par Jon Herskovitz et Agnieszka Flak

DURBAN, Afrique du Sud (Reuters) - Les négociateurs de près de 200 pays ont entamé lundi les travaux de la conférence de Durban, destinée à trouver un successeur au protocole de Kyoto, afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Ceux-ci sont tenus responsables de la hausse des températures mondiales, de l'élévation du niveau des mers et de nombre de catastrophes climatiques.

L'espoir de voir la situation se débloquer, après des années d'atermoiements et de désaccord, est minime, malgré les avertissements de plus en plus alarmistes des climatologues.

Certains diplomates doutent en outre que les hôtes sud-africains soient à même de permettre une avancée des négociations de Durban, qui prendront fin le 9 décembre.

Les pays émergents, d'une part, font valoir que les nations industrialisées se sont développées grâce aux combustibles fossiles, et qu'eux-mêmes doivent pouvoir trouver leur propre moyen de sortir de la pauvreté.

Les Etats développés affirment, eux, que les grandes économies émergentes comme la Chine, l'Inde et le Brésil, doivent respecter des objectifs d'émissions de GES pour que la planète ait quelque chance de freiner les changements climatiques en cours.

Car les enjeux de la conférence de Durban sont grands.

Selon deux rapports rendus publics ce mois-ci par les Nations unies, les émissions de GES ont atteint un niveau record l'an dernier et le réchauffement climatique risque de provoquer davantage d'inondations, mais aussi des cyclones plus puissants et des sécheresses plus intenses.

Les températures moyennes mondiales, indique l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), pourraient augmenter de trois à six degrés Celsius d'ici la fin du XXIe siècle si les Etats ne jugulent pas les émissions de GES, ce qui occasionnera des destructions sans précédent, avec la fonte des glaciers et la hausse du niveau des mers.

CRISE DE LA DETTE

Selon l'OCDE, une hausse de 80% des besoins mondiaux en énergie devrait se traduire à l'horizon 2050 par une hausse de 70% des émissions de C02 et les émissions liées aux transports devraient doubler, notamment en raison d'une forte augmentation du nombre de voitures dans les pays en développement.

Le protocole de Kyoto, dont la première phase prendra fin en 2012, engage la majeure partie des pays riches à réduire leurs émissions de GES. La conférence de Durban représente la dernière chance de fixer une nouvelle série d'objectifs avant l'expiration de la première phase de Kyoto.

"Cela a beau paraître impossible, vous pouvez le faire", a déclaré aux délégués la Costaricaine Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

On estime dans les milieux diplomatiques que des progrès seront réalisés à Durban sur les questions de l'aide financière destinée à permettre aux pays pauvres, les plus exposés aux retombées du réchauffement, de faire face au phénomène. Sont concernés en premier lieu les pays d'Afrique et les micro-Etats du Pacifique.

Les pays développés se sont d'ores et déjà engagés sur un objectif de 100 milliards de dollars d'aide annuelle d'ici 2020. Cependant, Etats-Unis et Arabie saoudite ont soulevé des objections concernant certains aspects du Fonds vert pour le climat chargé de canaliser cette aide.

Il se pourrait aussi qu'à Durban certains pays riches s'engagent à réduire leurs émissions plus que prévu. La crise de la dette souveraine, qui frappe la zone euro et les Etats-Unis, ne permettra cependant pas à ces pays de fournir une aide supérieure ou d'imposer de nouvelles mesures susceptibles de porter atteinte à leurs perspectives de croissance.

SONNETTE D'ALARME

"Etant donné les situations politiques et économiques actuelles dans le monde entier, il est fort peu probable que le protocole de Kyoto soit prolongé", estime Jennifer Haverkamp, directrice du programme climatique international à l'organisation Environmental Defense Fund.

Tout futur accord dépendra de l'aptitude de la Chine et des Etats-Unis, les plus gros pollueurs au monde, à s'accorder sur des mesures contraignantes dans le cadre d'un accord élargi, cela d'ici 2015. La Russie, le Japon et le Canada font savoir qu'ils ne signeront pas pour une nouvelle phase du protocole de Kyoto si Pékin et Washington ne le font pas.

Le négociateur en chef de la délégation chinoise, Su Wei, a déclaré à la radio nationale chinoise qu'il n'était "pas très optimiste" quant aux résultats de la conférence de Durban.

"Toutefois, au sein des pays développés, l'Union européenne s'est déclarée prête à envisager une seconde phase d'engagement du protocole de Kyoto", a-t-il ajouté.

Pour le moment, seules l'Union européenne, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, la Norvège et la Suisse semblent disposées à signer un accord sur une nouvelle phase du protocole de Kyoto.

Face au risque de sur-place, l'Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS, créée en 1989) prévient: "Si Durban remet à plus tard un accord contraignant et ferme la porte à des avancées, d'ici 2020 nombre de nos micro-Etats insulaires seront, au propre comme au figuré, condamnés".

Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.