L'Egypte a dit oui
L'Egypte a dit oui © Reuters

La nouvelle Constitution a été adoptée en Egypte, selon les résultats non officiels duréférendum portant sur le texte défendu par les islamistes, malgré l'opposition du Front de salut national qui a par ailleurs amorcé la formation d'un parti unique.

Près de 64% des Egyptiens se sont prononcés en faveur de la nouvelle Constitution lors du référendum dont la deuxième phase se déroulait samedi, a indiqué dimanche un responsable desFrères musulmans, citant des résultats non officiels.

Une victoire qui ne donne pour autant pas tous les pouvoirs aux Frères, musulmans.

Les précisions de Delphine Minoui au Caire

Selon nos calculs, le résultat final du second tour est de 71% de 'oui' et le résultat final (des deux phases) est de 63,8%.

Les sondages sortie des urnes du Front de salut national (FSN), la principale coalition de l'opposition égyptienne, confirment également la victoire du "oui", selon un de ses responsables. Il s'interroge :

(Les islamistes) dirigent le pays, organisent le scrutin et influencent les gens, à quoi d'autre pouvions-nous nous attendre?

Après l'annonce de sa défaite, le FSN a par ailleurs amorcé la formation d'un parti unique d'opposition. Selon Mohamed Aboul Ghar, le chef du Parti social-démocrate égyptien :

Le Front (...) s'accorde pour livrer chaque bataille ensemble. Les partis qui (le) composent ont franchi des étapes avancées vers la formation d'un grand parti.

Khaled Dawoud, porte-parole du FSN :

Le référendum n'est pas la fin du chemin. C'est juste le début d'une longue lutte pour l'avenir de l'Egypte.

Selon les Frères musulmans, un tiers des électeurs appelés à voter se sont rendus aux urnes. Les résultats officiels ne devraient pas être connus avant lundi. En cas de victoire du "oui", des élections législatives auront lieu d'ici deux mois.

Avant même l'annonce des premiers résultats, le vice-président Mahmoud Mekky a annoncé samedi sa démission, expliquant que sa qualité de magistrat ne lui permettait pas de remplir correctement ses fonctions auprès du chef de l'Etat.

Le projet de Constitution ne prévoit plus de poste de vice-président et Mekky avait déjà indiqué qu'il démissionnerait si le projet était adopté par les électeurs.

Des fraudes et des irrégularités

La crise politique en Egypte
La crise politique en Egypte © Idé

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont par ailleurs de nouveau dénoncé samedi des fraudes et de nombreuses irrégularités, comme l'inscription d'électeurs fictifs ou l'ouverture tardive de certains bureaux de vote.

Le FSN a notamment exigé que la première phase du référendum soit annulée et qu'un nouveau vote ait lieu, mais la commission chargée d'enquêter sur les irrégularités n'a pas constaté defraudes importantes.

Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), qui émane des Frères musulmans, affirme pour sa part que l'adoption de la Constitution est nécessaire pour entériner la victoire de la démocratie. Selon Mohamed Badie, le Guide suprême des Frères musulmans :

Une fois que la Constitution aura été établie par le peuple, les roues se remettront à tourner, même s'il y a des différences ici et là. Après avoir choisi une Constitution, tous les Égyptiens avanceront dans la même direction.

Avant même la fin du vote, les opposants ont annoncé le retour des troubles qui ont agité le pays entre la fin novembre et le début du vote.

Au moins huit personnes ont été tuées au cours d'affrontements entre islamistes et opposants, déclenchés par la publication le 22 novembre d'un décret, depuis largement abrogé, par lequel Mohamed Morsi étendait considérablement ses pouvoirs.

Selon la presse officielle, le chef de l'Etat a dévoilé samedi le nom de 90 membres nommés à la Choura, la chambre haute du parlement.

Deux tiers des 270 membres de la chambre haute ont été élus en début d'année lors des élections législatives remportées par les Frères musulmans et leurs alliés islamistes et le tiers restant a été nommé par le chef de l'Etat.

Selon un responsable présidentiel, 75% des 90 députés nommés par Mohamed Morsi ne sont pas des candidats islamistes et sont issus de formations libérales et de la communauté chrétienne.

Mais le Front de salut national (FSN) a indiqué que ses membres avaient refusé de siéger au sein du Conseil de la Choura.

Détenus par Mohamed Morsi depuis la dissolution de la chambre basse, les pouvoirs législatifs vont être transférés à la Chambre haute conformément à la nouvelle constitution.

Pour Alain Gresh spécialiste des questions arabes et responsable du blog les nouvelles d'orientc'est sur le terrain économique qu'est attendu le nouveau pouvoir.

Alain Gresh interrogé par Sébastien Laugénie

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