Il y a cinquante ans, en 1962 les citoyens français faisaient un choix historique qui allait engager le destin du pays. Nous prîmes, cette année là, la responsabilité de désigner notre Président au suffrage universel.

Depuis, six Présidents se sont succédés au palais de l’Elysée.

En un demi siècle, en apparence au moins, l’exercice du pouvoir a profondément changé.

Le format de l’élection présidentielle a rapidement imposé aux candidats des capacités, des méthodes et surtout un esprit différent. Sans que quiconque en prenne véritablement la mesure, un type d’homme politique nouveau a sans doute vu le jour en 1962 . Et, si la nature des campagnes et celle des candidats n’a cessé d’évoluer depuis, il existe néanmoins une grande permanence. Cette permanence, c’est celle du mandat que nous tenons de nos pairs depuis cinquante ans. Cette permanence, c’est celle d’un devoir, d’une responsabilité citoyenne électorale qui nous échoit. La France a eu, a, et aura le visage que nous lui donnerons.

Ici, avec vous, j’aimerais revenir sur cette responsabilité personnelle citoyenne qui nous revient. Une responsabilité dans l’élection à venir certes, mais plus encore dans la vie quotidienne de notre République, de notre pays, jour après jour, là ou nous sommes.

Je ne crois pas que la vocation du chef de l’Etat soit d’être l’homme providentiel, qui solutionnera à lui seul les maux que connait notre pays. Pourtant, nous attendons de lui qu’il lutte contre les inégalités sociales et l’exclusion, qu’il favorise l’accès au logement et défende le pouvoir d’achat, qu’il trouve le moyen d’inverser la courbe du chômage et qu’il améliore le système éducatif, qu’il réforme en profondeur notre société, qu’il réduise les déficits publics, qu’il défende les intérêts de la France ou encore qu’il contre l’insécurité et reconstruise le vivre-ensemble.

Forts de ces attentes, relayées tant par nos instituts de sondage que par nos médias, les candidats qui se présentent à l’investiture suprême jouent le jeu que nous leur imposons et tentent naturellement de nous convaincre, sinon de nous persuader, qu’ils sauront répondre à chacun de ces défit, résoudre chacun de ces problèmes.

Mais croyons-nous sincèrement qu’un homme, ou le parti qu’il représente, puisse en effet sérieusement répondre à ces attentes ?

Eurysthée lui même, roi de l’Argolide , n’eut pas osé substituer aux douze travaux d’Héraclès , son esclave, le quart de la moitié d’un seul des chantiers que je viens de citer.

La vérité tient sans doute du fait que nous sommes trop heureux de pouvoir imaginer nous décharger de notre responsabilité citoyenne sur un seul homme. Celui-là, plongé dans le bain hautement corrosif du pouvoir, nous le payons des ors de la République. Nous le tiendrons pour responsable de la réussite ou de l’échec du pays. Son bilan tiendra de la réussite ou de l’échec de ses réformes ; car le salut du pays réside, nous le croyons à tort et à raison, dans la réforme .

Il-y-a, je crois, une certaine lâcheté derrière cette posture. Un refus d’assumer notre responsabilité citoyenne.

L’avenir de notre démocratie passe d’abord par nous, par notre action quotidienne, avant que de passer par nos assemblées délibérantes, nos élus, et par le premier d’entre eux, le chef de l’Etat, un français au service de tous les autres.

Ces cinquante dernières années, notre mode de vie a façonné nos mentalités. Et celles-ci ne sont probablement plus tout-à-fait en phase avec le fonctionnement optimal possible de nos institutions. Je crois que les citoyens que nous devons être ont souvent cédé la place aux consommateurs que nous sommes.N’avons-nous pas tendance à consommer l’Etat ? A consommer les droits, au mépris des devoirs, trop souvent perçus comme des poids plutôt que des fiertés ?

Il n’est aucun slogan, aucun homme, aucun parti aujourd’hui, qui puisse résister à l’inertie d’un vaste peuple. Le changement n’est pas plus maintenant que la France est forte.

La France sera forte quand chaque français aura la conviction d’être fort, la France changera quand chaque Français sentira, au fond de lui, un irrésistible appel au changement.

Il n’est ni force ni changement, ni quoique-ce-soit d’autre, quand le peuple est un spectateur passif de la chose publique. Filant l’exercice, je crois qu’ensemble tout devient possible en vérité. Ensemble, dans une communauté d’idées, d’esprit, de volontés et d’action. Dans une ferveur nationale sincère, dans un élan commun aussi vigoureux qu’entêté. Mais ces élans sont-ils encore possibles hors d’une victoire au mondial de football ? Moi, je le crois.

Le salut du pays ne réside pas dans la réforme. La réforme implique implicitement un certain état de crise. A tel point que la crise est devenue une véritable spécialité nationale. Crise économique ou financière, crise bancaire, crise sociale, crise morale, identitaire ou sécuritaire, crise institutionnelle… Depuis 50 ans, ces crises sont toujours sans précédents. Elles sont toujours les plus graves que le pays ait eu à traverser. Elles appellent la réforme à tout prix, le changement. Depuis cinquante ans, pas un chef d’Etat français n’a pas eu, en quelque sorte, recours à la crise. A tel point que la gestion de crise ou la sortie de crise, semble, in fine , relever des affaires courantes de l’Etat.

Ainsi la crise ne saurait sérieusement faire l’objet de tout un programme électoral . Elle doit en être une simple toile de fond, une composante, que l’homme public ingénieux saura enrayer, en trouvant ses idées sur d’autres terrains. Il faut souvent savoir changer de point de vue pour trouver la solution à un problème. Se placer à un autre niveau. La démarche face à un obstacle barrant une route consiste souvent en un autre chemin. Cette solution, à l’inverse de celle visant à déplacer l’obstacle, rend le problème accessoire lors même qu’il était crucial avant de changer d’approche.

Ainsi, je crois dans le potentiel des futures générations à trouver sans difficulté les solutions aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui . De cet espoir solide, découle l’importance que j’accorde à l’éducation, d’abord, et l’instruction, ensuite, des fils et filles de la France. Ils sont la réponse de demain aux incohérences d’aujourd’hui. Et cette réponse ne sera, que si nous leur donnons les moyens de la trouver. C’est pour moi le chantier prioritaire.

Nous sommes les anciens de demain. Au monde, il ne restera de nous que ce que nous avons fait là où nous sommes. Nous sommes le moyen-âge des temps à venir. C’est toute la subjectivité du temps. Dimension fondamentale, avec l’espace, dans laquelle s’inscrivent nos actions et dont nous sommes les heureux prisonniers. Nous faisons tout pour l’oublier. Mais cette réalité, heureusement, ne saurait changer et il convient de ne pas l’oublier pour trouver le sens de nos actes.

Par Charles Mollet, JDLP à Langres.

J’ai 23 ans et viens d’une petite ville de province où vivent 9 000 personnes.

Parmi eux, comme partout en France, beaucoup n’iront pas voter.

Je pense les comprendre.

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