Le troisième axe revient sur l’écriture de l’information et sur la diversité des sujets qui rubriquent journaux et revues . Selon qu’elle traite de faits divers, de procès, de conflits, de réalités sociales, de vie mondaine ou sportive, la presse adopte des modes d’écriture différents.Chacune de ces catégories soulève ses propres questionnements formels et déontologiques, appelant des approches variées, par le texte ou par l’image. A chaque genre ses partis pris stylistiques, ses grandes plumes et ses angles de vue mais aussi ses contraintes, ses réponses graphiques et ses innovations. Une écriture des grands types de sujets qui évolue, enfin, au gré des dispositifs techniques, des interdits, des représentations et des attentes de chaque époque. Cinq grands genres, choisis parmi les plus populaires mais aussi les plus pérennes au travers de l’histoire des journaux, sont ici développés.

Fait de guerre

Comité de rédaction du Parisien libéré
Comité de rédaction du Parisien libéré © Archives Le Parisien Aujourd’hui en France.

Jusqu’à 1914, la présentation des conflits dans la presse demeure largement liée à une décision du pouvoir de publier une version des faits qui lui convienne. Tout change avec la Première Guerre mondiale. Conscient du poids de la photographie dans la restitution de l’information et d’un nouvel intérêt du public pour les questions militaires, le gouvernement prend de drastiques mesures de censure, proscrivant images de soldats morts et reportages sur les atrocités subies par les civils. Les combattants au front s’en émeuvent d’ailleurs, inventant l’expression « bourrage de crâne » reprise plus tard par Albert Londres pour qualifier la soumission de la presse aux communiqués officiels. Depuis, journalistes et reporters se confrontent à chaque conflit aux mêmes problématiques : comment montrer la guerre ? Peut-on montrer l’adversaire sans le diaboliser ? Faut-il accepter la censure ou la contourner ? Jusqu’où doit aller l’engagement du reporter ? Faut-il enfin dévoiler l’inacceptable ?

Fait divers et judiciaires

L’Assiette au beurre du 8 septembre 1906 : « Faits divers ».
L’Assiette au beurre du 8 septembre 1906 : « Faits divers ». © BnF, Réserve des Livres rares

D’abord rubrique de second ordre, le « fait divers » trouve une place grandissante à la Une de la presse populaire de la fin du XIXe siècle. Depuis lors, de Landru à l’affaire Grégory, des crimes défraient la chronique et marquent la société. Sensationnel et fascinant, le fait divers n’est pas, pour autant, simple à relater. Ce désordre imprévu exige un travail d’enquête à partir d’éléments d’information et d’illustration souvent lacunaires. [...] Par le récit, la photographie (jusqu’en 1954) ou le dessin, le journalisme de prétoire rend compte, audience après audience, des contradictions, des revirements et basculements de ces drames. Toutefois, du procès Steinheil à celui de l’Affaire Clearstream, le journalisme de prétoire a changé : la tendance est davantage aujourd’hui au constat objectif et nuancé, au décryptage d’enjeux complexes, à l’interrogation sur les ressorts de l’âme humaine, de la société, et parfois, de la justice elle-même. La chronique judiciaire est devenue une porte ouverte au débat de société.

Fait mondain

Curieuse d’événements marquants, la presse a toujours porté attention aux grands de ce monde, princes et prélats sous la monarchie, généraux et gouvernants sous la République, dans un souci de promotion du régime à grand renfort d’images. Cette iconographie flatteuse séduit le public et nourrit sa curiosité envers des élites perçues comme des modèles idéaux forçant l’admiration et invitant au rêve, désormais surpris dans une banale humanité. L’attention se fixe successivement sur les princesses, les vedettes de spectacle ou les sportifs, mais l’objectif reste de percer et faire partager un peu de l’intimité de ces célébrités. Malgré les risques et les réserves, la presse est tentée d’aller toujours plus loin dans cette entreprise lucrative tandis que les frontières entre vie privée et espace public deviennent poreuses, et que la valorisation de simples quidams, « stars d’un jour », créées par le système médiatique, tente de renouvelerle genre.

Fait social

Affiche de Daniel de Losques pour Excelsior, Illustré Quotidien, ses photographes sont partout – 1900
Affiche de Daniel de Losques pour Excelsior, Illustré Quotidien, ses photographes sont partout – 1900 © BnF, département des Estampes et de la photographie

A contretemps de l’actualité brûlante qui domine les colonnes de presse, des titres et des reporters ont choisi de traiter des réalités de fond de nos sociétés. D’abord fenêtre sur un exotisme pittoresque, le reportage « au loin » s’est fait miroir. Décrivant d’autres modèles de société, le grand reporter invite à voir différemment le système où il évolue. Car le lointain est aussi au coin de la rue. Des halles du quartier de La Chapelle en 1929 aux quais de Ouistreham en 2009, des journalistes se sont penchés sur des réalités oubliées de la presse généraliste. Ils partagent le désir de témoigner en nuances de situations sociales auprès du public. Leur démarche qui prend le temps de l’observation, implique parfois une immersion totale dans un milieu étranger. Restituer le fruit de ces enquêtes au long cours soulève des questions déontologiques propres : écrire sur l’autre ? Pour l’autre ? A sa place ? Donner voix et visages à des destins précaires, sans trahir ni stigmatiser ?

Fait sportif

Par son déroulement qui garantit spectacle, suspens et rebondissements et par sa temporalité régulière et programmable, la rencontre sportive est pour les médias l’événement à couvrir par excellence. Ce lien entre presse et sport est à ce point privilégié que des quotidiens à fort tirage ont, particulièrement au début du XXe siècle, créé de toutes pièces ou patronné de grandes compétitions populaires. Le fait sportif présente toutefois une difficulté de traitement pour la presse écrite : rendre le mouvement et la vitesse, l’instantanéité et la durée, relève pour le journaliste sportif, rédacteur ou photographe, d’une véritable gageure. Aussi, la presse n’a eu de cesse jusqu’à nos jours d’inventer des formes graphiques et un langage propres à rendre compte de l’action de manière vivante et d’expérimenter de nouveaux moyens techniques pour relever le défi d’une couverture en temps réel.

Match Arsenal – Racing à Colombes photomontage original, d’après tirages argentiques non crédités retouchés à la gouache 28 nove
Match Arsenal – Racing à Colombes photomontage original, d’après tirages argentiques non crédités retouchés à la gouache 28 nove © BnF, département des Estampes et de la photographie, fonds du Journal – L’Aurore
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