Journal intime, 22 Economiste mon amour Aujourd’hui recevant un énième livre sur la Crise de 29, j’y cherche en vain l’information essentielle : combien de capitalistes se sont jetés par les fenêtres après le Jeudi Noir ? A en croire la rumeur, des centaines. D’après J.K Galbraith, qui lui aussi publia tantôt sur la crise de 29 (chez Payot) personne ne se jeta par la fenêtre. Galbraith est allé vérifier le nombre et le nom de suicidés dans l’Etat de New-York dans les noires semaines : pas un défenestré. Conclusion : le salarié se suicide (cf France Télécom), moins que le spéculateur. La crise a duré trop longtemps, et les économistes ne font plus recette. Ce week-end, ils se réunissent à Lyon et réfléchissent sur « Les Français et l’économie. » Preuve de la santé de ce peuple, les Français, paraît-il, ne comprennent rien à l’économie. Les économistes non plus. Et les économistes français n’en parlons pas. Le Prix Nobel Edmund Phelps, a calculé que la France perdait quelques points de croissance, du fait de l’ignorance économique de ses citoyens. Ce qui est la remarque la plus absurde jamais faite. Hé, Phelps, if you are so smart, why ain’t you so rich ? Si tu es si malin, ducon, pourquoi tu gagnes pas plus que les autres ? Si l’on regarde le revenu moyen des économistes américains, il est plutôt plus faible que ceux de « chercheurs » comparables. Si vous voulez perdre en Bourse, demandez des conseils à Marseille, Fitoussi, Elie Cohen, et si vous voulez vraiment vous ruiner, écrivez-moi. Allemagne chérie

Le XX° aurait du être le siècle de l’Allemagne, après la Grande-Bretagne, la France, la Hollande et l’Espagne. D’une certaine manière il le fut, à travers deux guerres. Pourquoi la Guerre de 14 ? Pourquoi la puissance économique ne suffit-elle pas à une nation, comme la bouffe ne suffit pas à un homme, il lui faut aussi dominer les autres ? En 14, le commerce franco-allemand va bien, les rivalités coloniales paraissent oubliées, la science allemande domine largement les autres, Berlin, Vienne sont des lieux de culture extraordinaire. S’il fallait deux noms, je dirais Einstein et Freud. Mais voilà ! Il manque la puissance. Et le plaisir de « rosser le français » (Eric Maria Remarque, « A l’Ouest rien de nouveau »), après l’avoir rossé en 70. En 40, c’est autre chose. Quiconque a feuilleté ce torchon de « Mein Kampf » voit ses cheveux se dresser sur la tête en lisant ce qui attend les juifs, certes, et les français : « En finir une bonne fois pour toutes avec la France », l’ennemie héréditaire. Il y a deux manières de sublimer la haine : passer à l’acte, ce que fit Hitler, ou épouser l’objet de sa hantise, ce que fit De Gaulle. Un ami lecteur me rappelle que De Gaulle était un affreux traîneur de sabre. Exact. Il n’avait qu’un amour, l’armée (« la France n’est rien sans l’épée ») et les allemands le fascinait. Il disait qu’ils n’avaient perdu qu’un million d’hommes en 14-18, après avoir tué un millions trois cent cinquante mille français, dont 70000 indigènes (sic) et 60000 anglais. Ils étaient donc « très productifs » (resic). Sur la base des prouesses guerrières, les français et les allemands étaient faits pour s’entendre. Mais comme on ne pouvait faire l’Europe des bottes et des fusils on fit celle des marchands, guère excitante non plus. On ne tombe pas amoureux d’un taux d’exportations. En revanche on tombe amoureux d’une petite française ou d’une petite allemande. L’un des résultats positifs du deuxième conflit fut le nombre d’enfants de soldats allemands en France, et d’enfants de prisonniers français en Allemagne (à peu près le même nombre, plus de cent mille, avec peut-être un petit avantage pour... pour ? Ah-ah ! Lisez le livre de Buisson et vous saurez.) Les Russes laissèrent aussi beaucoup d’enfants en Allemagne, mais par force. Dans « Une femme dans Berlin » (Folio – quel beau livre !) l’héroïne (si ce mot à un sens ici) suggère avec amertume qu’il vaut peut-être mieux avoir un Russe sur le ventre qu’un américain sur la tête avec son avion et ses bombes. En 843, les petits fils de Charlemagne se partagèrent l’Empire. L’un eut la Francie, l’autre la Germanie, et le troisième l’Etat éponyme, la Lotharingie qui donna la Lorraine, enjeu de toutes les convoitises et les guerres. Mille cent soixante six ans plus tard deux chefs d’Etat, français et allemand, utilisent le terme de « guerre civile » pour parler du conflit de 14. Si guerre civile il y eut, c’est qu’il n’y avait qu’une nation. Dont acte. Nota bene : finalement Hitler ne détruisit pas la France, mais il suggéra d’en faire un bordel, ce qui fut le cas – au moins pour Paris. Les parisiennes travaillèrent avec ardeur pour l’artilleur de Mayence. Nota bene 2 : Sur l’Allemagne, « Allemagne peuple et culture » Anne Marie le Gloannec, La Découverte, et sur 14 le journal d’Elie Faure, « La Sainte Famille » (Bartillat).

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