Et si le bilan de la pandémie de coronavirus était encore pire qu'annoncé en Iran ? Selon la BBC, il y aurait en réalité trois fois plus de morts que dans les bilans officiels.

En Iran, le bilan de la pandémie serait trois fois plus important que les chiffres officiels le laissent entendre
En Iran, le bilan de la pandémie serait trois fois plus important que les chiffres officiels le laissent entendre © AFP / STR

Du simple au triple. Le dernier bilan officiel communiqué par les autorités iraniennes faisaient état de 14 405 morts dans ce pays d'un peu plus de 80 millions d'habitants. Mais selon la rédaction en langue perse de la BBC, près de 42 000 personnes auraient déjà succombé au virus. La radio publique britannique cite des documents officiels très détaillés faisant état du nombre de victimes, leur nom, leur sexe, leur résidence, etc. 

"Ils sont dans le déni"

Selon ces documents, Téhéran enregistre le plus grand nombre de victimes, mais en proportion la ville sainte chiite de Qom est la plus touchée. La première victime iranienne du coronavirus est morte le 22 janvier alors que les données officielles parlent du 22 février et depuis, le gouvernement a tout fait pour minimiser l’épidémie. "Ils sont dans le déni" déclare un médecin à la BBC même si, il y a quatre jours, le ministre adjoint de la Santé a prévenu la population qu’il y aurait plus de morts qu’annoncé. Mais du côté des autorités iraniennes, un officiel nous assure que "en Iran des instances habilitées fournissent quotidiennement des chiffres exacts et officiels. Nous sommes là dans une manipulation médiatique. La BBC se cherche de nouveaux clients en diffusant des informations virulentes".

Système de santé délabré

En Iran, l’épidémie a éclaté au plus mauvais moment : pendant les célébrations de la révolution islamique de 1979, les élections législatives et juste avant le nouvel an iranien Norouz. Dès lors, il était impossible à ce régime nationaliste et religieux  friand de grands rassemblements mêlant piété et patriotisme et attaché plus que tout à sa survie politique. Par ailleurs, le régime a mal réagi en ne suspendant pas les échanges économiques, scolaires ou technologiques avec la Chine où est apparu le Covid-19.  

Pour Bertrand Badie, professeurs des universités émérite à Sciences-Po, l'Iran est sur la corde raide en matière de bilan sanitaire. "D'un côté, le régime veut montrer qu'il contrôle les choses. Mais de l'autre, une épidémie meurtrière lui permet d'adopter une position victimaire" car l’Iran est très affaibli par les sanctions économiques américaines. "Même si elles ne portaient pas explicitement sur le médical, les sanctions américaines ont contribué à déglinguer le système hospitalier" poursuit le chercheur. 

L'épidémie a effectivement mis au jour les insuffisances du système de santé avec des hôpitaux surchargés et une absence criante de masques et de kits de tests alors que longtemps, le pays a pu s'enorgueillir d'un système de santé parmi les plus réputés du grand Moyen-Orient. 

Fierté et sécurité nationales

Plus généralement, l'Iran traverse une zone de fortes turbulences. Le pays est secoué depuis trois semaines par des explosions dans des installations industrielles et nucléaires. Plusieurs bons connaisseurs de la région (diplomates, chercheurs, journalistes...) y voient la main des services secrets israéliens. Le pays a aussi été très marqué par l'élimination à Bagdad du général Soleimani le 3 janvier dernier. 

Le chef des brigades Al Qouds - un corps d'élite de la république islamique - très populaire dans son pays était le véritable architecte de l'expansion iranienne au Moyen-Orient. Il en allait donc de la fierté voire de la sécurité nationales iraniennes de renvoyer une image moins dramatique à l'étranger. Bertrand Badie rappelle que "l'Iran joue depuis longtemps un rôle de puissance régionale d'influence en intervenant en Syrie ou au Liban et en accueillant des réfugiés afghans. Elle doit donc apparaître comme un pôle de stabilité capable de gérer cette pandémie." Mais il n'en est rien : avec 42 000 morts sur 84 millions d’habitants, l’Iran l’un des cinq pays les plus touchés au monde au même titre que... l'ennemi juré américain !