Tarjei Vesaas, Frank Wedekind, Robert Garnier, Peter Handke, Serge Daney, Marina Tsvetaeva, John Cheever, Joseph Conrad, Tchekhov et Ibsen , Spregelburd et Tennessee Williams, Dostoïevski … Le « texte », majoritairement classique, qu’il ait été initialement dramatique ou qu’il soit tiré de romans, qu’il ait ou non fait l’objet d’adaptation, tient cet automne une place sensible dans le programme théâtre. Le déploiement du sens n’a pas dit son dernier mot, capable de cohabiter avec une même audace formelle avec des créations qui puisent à des sources plus documentaires et politiques (La Venus Hottentote de Robyn Orlin, les créations de la jeune compagnie mexicaine Lagartijas Tiradas al Sol, Berlin) ou autobiographiques (Steven Cohen), musicales et religieuses (Gólgota Picnic de Rodrigo García, Onzième du Théâtre du Radeau), hypnotiques (Joris Lacoste).On saluera le retour de François Tanguy , trop peu présent sur les scènes parisiennes ces dernières années, et de Richard Maxwell , l’échappée théâtrale de Robyn Orlyn , les nouvelles venues que sont Bérangère Jannelle et Romina Paula . Quelques reprises incontournables :Claude Régy à la Ménagerie de Verre et Nicolas Bouchaud dirigé par Eric Didry pour faire à nouveau briller toute l’intelligence de Serge Daney au théâtre du Rond- Point.Transversal, le programme Buenos Aires / Paris, permettra de mesurer toute la vitalité de la scène contemporaine argentine. En ouverture du Festival, Christophe Marthaler présentera musicalement, au théâtre de la Ville, les effets du réchauffement climatique sur la culture et l’environnement Inuit - premier spectacle théâtral jamais produit par le Groenland.C’est à Robert Wilson , Lou Reed et à l’immense comédienne du Berliner Ensemble qu’est AngelaWinkler , rôle-titre du Lulu de Wedekind, que reviennent l’honneur de clore cette rapide représentation.

Robert Wilson/ Lou Reed/ Berliner Ensemble - Lulu
Robert Wilson/ Lou Reed/ Berliner Ensemble - Lulu © Lesley Leslie-Spinks

Lulu de Frank Wedekind, mise en scène et lumière, Robert Wilson musique et chants, Lou Reed

Compagnon de route du Festival d’Automne depuis la toute première édition, Robert Wilson retrouve aujourd’hui les comédiens du Berliner Ensemble – le théâtre fondé par Bertolt Brecht à Berlin en 1949. Un an après leur inoubliable lecture de L’Opéra de quat’sous, ils revisitent ensemble un autre monument de l’Allemagne expressionniste avec Lulu, mythique pièce de Frank Wedekind qui inspira un film à G. W. Pabst et un opéra à Alban Berg. L’ouvrage de Bertolt Brecht et Kurt Weill avait montré combien cet universesthétique, tout en contrastes exacerbés, entre crudité et sophistication, sied au metteur en scène américain, comme à cette troupe de comédiens virtuoses.Emmenés par la grande Angela Winkler, épaulés par quelques familiers de l’univers de Robert Wilson – le costumier Jacques Reynaud, le musicien Lou Reed (avec la complicité de qui il avait déjà signé en 1996 le mémorable Time Rocker, et, en 2000, le spectacle POEtry) –, ceux-ci se plongent corps et âme dans cette «tragédie monstre » qui est aussi une oeuvrefleuve : Lulu est en effet la réunion de deux pièces – L’Esprit de la terre et La Boîte de Pandore – dont le prétendu « amoralisme » valut à leur auteur, à l’orée du XXe siècle, des démêlés avec la censure. Mais derrière la scandaleuse, irrésistible et délétère ascension de cette femme ô combien fatale, il y a l’une des grandes tragédies modernes, et une ode étourdissante à la liberté. En ayant le courage d’ouvrir cette « boîte de Pandore » contenant tous les maux de l’humanité, Lulu s’impose, selon les mots de Karl Kraus, comme « une somnambule de l’amour, celle en qui tous les privilèges de la femme ont été transformés en vices par un monde imbu de ses idées sociales ».

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