par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - A moins de quatre semaines du premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy est désormais en position de faire jeu égal avec le favori François Hollande voire de le dépasser mais son équation reste toujours aussi difficile pour le second tour, même si l'écart entre les deux hommes s'est légèrement réduit.

Si les événements de Toulouse pourraient le servir, en remettant sur le devant de la scène des problèmes de sécurité sur lesquels la droite est plus audible que la gauche, personne dans son camp ne prédit à ce stade d'"inflexion lourde" d'une campagne que le président-candidat entend continuer de mener "en mouvement".

"Ce qu'il a réussi depuis son entrée en campagne, c'est desserrer l'étau avec Marine Le Pen et reconquérir une partie du noyau dur de son électorat du premier tour de 2007", souligne Bruno Jeanbart, responsable des études politiques de l'institut OpinionWay.

Ses anciens électeurs sont aujourd'hui environ 75% à se dire prêt à revoter pour lui, alors que la proportion était à moins de 60% avant son entrée en campagne, fait-il valoir.

"Il bénéficie pour cela d'atouts en termes de stature présidentielle, de sa capacité à affronter des situations tendues et cela a été probablement renforcé par les derniers événements", ajoute-t-il en référence aux tueries de Montauban et Toulouse.

Guillaume Peltier, membre de l'équipe de campagne du président sortant, juge important que les idées avancées au fil de ses interventions aient "largement imprimé dans l'opinion", ce qui profite à la dynamique d'une campagne qui n'a connu à ce stade que deux accrocs : les incidents de Bayonne et le projet de taxation des hauts revenus avancé par François Hollande, qui a mis le camp UMP sur la défensive.

Il en veut pour preuve les propositions faites sur des mesures comme le recours au référendum, le RSA, l'immigration au niveau national et européen, le patriotisme économique européen ou le pouvoir d'achat des bas salaires, qui ont suscité l'adhésion des personnes interrogées dans une proportion oscillant entre 59% et 75%.

"LA TENDANCE EST LÀ"

Le ministre du Logement Benoist Apparu souligne que la tendance des sondages, qui voit globalement Nicolas Sarkozy revenu au même niveau que François Hollande au premier tour, "est effectivement celle qu'on souhaitait".

L'écart reste important au second tour, de l'ordre de huit points en moyenne, "mais la tendance est la même", se félicite-t-il. "Ce n'est pas encore suffisant mais la tendance est là".

Pour Bruno Jeanbart, la déception par rapport au bilan du quinquennat explique qu'il y ait beaucoup de pertes dans les reports de voix potentiels pour le président sortant.

"L'électorat de Marine Le Pen résiste à la tentation de revoter pour lui ou de choisir entre lui et François Hollande et de l'autre côté, il y a un avantage pour François Hollande dans l'électorat de François Bayrou. C'est la capacité à faire la jonction entre ces deux électorats différents qui est la clé d'une éventuelle réélection de Nicolas Sarkozy", dit-il.

En attendant, il juge qu'il serait important, au moins symboliquement, que le président-candidat sorte en tête du premier tour. "Si François Hollande est devant, compte tenu des reports actuels, ça sera très dur pour lui", souligne-t-il.

"L'enjeu est d'abord le premier tour, d'installer l'autorité d'un candidat crédible, courageux, cohérent", confirme Guillaume Peltier. "Le deuxième tour ne commencera que le soir du premier et les électeurs auront alors un choix comparatif."

Dans ce contexte, le responsable UMP estime que les événements de Toulouse ont "enraciné la stature" de Nicolas Sarkozy, les premières enquêtes montrant que près des trois-quarts des Français l'ont trouvé à la hauteur de sa fonction.

Ils devraient également influer sur la campagne en imposant des thématiques "qui vont des questions de sécurité à la politique internationale en passant par la lutte contre le terrorisme et qui s'incarnent en un mot : l'autorité de l'Etat et les valeurs de la République", ajoute-t-il.

"TRIPLE AVANTAGE"

Il y voit un "triple avantage" pour le président sortant: institutionnel, par son statut de chef de l'Etat, idéologique, la droite étant plus crédible que la gauche sur les questions de sécurité, et personnel, le président sortant incarnant selon lui une vision audacieuse et courageuse sur ces sujets.

Nicolas Sarkozy entend continuer à privilégier une campagne de mouvement, ce qui fait que la présentation d'un programme en bonne et due forme se fera attendre.

"Il y aura un document mais notre stratégie n'est pas de faire une campagne statique comme François Hollande, qui a décidé une fois pour toute au moment du Bourget de présenter son projet mais de faire une campagne en mouvement, de faire une campagne des idées", explique-t-on dans son équipe.

De même, la publication d'un livre du candidat, qui est prêt, reste en suspens.

Pour Bruno Jeanbart, si Nicolas Sarkozy ne juge pas prioritaire d'avancer son programme, c'est parce qu'avec des propositions très précises, il risquerait de se heurter à un discours sur le thème "pourquoi maintenant, alors qu'il est au pouvoir depuis cinq ans".

Edité par Sophie Louet

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