Entretien avec le colonel Jean-François Morel, chargé de mission à la Direction des opérations et de l’emploi, au sein de la Direction générale de la Gendarmerie nationale. Sa mission, entre autres, c'est de surveiller les drones.

Les drones de l'armée française seront bientôt armés
Les drones de l'armée française seront bientôt armés © Radio France / Nathalie Hernandez

Une enquête a été ouverte après le survol de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) par deux drones samedi dernier. Ce sont des surveillants de la prison qui ont repéré les engins volants et qui ont donné l'alerte. Les policiers qui sont intervenus ont perdu de vue les appareils.

Il y a eu récemment d'autres cas de survol de sites sensibles, comme la résidence du Président de la République à Brégançon, la prison de Réau ou la centrale nucléaire de Bugey par exemple, et même l'Elysée en 2017. 

Ces survols sont-ils nombreux ? 

Les événements existent depuis 2014, où des drones avaient survolé des centrales nucléaires. Il y a eu 370 enquêtes depuis, menées par la Gendarmerie des transports aériens. 

Sur sept mois en 2018, 135 infractions ont été constatées dont 35 survols de zones interdites, auxquels s’ajoutent les survols de la prison de Fresnes. Et le 5 aout, nous avons mis en place des contre-mesures après le survol de Brégançon.

Y a-t-il des menaces d’attentats ?

Il faut rassurer tout le monde, l’essentiel est de l’usage déraisonné de drones par méconnaissance de la réglementation. On a un gros travail d’éducation à faire. 

Ce ne sont pas les drones qui sont menaçants mais leurs utilisateurs. 

Peut on mettre des explosifs sur un drone ? 

Il n'y a pas de secret, les rapports officiels confirment qu'Al-Qaïda à utilisé les drones en 2013 et l'organisation Etat islamique en 2014. Il y a des possibilités que ces groupes utilisent les drones – ils en ont la pratique – pour lancer des objets. Mais ce serait mentir que de dire que la menace est hautement probable. Toutefois nous devons la prendre en compte. 

On sait par ailleurs qu'il existe des processus de largages d'engrais chimiques pour les terres agricoles. Donc on pourrait aussi faire des largages à d'autres fins. 

Comment lutter ? 

Il y a plusieurs moyens. Il faut d'abord informer, et prévenir. Il faut par ailleurs faire des investigations pour condamner les usages malveillants. Enfin, nous devons faire un travail d’analyse de risques pour protéger des sites ou des événements majeurs. Désormais, des événements comme le festival d’Avignon, la braderie de Lille et bien d'autres acteurs essaient de se prémunir contre cette menace.

En 2024, avec les Jeux olympiques, nous déploierons des dispositifs antidrones [pour prévenir] leurs utilisations malveillantes.  

La France déploie une nouvelle réglementation. Au-delà de 800 grammes, l'appareil faudra émettre un signal électronique, pour que l'on puisse distinguer les drones coopératifs, qui se signalent, et ceux qui ne le sont pas.

Peut-on prendre le contrôle d’un drone ?

Les experts européens échangent sur les cas d’usages de détection et de neutralisation. Plusieurs méthodes : 

  • Neutralisation physique, avec des tirs d'armes de chasse
  • Neutralisation électronique par brouillage 
  • Du laser et de l’induction, ou bien des ondes micro
  • On teste aussi dans l’Armée de l’air des rapaces

La Gendarmerie nationale a fait le choix des ondes, du brouillage. 

L’idée est de protéger les sites et les opérations ; à Notre-Dame-des-Landes, par exemple,  les "zadistes" ont utilisé des drones pour repérer les mouvements des forces de l'ordre, et nous les avons neutralisés par brouillage.

Les survols de prison peuvent permettre d'amener des téléphones, de la drogue ou des  armes, nous nous préparons à de multiples scenarii.  Les technologies évoluent très rapidement et sont très accessibles.

400 000 drones de loisirs ont été vendus en France l’an dernier. 

Les dispositifs anti-drones
Les dispositifs anti-drones © Radio France

Qu’est-ce qu’on risque ? 

Toutes les zones urbaines et les abords des aéroports sont interdits… sans autorisation spécifique, professionnelle ou déclarée. 

  • Le survol d’une zone interdite par maladresse ou négligence , plus de 2 cas sur 3,  entraîne jusqu'à 6 mois de prison et 15 000  euros d’amende. Les zones interdites sont déclarées dans les documents de l’aviation civile (et sur Geoportail).
  • Le maintien et l’engagement volontaire au-dessus d’une zone interdite est passible de 1 an de prison et 45 000 euros d'amende. 
  • La conduite non conforme aux règles de sécurité est passible de 1 an de prison et 75 000 euros d'amende. 

La Gendarmerie peut procéder à la saisie des appareils. 

Il y a eu 47 saisies sur les 12 derniers mois. 27 de ces appareils ont été réutilisés par la Gendarmerie. 

Quelles sont les performances des drones ? 

Les engins les plus rapides vont à 80 km/h. Plus ils embarquent une charge lourde, moins ils volent vite. Ils sont soumis aux perturbations radio, sauf process très sophistiqué. 

Dans le cadre du survol de Brégançon, cet été, il s'agit peut-être d'un paparazzi. Une enquête est en cours. Il est possible que le drone soit tombé en mer. Il devait être à cours de batterie ; un drone, ça ne vole pas très longtemps : entre 15 et 20 minutes. Ça ne peut pas faire plus de 2, 3 ou 4 km.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.