Les islamistes au pouvoir en Egypte ont tenté lundi d'apaiser les tensions provoquées par la publication d'un décret élargissant les pouvoirs du président Mohamed Morsi en acceptant un compromis proposé par les juges et en renonçant à manifester mardi.

La publication de ce décret jeudi a suscité une vague de protestation dans les rangs des libéraux, des laïcs, des organisations de gauche et au sein de l'appareil judiciaire. Une personne - un membre des Frères musulmans - est morte et environ 370 autres ont été blessées dans des manifestations de partisans et d'adversaires du chef de l'Etat depuis jeudi.

A l'issue d'une réunion de crise avec le Conseil suprême de la magistrature, Mohamed Morsi a accepté lundi un compromis proposé par les juges qui prévoit de réduire la portée de ce décret. Ce dernier empêche toute contestation des décisions présidentielles dans l'attente de l'élection d'un nouveau parlement.

Le chef de l'Etat, issu des Frères musulmans, a accepté que seules ses décisions relatives aux "domaines de souveraineté" ne puissent pas faire l'objet de recours en justice, a indiqué son porte-parole, Yasser Ali, précisant toutefois devant la presse que le décret ne serait pas amendé. "Le communiqué que j'ai lu est un signe que la crise est résolue", a-t-il dit un peu plus tard à Reuters.

Selon des experts judiciaires, les "domaines de souveraineté" couvrent les éventuelles déclarations de guerre ou la convocation d'élections anticipées mais par le passé, ce terme a été utilisé de manière plus large, laissant une grande place à l'interprétation.

"Le président a exprimé son plus grand respect pour l'appareil judiciaire et pour ses membres", a poursuivi le porte-parole de Mohamed Morsi, qui a rappelé aux juges le caractère temporaire du décret, destiné à être abrogé une fois la nouvelle constitution rédigée et le nouveau parlement élu.

Le gouvernement de Mohamed Morsi affirme que le texte n'a pas pour objectif de concentrer les pouvoirs mais au contraire de les déléguer et d'éviter une politisation de l'appareil judiciaire.

Une nouvelle manifestation ce mardi

Les adversaires du chef de l'Etat, qui pour certains campent depuis vendredi sur la place Tahrir au Caire, exigent l'abrogation pure et simple du texte et ont appelé à manifester mardi.

Pour eux, le décret révèle les tendances autocratiques d'un apparatchik des Frères musulmans qui avait été jeté en prison sous l'ère Moubarak.

Vanessa Descouraux a rencontré Zahira El Biali, journaliste, licenciée sous pression des Frères.

Dans un geste apparent d'apaisement, les Frères musulmans ont décidé lundi soir de reporter leur rassemblement prévu également mardi pour éviter toute violence avec l'opposition. Cette décision concerne aussi le parti salafiste al Nour.

Le chef de file de la gauche égyptienne, Hamdeen Sabahy, a prévenu de son côté que les manifestations se poursuivraient jusqu'au retrait du décret. La place Tahrir doit devenir le symbole d'une Egypte "qui n'acceptera pas un nouveau dictateur parce qu'elle a renversé le précédent", a-t-il déclaré.

Un tribunal administratif du Caire a fixé au 4 décembre la date de la première audition concernant le recours déposé par des avocats et des militants contre le décret présidentiel.

Le décret vise notamment à empêcher toute tentative de dissolution de l'Assemblée constituante ou de la Chambre haute du Parlement, deux assemblées dominées par les islamistes alliés à Mohamed Morsi.

Sur les banderoles qu'ils ont installées place Tahrir, les opposants demandent la dissolution de la Constituante, boycottée par de nombreux libéraux et d'autres opposants qui affirment ne pouvoir y faire entendre leur voix.

Tant que la Constituante n'a pas terminé de rédiger la Loi fondamentale, un nouveau parlement ne peut pas être élu et les pouvoirs législatif et exécutif sont concentrés entre les mains du président. Le décret incriminé retire au pouvoir judiciaire tout contrôle sur le chef de l'Etat.

A Washington, le président américain Barack Obama a appelé au calme et a exhorté les dirigeants et l'opposition à résoudre leurs différends de "manière pacifique".

"Nous avons des inquiétudes concernant certaines décisions et déclarations qui ont été faites le 22 novembre (date de l'annonce du décret)", a déclaré le porte-parole de la Maison blanche, Jay Carney, lors d'un point presse.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'était entretenue un peu plus tôt au téléphone avec le chef de la diplomatie égyptienne Mohamed Kamel Amr pour insister sur l'importance d'une résolution "démocratique" de la crise.

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