamment turcs. Les deux dirigeants doivent avoir un entretien en tête à tête avec un déjeuner suivi d'une déclaration commune devant la presse. Cette visite intervient au moment où Ankara semble vouloir rétablir ses relations avec l'Union européenne après une grave crise traversée en 2017. 

L'ampleur des purges menées par le régime, après la tentative de coup d'État de juillet 2016, a valu à la Turquie de nombreuses critiques de la part de ses partenaires européens, ramenant quasiment à l'arrêt les négociations au long cours sur sa candidature d'adhésion à l'UE. Emmanuel Macron a annoncé qu'il aborderait la question des Droits de l'homme avec son homologue turc. La Turquie va devoir faire "des gestes très concrets sur les Droits de l'homme si elle veut donner un nouvel élan à sa candidature européenne", a déclaré jeudi Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre français de l'Europe et des Affaires européennes sur Sud Radio.

Pour l'avocat franco-turc Seljuk Demir, sympathisant de l'AKP, le parti du président Erdogan, cela n’empêche en rien le rapprochement des relations entre les deux pays : "Emmanuel Macron est dans son rôle, il a raison, dit-il. Mais il faut également tenir compte de la réalité du pays, des nombreux points d'instabilité qui traversent ce pays et qui nécessite, malheureusement, pendant une certaine période encore, que j'espère temporaire, qu'il y ait un certain nombre de riposte de l'autorité judiciaire contre ces organisations terroristes."

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Droits de l'homme en Turquie : "Il faut également tenir compte de la réalité du pays" (Seljuk Demir, AKP)

Par Claude Guibal

La lutte contre le terrorisme ne peut pas se faire à n'importe quel prix

"Elle ne peut pas être le prétexte d'une répression massive contre toutes les voix dissonantes", s'insurge Sylvie Brigaud Villain, la directrice générale d'Amnesty France dont l'homologue en Turquie fait partie des nombreux prisonniers arrêtés dans le cadre des purges en Turquie. Elle espère beaucoup de cet entretien car, dit-elle, "c'est manifestement la ligne du président Macron" d'utiliser la fermeté sur les droits humains.

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Turquie : "La lutte contre le terrorisme ne peut pas être à n'importe quel prix." (Sylvie Brigaud Villain, Amnesty France)

Par Claude Guibal

Le chef de l'État français a aussi indiqué, lors de ses vœux à la presse mercredi, qu'il aborderait avec Recep Tayyip Erdogan, la "situation des journalistes emprisonnés, empêchés d'exercer leur métier". La présidence turque, y voyant un "manque d'information" de sa part, a assuré qu'elle lui remettrait une présentation détaillée et documentée de la situation judiciaire des cas incriminés.

"La France n'entend pas aller vers la rupture"

Près de deux ans après sa signature, l'accord sur les migrants conclu entre la Turquie et l'union européenne est au point mort. Les Vingt-Huit s’étaient engagés à accueillir jusqu’à 72 000 Syriens. Il n'y en a eu qu’une poignée. Une partie seulement des trois milliards d'euros promis à Ankara a été versée et les négociations butent toujours quant à la levée des visas. Certes le flot des migrants s'est tari, mais près de trois millions de personnes sont toujours réfugiées sur le sol turc. Reccep Tayyip Erdogan agite régulièrement la menace de les laisser passer les frontières. "Ce sont des formules, ce sont des propos d'estrade, tempère Didier Billion, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques. Le fera-t-il vraiment ? Ce n'est pas impossible, mais pour l'instant il ne l'a pas fait."

Parmi les autres dossiers abordés vendredi : les relations bilatérales liées à la lutte anti-terroriste, notamment la question du transit par le territoire turc de djihadistes français ou européens tentant de fuir la Syrie ou l'Irak et les dossiers régionaux comme la guerre en Syrie, l'Iran et le statut de Jérusalem. Pour la France, la Turquie est "un partenaire stratégique à de nombreux égards : en matière de migrations, de lutte contre le terrorisme, de résolution de crises régionales, a souligné depuis Lisbonne le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian. Pour toutes ces raisons, la France n'entend pas aller vers la rupture. Elle désire maintenir un dialogue exigeant et constructif." 

Le PCF fustige la venue d'un "dictateur"

Cette visite du président turc à Paris est critiquée en France, notamment du côté de la gauche radicale et du Parti communiste. Dans un communiqué, le PCF a fustigé la venue du "dictateur" turc, dénonçant "une provocation" et "un nouvel outrage à l'égard des familles des victimes et des Kurdes qui subissent une impitoyable guerre meurtrière". Le parti a d'ailleurs appelé à participer au rassemblement en hommage aux victimes samedi à Paris.

Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan ont déjà eu l'occasion de se rencontrer lors de sommets internationaux, mais c'est la première fois que le président turc se rend à Paris depuis le 15 juillet 2016. "Les pas que nous avons déjà faits avec M. Macron vont tout à fait dans le bon sens", a-t-il confié jeudi dans une interview accordée à TF1 depuis Istanbul.

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