Un mort parmi les manifestants, des cocktails molotov lancés sur le palais présidentiel, des canons à eau et des gaz lacrymogènes : Le Caire a de nouveau vécu une soirée de violences ce vendredi. "Comme si la révolution n'avait jamais eu lieu".

tensions persistantes en égypte
tensions persistantes en égypte © reuters

Des milliers d'opposants au président Mohamed Morsi sont de nouveau descendus vendredi dans les rues de plusieurs villes d'Egypte et notamment au Caire où, selon des témoins, un manifestant est décédé par balles.

Après la dispersion de la manifestation au Caire, des jeunes ont lancé à la tombée de la nuit une vingtaine de cocktails Molotov contre les murs d'enceinte du palais présidentiel. La police a répliqué au canon à eau et à l'aide de gaz lacrymogène.

Selon deux témoins, un opposant de 23 ans, Mohamed Hussein Kourany, a été tué après un tir à balles réelles.

"C'est vérifié. Je suis à la morgue. Il a été tué de deux balles, c'est le rapport fait par l'hôpital. Les balles ont atteint le cou et le côté droit de la poitrine", a dit l'un des témoins, un avocat, Me Ragia Omran.

Cette information a été confirmée de sources médicales et de sources proches des services de sécurité.

Un peu plus tôt dans la journée, des heurts se sont produits sur la place Tahrir, épicentre de la révolution ayant abouti en février 2011 au renversement d'Hosni Moubarak. La police a tiré des grenades lacrymogènes vers de jeunes manifestants jetant des pierres dans leur direction.

__

Reportage au Caire de notre correspondante Vanessa Descouraux.

Des images diffusées sur la chaîne de télévision Al Hayat montraient des policiers anti-émeutes encercler un homme gisant face contre terre et le battre à coups de matraque près du palais présidentiel. Dans un communiqué le lendemain, la présidence se dit "attristée par les images choquantes de certains policiers traitant un manifestant d'une manière qui n'est pas conforme à la dignité humaine et les droits de l'Homme".

Des internautes ont rapidement diffusé ces images en ligne, ajoutant en commentaire : "Comme si la révolution n'avait jamais eu lieu".

Ce matin le convoi du Premier ministre égyptien a subi des jets de pierres sur la place Tahrir, au Caire.

Un dialogue établi avec l'opposition ?

Ces manifestations ont eu lieu malgré l'intervention du cheikh Ahmed al Taïeb, recteur de l'université et de la mosquée Al Azhar, influente personnalité et l'une des plus hautes autorités du sunnisme.

Ce dernier a réuni jeudi les principaux dirigeants de l'opposition ainsi que des Frères musulmans, dont est issu le président Morsi, et a obtenu qu'ils signent un accord par lequel ils rejettent toute violence.

Malgré l'initiative d'Al Taïeb, plusieurs formations, dont le Courant populaire de Hamdine Sabahi (gauche), avaient maintenu leur appel à manifester vendredi au Caire.

Dans un communiqué, Hamdine Sabahi dit qu'il ne participera à aucun dialogue tant que ne sera pas mis fin au bain de sang, que l'état d'urgence ne sera pas levé et que les responsables des violences n'auront pas été traduits en justice.

"Notre objectif (...) est de réaliser entièrement les objectifs de la glorieuse révolution de janvier : le pain, la liberté et la justice sociale", dit-il.

Morsi, "ennemi de Dieu"

Coordinateur du Front de salut national (FSN), qui regroupe différentes composantes de l'opposition laïque et libérale, Mohamed ElBaradeï a tenu un discours similaire.

"Nous avons renversé le régime Moubarak par le biais d'une révolution pacifique et nous sommes déterminés à atteindre les mêmes objectifs de la même manière, quels que soient les sacrifices et l'oppression barbare", écrit-il sur son compte Twitter.

Sur la place Tahrir, un orateur armé d'un micro a réclamé que le président Morsi soit traduit en justice. "Nous sommes venus pour nous débarrasser de Morsi", déclarait-il.

Outre au Caire, des manifestations ont eu lieu notamment à Alexandrie, à Port-Saïd et à Ismaïlia.

A Port-Saïd, théâtre des pires violences des neuf derniers jours, des manifestants en tenue de deuil ont clamé des slogans hostiles à Mohamed Morsi, taxé d'"ennemi de Dieu".

Les manifestations organisées autour du second anniversaire du soulèvement qui a renversé le régime d'Hosni Moubarak ont fait près de 60 morts depuis le 25 janvier, précipitant l'Egypte dans une situation qui a conduit le chef de l'armée à avertir, cette semaine, que le pays était au bord de l'effondrement.

Pour les manifestants de Port-Saïd, la manifestation de vendredi coïncidait avec le premier anniversaire d'une émeute survenue dans un stade de football, qui s'était soldée par la mort de 74 personnes. Des condamnations à mort prononcées samedi dernier à l'encontre de 21 habitants de Port-Saïd ont attisé les violences dans cette ville ces derniers jours. Dimanche, le président Morsi a imposé l'état d'urgence à Port-Saïd et dans deux autres villes de la région du canal de Suez.

Les manifestants accusent Morsi d'avoir trahi l'esprit de la "révolution du Nil" en s'arrogeant des pouvoirs excessifs. Les Frères musulmans, en retour, accusent l'opposition de chercher à renverser le premier chef d'Etat élu démocratiquement.

Sur sa page Facebook, le chef des Frères musulmans, Mohamed Badie, a imputé les troubles à "des forces régionales et internationales qui cherchent à provoquer l'instabilité et à créer des problèmes et à attiser les querelles afin de nuire à l'Egypte (...) et de saper la transition démocratique".

Mots-clés :
Derniers articles
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.